Te Avei'a - T4 2020 - La pandémie fragilise l'économie locale en 2020
L’année 2020 est marquée par la pandémie mondiale de Covid-19. Les mesures prises à l’international pour freiner sa propagation ont dégradé l’activité économique mondiale, dont celle de la Polynésie française. Les activités principalement liées au tourisme sont les plus impactées par les conditions de gestion de la crise. Les exportations de biens locaux baissent, faute de débouchés. L’emploi faiblit et le temps partiel se développe pour pallier la baisse de l’activité et bénéficier des aides publiques. Afin d’endiguer les effets de cette crise et maintenir les conditions de la reprise, le Pays et l’État poursuivent leurs dispositifs de soutien à l’économie.
Des exportations de biens locaux moroses en 2020
Au quatrième trimestre 2020, les recettes des exportations de biens locaux sont encore en recul et s'élèvent à 2,3 milliards de F.CFP, soit une baisse de 28,4 % par rapport au même trimestre en 2019. C'est le montant le plus faible mesuré sur un quatrième trimestre depuis ces 25 dernières années. Cette contraction, qui concerne la quasi-totalité des produits à l'exportation, s'explique principalement par le repli des exportations des produits perliers (- 21 %), de la vanille (- 69 %) et de poissons (- 43 %) qui contribuent pour 25 points à la baisse globale.
Les exportations totales de perles sur l'année 2020 sont divisées par deux par rapport à 2019 et par trois depuis 2017. Elles sont fortement pénalisées par l'absence de moyens de transport vers l'Asie où se trouvent ses principaux acheteurs et par une baisse importante des prix (- 44 % à 270 F.CFP le gramme). Pour les mêmes motifs, les autres exportations de produits locaux, comme le poisson et la vanille, ont été divisées de moitié sur un an. Les exportations d'huile de coprah, qui s'exporte par bateau, sont les moins impactées et progressent même au quatrième trimestre. Ainsi, les exportations de biens locaux reculent globalement de 44 % en 2020 sur un an à 5,6 milliards de F.CFP, soit des recettes deux fois plus faibles que celles mesurées en moyenne depuis 10 ans.
Table 1. Recettes des exportations des principaux produits locaux à l’année (en millions de F.CFP)
Source : Service des Douanes, ISPF
Le secteur du tourisme international évolue au rythme des restrictions
Alors que la réouverture de la destination la mi-juillet avait permis à la Polynésie française de retrouver une dynamique touristique (avec 39 % des effectifs touristiques de 2019 sur les mois d'août à octobre), la dégradation de la situation sanitaire en Europe, les élections américaines et les restrictions sur les voyages vont freiner cette reprise progressive dès novembre. Ainsi, un tiers de la fréquentation touristique du quatrième trimestre 2019 a été réalisé au quatrième trimestre 2020, soit 20 000 touristes ayant visité la Polynésie française contre 60 000 en 2019 (- 66 %). Le repli du marché américain contribue pour - 20 points à la baisse globale et celui du marché français à - 12 points. Devenu premier marché émetteur au troisième trimestre, le marché français est de nouveau dépassé par celui américain en raison notamment de la mise en place du confinement en métropole du 30 octobre au 15 décembre. La fermeture des liaisons aériennes vers l'Asie et le Pacifique continue de peser sur le nombre de touristes originaires de ces régions. Cette baisse des effectifs touristiques explique que ce secteur, essentiellement composé de transport, d'hébergement et de restauration, représentant 8 % du PIB polynésien, est la principale victime de la crise sanitaire en terme économique.
Ainsi, sur les neuf premiers mois de l'année, si le chiffre d'affaires des entreprises déclarantes à la TVA s'est contracté de 13 % (- 88 milliards de F.CFP), les seules pertes d'activité des entreprises liées au tourisme (- 50 % sur un an) représentent près de deux tiers de la contraction globale et près de la moitié de la contraction du PIB estimé en 2020. Les secteurs du transport aérien et des hôtels (7 800 emplois en 2019) sont les plus touchés avec des pertes de chiffre d'affaires de plus de 60 % sur les trois premiers trimestres par rapport à 2019. Si les pertes d'emplois sont importantes dans ces deux secteurs (- 15 %, soit 1 100 emplois supprimés), ces dernières auraient pu être plus importantes, avec 750 emplois encore fragilisés, au regard du nombre d'heures travaillées. Les aides publiques destinées aux salariés ont permis de retarder les ajustements entre l'emploi et l'activité puisque 12 milliards de F.CFP ont été consacrés à l'emploi dont 6,4 milliards de F.CFP de mesures exceptionnelles entre mars et novembre 2020.
Sur l'ensemble de l'année, les restrictions prises dans le monde pour lutter contre la propagation de la Covid-19 ont fortement impacté le secteur touristique. Le nombre de touristes est en baisse de 67,5 %, il passe de 236 650 touristes en 2019 à 77 000 touristes en 2020. Les effectifs américains et européens (France incluse) contribuent à - 47 points de la baisse. Le nombre de nuitées touristiques s'établit à 1,4 million soit plus de 2 millions de moins qu'en 2019, malgré la hausse de la durée de séjour à 18,2 jours (+ 3,3 jours). L'hébergement terrestre payant diminue de 67 % (- 110 000 touristes) et celui flottant de 74 % (- 33 300 touristes) par rapport à l'année précédente. L'hébergement gratuit perd 16 600 touristes en 2020. Au sein de l'hébergement terrestre payant, ce sont les locations de meublé de tourisme qui résistent le mieux à la crise avec une baisse de 57 % de fréquentation. Les pensions de famille, qui ont pu compter sur le tourisme local, voient leur fréquentation diminuer de 21 800 touristes.
Les difficultés dans le secteur de l'hôtellerie-restauration continuent de peser sur le marché du travail
Après un deuxième trimestre catastrophique en termes d'emploi (5 500 emplois supprimés entre mars et juin) et une reprise dynamique, mais insuffisante, au troisième trimestre (3 300 salariés de plus entre juin et septembre), le marché du travail est attentiste en cette fin d'année avec une hausse de 0,3 % des effectifs sur le quatrième trimestre sur le seul champ ICS, correspond au secteur de l'industrie, de la construction, du commerce et des services. Cette évolution des emplois salariés ne traduit plus la réelle évolution du marché du travail comme l'attestent les évolutions du nombre d'heures travaillées et nombre d'emplois salariés depuis janvier. Ainsi, le recul du nombre d'heures travaillées (- 6 %) est deux fois plus important que celui du nombre de salariés protégés par les dispositifs d'aide et de soutien à l'emploi mis en place depuis le début de la crise. Ce sont les entreprises des secteurs caractéristiques du tourisme (9 600 salariés à fin septembre) qui donnent cette tendance au marché du travail et qui mobilisent une grande partie des dispositifs d'aide publics. Ainsi, si le recul des heures travaillées depuis le début de l'année dans ces entreprises est important (- 25 %), la baisse des effectifs salariés est, elle, deux fois moins forte (- 11 %). Au global, la contraction d'activité pour ces entreprises contribue pour 80 % à la baisse des heures totales en Polynésie et pour 95 % à celle de l'emploi salarié en 2020.
Le secteur de l'hôtellerie illustre bien cette réalité avec un volume d'heures travaillées en baisse de 38 % en 2020 par rapport à 2021 pour un nombre d'emplois qui se contracte de 20 %, à fin septembre. Malgré les dispositifs d'aide à l'emploi (DIESE) et le recours au temps partiel, ce sont quand même plus de 1 000 emplois qui ont été supprimés dans l'hébergement cette année, et autant qui sont très fragilisés par le manque de touristes.
Seul secteur en reprise soutenu sur la deuxième partie de l'année, le secteur de la construction réembauche, avec une progression de 7,7 % des salariés (+ 380) au troisième trimestre. Cette hausse des emplois traduit un carnet de commandes soutenu pour cette fin d'année alors que ce secteur a lui aussi été pénalisé par la pandémie, comme l'illustre le recul de 5 % du chiffre d'affaires sur les trois premiers trimestres de l'année. La demande reste soutenue pour les ménages qui poursuivent leurs investissements (+ 4,6 % du nombre de crédits à l'habitat au quatrième trimestre) et le secteur public qui souhaite soutenir ce secteur par le respect de ses engagements en termes d'investissements publics (hausse des mandatements du Pays de 2,2 % en 2020). Néanmoins, une baisse de la production de prêts immobiliers au quatrième trimestre esquisse un léger essoufflement de cette tendance sur 2021, mais., la réactivation et l'élargissement du dispositif d'aides à l'investissement des ménages (AIM), qui ont été annoncés, dans le cadre du plan de relance du Pays, devraient permettre de soutenir la demande.
Fig. 1. Évolution de la variation des équivalents temps plein en glissement annuel
Source : CPS, ISPF
La consommation des ménages se reprend mais sans retrouver son niveau d'avant crise
La baisse des effectifs et du nombre d'heures travaillés se retrouve dans la masse salariale qui diminue de 4 % sur les trois premiers trimestres (- 7,3 milliards de F.CFP). Cette baisse de revenus, bien qu'en partie compensée par les dispositifs d'aides, continue d'impacter la consommation des ménages qui recule en 2020 au regard de 2019.
Les inquiétudes dans le futur et la hausse de l'épargne (+ 9 % en un an) conjuguées aux difficultés sur le marché du travail expliquent cette contraction de la consommation. Ainsi, les ménages ont fait moins de crédits à la consommation au quatrième trimestre (- 2 %) qu'en 2019. Ce recul de la consommation des ménages se retrouve aussi dans les importations qui leur sont destinées et qui baissent de 8 % au quatrième trimestre 2020 (- 2 milliards de F.CFP). La baisse, en valeur, des importations des produits des industries agricoles et alimentaires contribue pour 4 points au repli global, mais les volumes importés sont identiques sur un an, laissant plutôt penser à une baisse des prix des produits (viandes et produits laitiers essentiellement). À côté de cette baisse, la valeur des importations des produits de l'industrie automobile recule fortement et contribue pour 3 points à la baisse globale du trimestre. Le recul des commandes de voitures peut s'expliquer par des difficultés de transport maritimes mais aussi par des stocks non prévus liés à la baisse des ventes de voitures de 17 % (573 voitures en moins) sur les trois premiers trimestres 2020. Cette baisse des importations devrait se poursuivre dans les mois prochains puisque le nombre d'immatriculations de véhicules neufs diminue encore de 38 % sur la fin de l'année, contre 10 % au troisième trimestre. À l'inverse, les importations de voitures hybrides et électriques sont en hausse au quatrième trimestre, traduisant un intérêt grandissant pour cette gamme de véhicule.
À l'année, les importations à destination des ménages baissent de 7 %, soit un recul de 6,8 milliards de F.CFP mais qui équivaut au même montant de 2018. Cette baisse s'explique essentiellement par le recul des importations de produits de l'industrie automobile qui n'avait jamais été aussi élevé en valeur qu'en 2019. Les importations de biens de consommation sont aussi en baisse, pénalisées par la baisse des importations, en valeur, de l'habillement et cuir et de celle des industries des équipements du foyer.
Fig. 2. Evolution des composants de l’indice des prix à la consommation 2020/2019
Source : ISPF
En 2020, l'indice des prix à la consommation est stable par rapport à 2019. Dans le détail, ce sont les prix des boissons alcoolisées, tabacs et stupéfiants ainsi que des produits alimentaires et boissons non alcoolisées qui progressent le plus.
Les investissements des entreprises se reprennent en fin d'année
Malgré la crise économique, les entreprises poursuivent leurs investissements comme l'atteste l'augmentation des encours de crédits d'équipements de 8,6 % en un an. Ainsi, au quatrième trimestre, les importations à destination des entreprises progressent de 4,7 % après deux trimestres consécutifs de baisse (+ 2,5 % hors avions et bateaux). Les importations de biens d'équipements sont en hausse de 7,7 % grâce notamment aux importations de bateaux, avions et autres véhicules aériens. Hors avions et bateaux, les importations augmentent de 3 %. Les importations de biens intermédiaires progressent de 2 % grâce à la hausse des importations de produits céramiques et matériaux de construction et de celles d'articles et produits textiles.
Sur l'année, les importations à destination des entreprises reculent de 3,4 % (hors avions et bateaux). Sans ces deux produits, les importations de biens d'équipements baissent de 4 % à 33,5 milliards de F.CFP. Les importations de biens intermédiaires diminuent de 2,8 %, soit 1,1 milliard de F.CFP de moins qu'en 2019.
Pour les douze prochains mois, si les entreprises semblent poursuivre leurs investissements, les entrepreneurs interrogés par l'IEOM dans le cadre de l'indice de climat des affaires restent prudents et envisagent de réévaluer à la baisse leurs prévisions.
Le gouvernement poursuit son soutien au secteur privé et aux salariés
En septembre 2020, le Pays annonce un plan de relance baptisé « CAP 2025 » dont les axes principaux sont le soutien de l'emploi et le renforcement de la solidarité, afin d'atténuer les effets de la crise et de relancer l'appareil productif local.
De plus, le premier trimestre 2021 s'annonce difficile en termes de croissance économique. La fermeture des frontières polynésiennes aux touristes internationaux du 3 février au 30 avril 2021 obère toute relance par l'extérieur tout en faisant peser des risques importants sur l'appareil de production, essentiellement touristique qui, sans aides publiques, n'aurait plus aucune trésorerie. Ainsi, plusieurs hôtels préfèrent fermer jusqu'à la réouverture aux touristes. Les arrêts de ces activités ont entraîné une prise de mesures supplémentaires du Pays pour venir en aide aux entreprises, aux salariés et aux indépendants.
Fig. 3. Industrie
Source : Banque Mondiale
Fig. 4. Taux de change
Source : Banque de Polynésie
Fig. 5. Indice boursiers
Source : Les Echos - Investir
Table 2. Tableau de bord
Source : Eurostat, Instituts statistiques nationaux, Banques centrales, Missions économiques, OCDE, Tradingeconomics