40 ans d'économie polynésienne en 21 graphiques
A l’occasion de ses 40 ans, l’Institut de la Statistique de Polynésie française propose une publication synthétique sur l’économie polynésienne des 4 dernières décennies autour de 21 graphiques. Les traits caractéristiques de l’économie polynésienne sont le résultat d’une évolution historique propre qui la différencie à la fois des autres collectivités ultramarines françaises, mais aussi des autres petites économies insulaires. L’ouverture du Centre d’Expérimentation du Pacifique (CEP), en 1962, va accompagner la mutation de l’économie polynésienne, à l’échelle du comportement des acteurs économiques. La croissance va être multipliée par 2,5 entre 1962 et 1966 pour se poursuivre sur la même dynamique jusque dans les années 80, soit plus de 10 ans après les investissements de Mururoa. Cette croissance dans les années 1970 est basée sur une forte augmentation des dépenses publiques et les prémices du tourisme. Néanmoins, l’économie va se heurter à l’activité irrégulière du CEP, jusqu’à son arrêt en 1995, et la mise en place d’un cadre économique qui vise plus d’autonomie en matière de ressources propres.
Une croissance du PIB insuffisante pour un rattrapage de niveau de vie avec la Métropole
La forte croissance du PIB entre 1983 et 1986 est marquée par une euphorie provoquée par les injections massives d'argent public destinées à faciliter l'effort de reconstruction post cyclonique. Cette forte croissance du PIB va permettre de réduire rapidement l'écart de revenu national par habitant entre la Métropole et la Polynésie française. L'écart de niveau de vie restera ensuite constant entre les deux géographies. L'histoire de la croissance économique en Polynésie française est heurtée avec une succession de cycles de croissance (80-86 91, 96-2003, 2013-2019) entrecoupés de périodes de récession ou de croissance molle (1987-1995, 2004-2013). Au global, la croissance économique polynésienne connait, en moyenne, une évolution de sa croissance comparable à la Métropole depuis plus de 30 ans avec une quasi-stagnation du niveau de vie moyen des polynésiens sur la période.
FIG 1. Évolution du PIB par habitant en valeur en Polynésie française
Source : Comptes économiques ; ISPF ; ORSTOM ; INSEE ; Estimations
FIG 2. Évolution du rapport entre le PIB par habitant métropolitain et celui polynésien
Source : Comptes économiques ; ISPF ; ORSTOM ; INSEE ; Estimations
FIG 3. Évolution du PIB réel par habitant en Polynésie française
Source : Comptes économiques ; ISPF ; ORSTOM ; INSEE ; Estimations
Le secteur tertiaire se développe et crée des emplois, pourtant le taux d'activité stagne depuis 40 ans
Le marché du travail a longtemps été dynamique en Polynésie française, avec une croissance du nombre d'actifs presque équivalente à celle des emplois offerts. Depuis la crise économique de la période 2007-2013, la situation fait ressortir des difficultés structurelles pour trouver un emploi. Un rééquilibrage s'est produit sur le marché du travail au niveau du genre : depuis 40 ans, les femmes polynésiennes âgées de 15 à 64 ans, sont de plus en plus nombreuses sur le marché du travail, en témoigne le taux d'activité. Le vieillissement de la population, le recul des activités primaires, la fin du CEP, la tertiarisation des emplois, l'accès à l'éduction et les changements de mode de vie sont autant de facteurs qui expliquent cette évolution.
FIG 4. Évolution du taux d’activité en Polynésie française et en Métropole selon le sexe
Source : Recensement de la Population ; INSEE ; ISPF
FIG 5. Évolution des +15 ans, des actifs et des personnes occupées en base 100 1983 pour la Polynésie française
Source : Recensement de la Population ; INSEE ; ISPF
FIG 6. Évolution de la répartition des emplois par secteur en Polynésie française
Source : Recensement de la Population ; INSEE ; ISPF
Une inflation maîtrisée et importée
La période du CEP a engendré une forte inflation des années 60 jusqu'au milieu des années 80, via la manne financière considérable qui provenait des militaires et civils travaillant pour le CEP. La Polynésie française était alors une « économie de garnison ». Cette forte période d'inflation a également été favorisée par la majoration des traitements des fonctionnaires. Cette sur-rémunération de la fonction publique explique en partie avec le protectionnisme et l'éloignement impacte sur les coûts de transport, et ce malgré l'arrêt du CEP, que les prix restent plus élevés en Polynésie qu'en Métropole. Cet écart de prix, entre la Polynésie française et la métropole s'est intensifié avec l'arrivée du CEP. L'écart est resté relativement constant depuis 40 ans, avec des taux d'inflation relativement identiques dans les deux géographies.
FIG 7. . Évolution de l’indice des prix à la consommation en Polynésie française depuis 1980
Source : Indices des prix à la consommation ; ISPF
FIG 8. Comparaison de l’inflation en Polynésie française et en France
Source : Indices des prix à la consommation ; INSEE ; ISPF
FIG 9. Évolution de l’indice des prix de détail en Polynésie française
Source : Indices des prix à la consommation ; ISPF
Des exportations de biens essentiellement composées de perles
Au début des années 60, la plupart des polynésiens vivaient modestement de pêche, de la récolte de la nacre et du coprah, de la culture du café et de la vanille pour l'exportation ainsi que de l'extraction de phosphate (île de Makatea). Ces exportations de biens suffisaient pratiquement à la couverture des importations. Celles-ci représentaient, en 1960, 36 % des ressources totales (production + importations évaluées au stade final) pour moins de 10 % depuis les années 80. Le taux de couverture des importations par les exportations de biens et services, a évolué de 95 % en 1959 à 83 % en 1960, et 56 % en 1962. A la veille de l'arrivée du CEP, cela traduisait déjà un début d'augmentation des importations lié au gonflement de la masse salariale en écho à la construction de l'aéroport international de Faa'a et la présence d'investissements hôteliers. La dégradation des cours du coprah, de la nacre, du café et de la vanille contribuait également à la baisse de la valeur des exportations, accentuée par l'épuisement progressif du gisement de phosphate de Makatea. L'objectif général de rééquilibrage de l'économie polynésienne post CEP s'est traduit, entre autre, par la volonté de développer ses ressources à l'exportation (tourisme, perles et pêche).
FIG 10. Évolution des exportations, importations et taux de couverture en Polynésie française
Source : Commerce extérieure; ISPF ; Regard Comptes économiques 87-96
FIG 11. Évolution du taux d’ouverture en Polynésie française
Source : Commerce extérieure; ISPF ; Regard Comptes économiques 87-96
FIG 12. Évolution de la valeur des exportations de perles depuis la Polynésie française
Source : Commerce extérieure; ISPF ; Regard Comptes économiques 87-96 ; Tableau économie polynésienne 1990 ; Estimations
L'histoire du tourisme en Polynésie
Les flux touristiques étaient très faibles avant la construction de l'aéroport de Tahiti-Faa'a : 1 500 touristes en 1959. L'inauguration de la piste de Tahiti-Faa'a en 1961 va générer l'apparition de nouvelles compagnies aériennes et l'ouverture de plusieurs lignes internationales. La Polynésie rejoint alors le réseau aérien mondial avec des liaisons vers l'Amérique et l'Australie. En 1972, Tahiti était relié à une vingtaine de localités réparties sur cinq continents : Tokyo, Singapour (Asie), Paris, Londres (Europe), Los Angeles, Vancouver (Amérique du Nord), Acapulco, Lima, Mexico, Santiago (Amérique latine) et plusieurs villes du Pacifique. Au début des années 80, la desserte se dégrade, soulignant la précarité des relations aériennes internationales. Première source de devises étrangères en Polynésie, cette industrie n'est pas autant développée que dans les autres îles du Pacifique ou certaines destinations « lagon ». Fortement pénalisé par la faible compétitivité de la destination, par le niveau des prix, le coût du transport et par l'absence de nouvelle clientèle (Asie par exemple), cette industrie reste toujours dépendante des clientèles nord américaine et française.
FIG 13. Évolution du nombre de sièges offerts et de touristes en Polynésie française
Source : Aéroport de Tahiti ; Service du tourismes ; ISPF
FIG 14. Nombre de touristes et recette touristique de la Polynésie française
Source : Enquête dépenses touristiques ; Service du tourisme ; ISPF ; Estimations
FIG 15. Poids des dépenses touristique dans le PIB polynésien et évolution de la capacité hôtelière
Source : Enquête dépenses touristiques ; Service du tourisme ; ISPF ; Estimations
FIG 16. Évolution des parts de marché Amérique du nord et France dans le tourisme polynésien
Source : Enquête dépenses touristiques ; Service du tourisme ; ISPF ; Estimations
Une croissance démographique importante et un vieillissement rapide de la population
La Polynésie française a connu des chocs démographiques rapides et importants. Tout d'abord avec la croissance soutenue de sa population entre 1960 et les années 2000. En effet, le développement du système de santé, concomitamment à la mise en place du CEP, conduit dans un premier temps à une amélioration spectaculaire de la mortalité infantile (60 ‰ en 1960, à 24 ‰ en 1993 et 7 ‰ aujourd'hui) permettant à de nombreux enfants nés dans cette période d'atteindre l'âge adulte. Ensuite des évolutions rapides concernant le taux de natalité vont avoir lieu. Cette transition démographique va induire un viellissement relativement rapide de la population. Les populations non natives vont représenter une part de plus en plus petite après l'arrêt du CEP et les flux de nouveaux arrivants se tarissent de façon continue sur les 30 dernières années. L'espérance de vie des polynésiens s'est fortement renforcée depuis les années 80, mais l'écart avec la France n'a pas diminué pour autant. Accompagnant la baisse de la fécondité, l'âge des mères à la première naissance progresse au rythme du taux d'activité en hausse chez les polynésiennes.
FIG 17. Évolution de la population et de la part des - 25 ans et + 60 ans en Polynésie française
Source : Recensement de la Population ; INSEE ; ISPF ; Estimation
FIG 18. Part des non natifs et des nouveaux arrivants en Polynésie française
Source : Recensement de la Population ; INSEE ; ISPF
FIG 19. . Évolution de l’espérance de vie par genre entre la Polynésie française et la métropole
Source : État civil ; ISPF
FIG 20. Évolution de l’âge moyen de la mère à la 1ère naissance entre la Polynésie française et la métropole
Source : Etat civil ; ISPF
FIG 21. Évolution du taux de mortalité infantile entre la métropole et la Polynésie française
Source : Etat civil ; ISPF