Les comptes économiques définitifs de 2020
Les comptes économiques définitifs de l’année 2020 aujourd’hui disponibles, permettent de mieux cerner l’impact de la crise sanitaire du Covid-19 sur l’économie du territoire. Ils confirment que les mesures prises à l’international pour freiner la propagation de la crise sanitaire sont venues dégrader l’activité économique mondiale, dont celle de la Polynésie française (confinements, fermetures de commerces, etc.), avec une ampleur inédite. Ainsi, en 2020, le produit intérieur brut (PIB) de la Polynésie française chute de 10,6%en francs constants. Le PIB réelmoyen par habitant diminue de 10,9% et se replie à 2,1 millions de F.CFP en moyenne par habitant (en francs constants aux prix de 2005). Toutes les composantes de la demande privée baissent, qu’elles concernent l’investissement ou la consommation, qu’elles émanent des ménages ou des entreprises. La demande extérieure s’effondre, à la fois à l’export de biens (- 45 %) et de services (- 58 %). En 2020, seule la demande publique progresse : elle vient soutenir l’activité par la hausse des investissements publics, la hausse des dépenses publiques notamment de santé, la mise en œuvre de mesures spécifiques de soutien des revenus, de l’appareil productif et de l’emploi.
Le PIB chute de 10,6 %, après + 2,7 % en 2019
En 2020, le PIB diminue de 10,6%en francs constants, après sept années de hausse (+ 1,7 % en 2018 et + 2,7 % en 2019). Après avoir dépassé la barre des 1 000 milliards de F.CFP en 2019, la production polynésienne est en net recul (- 7,8 %, après + 3,4 % en 2019), de même que les consommations intermédiaires (- 3,5 %, après + 3,8 %). Dans le détail, la production marchande se contracte de 11,6 % malgré une hausse de 12,3 % dans la branche immobilière, attribuée à la déclaration deux fois plus importante de la production des trois plus grandes entreprises déclarantes; tandis que la production non marchande progresse de 3,4 % en raison de la hausse des dépenses dans les branches de santé et d’action sociale. La baisse est particulièrement marquée dans la branche transport (- 34,2 %) qui s’explique par les différentes mesures de restrictions concernant les voyages internationaux et la baisse de fréquentation touristique. Le repli est également marqué dans les industries qu’elles soient agro-alimentaires (- 8,8 %) ou de biens de consommation et d’équipement (- 5,6 %). En revanche, il est plus modéré dans la construction (- 4,9 %), le commerce et la production d’électricité. La production se dégrade également dans l’agriculture (- 5,8 %), les autres services marchands (- 2,5 %), bien qu’elle augmente dans les services immobiliers (+ 6,3 %) et dans les services financiers (+ 0,9 %). Les services non marchands, englobant l’administration, la santé et l’éducation, progressent (+ 3,5 %).
Concernant les emplois finals[^1], la quasi-totalité des composantes de la demande se contracte. Ce résultat s’explique par la baisse des exportations de biens et de service (transport, hôtellerie restauration, autres biens) qui contribue pour - 11,4 points ainsi que par le repli des investissements qui contribue pour - 6,4 points. Dans le sillage de la baisse de la demande et de la production, les importations diminuent en volume (biens d’équipement, biens de consommation par exemple) en contribuant positivement à la croissance (+ 7,6 points) et permettant de limiter la contraction avec le soutien des dépenses publiques (+ 1,3 point).
FIG. 1. Évolution du PIB réel et nominal
Source : Comptes économiques, ISPF
TABLE 1. Production et contribution aux évolutions
Source : Comptes économiques, ISPF
FIG. 2. Contributions à l’évolution du PIB réel
Source : Comptes économiques, ISPF
La consommation marchande des ménages recule alors que celle de l’administration progresse
Les dépenses de consommation des ménages reculent en volume en 2020 (- 2,5 % en francs constants, après + 3,9 % en 2019). La baisse est particulièrement marquée pour les dépenses marchandes (- 2,9 %), en l’occurrence dans les secteurs où les mesures de restrictions sanitaires ont été les plus importantes : les transports (- 16,2 %), l’hébergement et restauration (- 20,5 %) et les services aux particuliers (- 4,5 %), comprenant notamment les services récréatifs (théâtres, cinémas, etc.). En revanche, elle est moins importante dans les produits de la mer (- 1,1 %), tandis que la consommation de services immobiliers augmente (+ 10,2 %). La consommation des ménages en biens de consommation diminue aussi nettement (- 7,5 %), de même que la consommation d’eau et d’électricité (- 5 %) et celles de produits agroalimentaires (- 3,5 %). A contrario, la consommation non marchande des ménages reste stable (+ 0,1 %) sur l’année.
La consommation des administrations publiques qui correspond à l’ensemble des dépenses engagées par les administrations pour la production de biens et services finaux non marchands (hors formation brute de capital fixe – FBCF), progresse de 4,3%en volume. Les achats réalisés par les entités publiques progressent de 5,6 %, que ce soit en biens (+ 12 %) ou en services (+ 2,5 %). La pandémie a en effet nécessité des dépenses supplémentaires (masques, équipements liés aux soins, etc.). Principales dépenses des administrations, les salaires et charges progressent en volume de 3,9 %. Enfin, la consommation de capital fixe, dont l’évolution est intimement liée aux investissements de l’administration sur les périodes précédentes, baisse très légèrement (- 0,6 %).
TABLE 2. Approche du PIB par l’emploi des ressources
Source : ISPF - Comptes économiques définitifs
Note de lecture : La production locale et les importations constituent l'offre consommée par les quatre agents économiques. Les ménages et les administrations consomment et investissent tout comme les entreprises, à la différence que celles-ci consomment des produits qui seront transformés (consomsmation intermédiaire). Le dernier acteur de l'économie, le « reste du monde », d'où proviennent les importations, est aussi un débouché pour les biens et services produits en Polynésie française au travers des exportations. L'analyse de ces différents agrégats est essentielle pour connaître la contribution à la croissance du PIB des différents agents économiques.
L’investissement se replie nettement
La formation brute de capital fixe (FBCF) de l’ensemble des agents économiques chute de 26,9 % en 2020, après une année 2019 en hausse de 3,3 % correspondant à un niveau exceptionnel lié à l’acquisition d’avions long-courrier. La baisse des investissements privés qu’il soit des ménages (- 1,2 %) en construction ou des entreprises en machines (- 43,1 %) explique principalement cette contraction.
FIG. 3. Formation brute de capital fixe, aux prix de 2005 (en milliards de F.CFP)
Source : Comptes économiques, ISPF
La baisse des investissements des entreprises en biens d’équipement contribue pour - 26 points au résultat final, et s’explique par les importations exceptionnelles de 2018 et 2019 (avions gros porteur) qui ne se retrouve plus en 2020. Enfin, la FBCF des administrations publiques soutient l’économie polynésienne (+ 16,2 %) portée par la forte hausse des dépenses en construction (+ 20,1 %). Au total, l’investissement en BTP en 2020 recule ainsi de 4 %, moins fortement que l’investissement en biens d’équipement (- 38,8 %). En 2020, les entreprises ont déstocké par rapport à l’année précédente et les variations de stocks contribuent pour - 0,5 point à la baisse du PIB.
Les échanges extérieurs diminuent fortement
Les échanges extérieurs ont été fortement affectés par la crise sanitaire : en volume, les exportations diminuent de 55,5 % et les importations de 18,6 % en 2020. Concernant les biens, les baisses sont importantes dans les produits de la mer (- 18,7 % pour les exportations et - 38 % pour les importations), avec la contraction des exportations de perles (- 12 %) et de poissons (- 38,8 %). Elles sont aussi marquées pour les biens de consommation (- 60,7%pour les exportations et - 10,6 % pour les importations), ainsi que pour les biens d’équipement (- 47,3 % pour les exportations et - 40,5 % pour les importations). Enfin, les échanges extérieurs d’énergie, notamment de pétrole raffiné, augmentent légèrement (+ 4 % pour les importations).
Du côté des services, les dépenses des touristes ne représentent plus qu’un tiers de celle de 2019 (- 67 % pour les exportations de services d’hôtellerie ou de restauration, - 60,2 % pour les importations), tandis que le recul est également important en services de transport (- 56,5 % pour les exportations, - 7,9 % pour les importations). Si la baisse des échanges extérieurs est généralisée, des points forts de la Polynésie française sont particulièrement affectés par la crise sanitaire et contribuent ainsi à creuser le déficit par effet de structure comme le tourisme ou les produits de la mer. Au total, le déficit du commerce extérieur s’accentue et s’élève à 177 milliards de F.CFP en 2020, contre 155 milliards en 2019.
TABLE 3. Exportations de biens et de services
Source : Direction des douanes, ISPF - Comptes économiques
L'action publique soutient l'emploi avec des dispositifs innovants
En 2020, l'emploi salarié connaît son premier coup d'arrêt depuis plus de cinq ans. La crise sanitaire, le confinement et l'arrêt du tourisme ont été autant d'événements qui sont venus impacter le marché du travail polynésien, principalement tertiaire et donc davantage concerné. Sur l'année 2020, les heures travaillées sont en retrait de 5,2 %, soit l’équivalent de -3 500 emplois en équivalent temps plein (ETP). Malgré tout, les différents dispositifs de soutien économique ont permis de compenser une partie de la perte liée au recul des volumes d’activité avec les dispositifs d'aide à l'emploi (DIESE) et le recours au chômage partiel. Les pertes d'heures de travail ont principalement eu lieu dans les secteurs liés au tourisme, où la seule branche hôtellerie-restauration (- 30 % d’heures de travail) contribue pour deux tiers à la baisse globale. Au total, la masse salariale versée par les entreprises s'est contractée de 11 milliards de F.CFP (- 4,4 %) dont les trois-quarts dans les seuls secteurs de l'hôtellerie restauration et du transport aérien. L'action publique s'est portée sur la mise en oeuvre de nombreux dispositifs d'exception (CAES, conventions d'aide exceptionnelle de solidarité, etc.), destinés aux ménages sans revenus. En septembre 2020, le Pays annonce un plan de relance baptisé « CAP 2025 » dont les axes principaux sont le soutien de l'emploi et le renforcement de la solidarité, afin d'atténuer les effets de la crise et de relancer l'appareil productif local. Au total, le revenu disponible brut (RDB) des ménages se contracte de 3,8 %, après + 3,4 % l’année précédente). Dans le même temps, le prix de la dépense de consommation marchande des ménages ralentit.
[^1] Emplois finals : consommation finale, formation brute de capital fixe, variations de stocks, acquisitions de biens de valeur et les exportations