Des fortes inégalités salariales en Polynésie française
En 2018, les salariés polynésiens gagnent en moyenne 246 600 F.CFP net par mois en équivalent temps plein, mais un sur deux gagne moins de 195 000 F.CFP. Les inégalités salariales sont très marquées, et beaucoup plus qu’en Métropole. Les écarts de rémunérations entre secteurs d’activités sont importants, notamment avec des salaires 49 % plus élevés dans le secteur public que dans le secteur privé, contrairement à la Métropole où les salaires sont plus faibles dans le secteur public. D’autres variables discriminent fortement les salaires comme le sexe, le niveau de diplôme, l’âge, la structure familiale, le lieu d’habitation ou la catégorie socio-professionnelle. Ces inégalités salariales se doublent d’un développement humain globalement plus faible en Polynésie française qu’en Métropole, ce qui est dû à une plus faible espérance de vie, une plus forte proportion d’individus sans diplôme et des revenus inférieurs.
Le salaire moyen en Polynésie française est inférieur à celui de la Métropole, mais cache aussi de plus grandes inégalités
En 2018, le salaire moyen en Polynésie française est de 246 600 F.CFP net mensuel en équivalent temps plein (ETP), soit 13,6 % de moins qu’en Métropole où il s’élève à 285 400 F.CFP. Parallèlement, le SMIG polynésien est de 132 900 F.CFP net par mois, c’est-à-dire 8,5 % de moins que le SMIC métropolitain qui est de 145 200 F.CFP. Avec un coût de la vie 39 % plus élevé en Polynésie française par rapport à la Métropole [1], un salaire moyen plus élevé pourrait être attendu afin de compenser cet écart de prix. Le fait qu’il soit au contraire plus faible reflète donc de fortes inégalités avec la Métropole. Cet écart se retrouve au niveau du PIB par habitant, qui s’élève en 2018 à 3 948 000 F.CFP en Métropole pour seulement 2 283 000 F.CFP en Polynésie française.
La moitié des salariés polynésiens gagne moins de 195 000 F.CFP net par mois en ETP. Ce salaire net médian est donc inférieur de 21 % au salaire net moyen, ce qui traduit de fortes disparités salariales dans le haut de la distribution et une plus forte concentration des salaires dans le bas. En Métropole, le salaire net médian s’élève à 231 000 F.CFP par mois, soit 19 % de moins que le salaire net moyen qui est de 285 400 F.CFP.
Comparativement à la Métropole, la distribution des revenus est plus éclatée en Polynésie française. Les 10 % les mieux payés de Polynésie française gagnent plus de 430 000 F.CFP net par mois en ETP, contre 438 000 F.CFP en Métropole. Cependant, un salarié polynésien sur dix gagne moins de 131 000 F.CFP net par mois en ETP, alors qu’un salarié métropolitain sur dix gagne moins de 155 600 F.CFP, soit 19 % de plus. Le rapport entre le seuil du 9e décile et celui du 1er décile est ainsi de 3,28 en Polynésie française alors qu’il n’est que de 2,80 en Métropole, ce qui reflète de plus fortes inégalités. Cet écart est à relativiser en fonction de l’impôt sur les revenus en Métropole et la contribution sociale territoriale en Polynésie française
TABLE 1. Distribution des salaires en Polynésie et en Métropole
Source : ISPF, INSEE, Enquête emploi 2018
Des différences marquées entre public et privé
Les différences de salaires sont très marquées entre le secteur privé et le secteur public : toutes choses égales par ailleurs, les salaires dans le secteur public sont 49 % plus élevés que ceux dans le privé. En 2018, le salaire moyen dans le secteur privé est de 213 800 F.CFP net par mois en ETP, contre 318 200 F.CFP dans le public. En Métropole, les différences entre public et privé sont bien moindres puisque le salaire moyen est de 287 800 F.CFP net par mois en ETP dans le privé et 277 800 F.CFP dans le public.
Parmi les salariés du secteur public, les fonctionnaires d’État (qui représentent 36 % des salariés du public) ont les salaires les plus élevés : en moyenne 413 500 F.CFP net par mois en ETP, contre 264 300 F.CFP pour les autres salariés du secteur public (Polynésie française et communes). Une partie de ces salariés d’État viennent en Polynésie française pour des contrats de deux ou quatre ans aux services des administrations de fonctions régaliennes ou via des mises à disposition pour la Polynésie française. Leur rémunération est généralement bonifiée du fait de l’écart de niveau de vie entre la Polynésie française et la France métropolitaine. C’est en particulier le cas de beaucoup d’enseignants ou de personnels de l’administration publique, dont les salaires moyens sont respectivement de 423 200 F.CFP et de 414 000 F.CFP net par mois en ETP.
À l’inverse, l’hôtellerie et la restauration où l’on trouve souvent plus de contrats courts ou précaires, sont parmi les secteurs d’activité les moins rémunérateurs : les salaires y sont en moyenne de 170 600 F.CFP net par mois en ETP.
FIG 1. Salaire net moyen en ETP dans le privé et le public
ISPF, INSEE, Enquête emploi 2018
Des inégalités femmes-hommes persistantes, malgré des salaires moyens proches
En 2018, le salaire net moyen en ETP est de 244 000 F.CFP par mois pour les hommes et 250 400 F.CFP pour les femmes, soit 2,6 % de plus. En Métropole, les différences femmes-hommes sont plus marquées : les hommes gagnent en moyenne 309 600 F.CFP net par mois en ETP, contre 258 300 F.CFP pour les femmes, soit 17 % de moins.
Mais derrière ces bons résultats se cachent en réalité de nombreuses inégalités entre hommes et femmes. Les femmes ne représentent que 41,5 % des salariés et seulement 35,4 % des cadres, chiffres comparables à ceux de Métropole.
Les femmes travaillent plus souvent dans le secteur public, où les salaires sont plus élevés : 36 % des femmes travaillent dans le public, contre 28 % des hommes. Les femmes représentent ainsi 48 % des salariés du public, alors qu'elles ne représentent que 41,5 % du total des salariés.
Les femmes sont aussi globalement plus diplômées : 29 % des femmes salariées ont un diplôme de l’enseignement supérieur, contre 19 % des hommes. À l’inverse, 27 % des hommes salariés n’ont aucun diplôme, alors que ce chiffre n’est que de 12 % pour les femmes. Cependant, à diplôme équivalent, les femmes ont un salaire plus bas : les femmes ayant un diplôme de l’enseignement supérieur gagnent en moyenne 336 900 F.CFP net par mois en ETP contre 388 800 F.CFP pour les hommes, soit un écart de 15 %.
Le niveau de diplôme, une influence considérable sur les salaires
FIG 2. Salaire net moyen en ETP en fonction du niveau de diplôme
ISPF, INSEE, Enquête emploi 2018
Le niveau de diplôme influence largement les salaires : en Polynésie française, un titulaire d’un diplôme de niveau au moins Bac+3 (licence) gagne en moyenne 400 600 F.CFP net par mois en ETP, contre 181 900 F.CFP pour un salarié sans diplôme. Le rapport des salaires des plus diplômés sur ceux des non-diplômés est donc de 2,2, alors qu’il n’est que de 2,0 en Métropole.
Les salaires progressent au cours de la carrière
FIG 3. Salaire net moyen en ETP en fonction de la tranche d'âge
ISPF, INSEE, Enquête emploi 2018
L’âge au travers de l’expérience et de l’ancienneté dans le poste est aussi un facteur influant sur le salaire des salariés : le salaire d’un individu de plus de 55 ans est en moyenne 1,9 fois plus élevé que celui d’un jeune de moins de 25 ans. Ce rapport est comparable à celui de Métropole. Ces écarts sont principalement dus aux différences d’expérience professionnelle : les salariés les plus jeunes, en début de carrière, sont moins souvent amenés à occuper des postes à responsabilité et donc mieux rémunérés.
Des écarts selon la structure familiale
Les salariés vivant dans des ménages nombreux ont des salaires globalement plus faibles. Les salariés polynésiens vivant dans des ménages de plus de 3,5 unités de consommation (6 personnes ou plus) ont en moyenne un salaire net en ETP de 191 900 F.CFP par mois, contre 286 000 F. CFP pour les salariés vivant dans des ménages de moins de 1,5 unité de consommation (1 ou 2 personnes), soit 49 % de plus.
FIG 4. Salaire net moyen en ETP en fonction du nombre d'unités de consommation dans le ménage
Source : ISPF, Enquête emploi 2018
Des salaires plus élevés dans la zone urbaine de Tahiti
Les salariés habitant la zone urbaine de Tahiti (de Paea à Mahina) ont en moyenne un salaire net en ETP de 268 700 F.CFP par mois en 2018. Dans le reste de Tahiti et à Moorea, le salaire net moyen s’élève à 214 400 F.CFP par mois en ETP, et à 220 300 F.CFP dans les autres archipels (Îles Sous-Le-Vent, Tuamotu, Gambier, Australes, Marquises). Les salaires plus élevés dans la zone urbaine de Tahiti s’expliquent principalement par la plus forte concentration d’emplois qualifiés et donc mieux rémunérés : 68 % des cadres, 78 % des titulaires d’un bac+3 ou encore 65 % des fonctionnaires d’État habitent dans cette zone, alors qu’elle ne regroupe au total que 57 % des salariés. Les salaires légèrement plus élevés dans les archipels qu’à Moorea et dans la zone rurale de Tahiti peuvent s’expliquer par la densité des emplois publics : 22 % des salariés du secteur public habitent Moorea ou la zone rurale de Tahiti et 23 % habitent les archipels, contre respectivement 25 % et 18 % de la population globale des salariés.
Un cadre gagne en moyenne 2,2 fois plus qu'un ouvrier
Les inégalités de salaires se retrouvent également au niveau des catégories socio-professionnelles. Les cadres, principalement présents dans l’administration, l’enseignement et la santé, gagnent en moyenne 423 100 F.CFP net par mois en ETP. C’est 2,2 fois plus que les ouvriers, davantage présents dans les secteurs de la construction et de l’industrie. Ce rapport est comparable à celui de Métropole.
Les inégalités de salaires au sein de chaque catégorie socioprofessionnelle sont par ailleurs bien plus importantes qu’en Métropole. Le rapport interdécile D9/D1 est ainsi supérieur de 13 % à celui de Métropole pour les ouvriers et de plus de 403 % pour les autres catégories socio-professionnelles.
TABLE 2. Salaire net moyen en fonction de la catégorie socio-professionnelle
Source : ISPF, INSEE, Enquête emploi 2018
Un développement humain en retard par rapport à la Métropole
Les fortes inégalités salariales se doublent d'un retard de développement humain de la Polynésie française sur la Métropole. L'indicateur de développement humain 2 (ou IDH-2), variante de l'IDH, est un indice synthétique censé estimer le développement humain d'une région à travers trois axes : la santé, l'éducation et le niveau de vie. En Polynésie française, l'IDH-2 n'est que de 0,43 contre 0,65 à 0,8 dans les régions métropolitaines.
La variable santé est calculée à partir de l'espérance de vie à la naissance. En Polynésie française, elle n'est que de 74,7 ans pour les hommes et 79,1 pour les femmes : c'est en dessous de tous les départements et territoires français sauf Mayotte. À Mayotte, l'espérance de vie à la naissance est de 72,3 ans pour les hommes et 73,6 ans pour les femmes, et dans les autres territoires français (y compris les DOM et la Nouvelle-Calédonie), elle est d'au moins 76 ans pour les hommes et 81 ans pour les femmes.
Le niveau d'éducation est mesuré par la proportion de la population de plus de 15 ans sortie diplômée du système scolaire. En Polynésie française, elle est de 69 %, contre au moins 75 % dans les autres régions métropolitaines. Enfin, le niveau de vie est estimé avec le revenu médian par unité de consommation. En Polynésie française, il est évalué à environ 86 400 F.CFP, mais est probablement sous-estimé. Néanmoins, il reste nettement inférieur aux chiffres de Métropole, ce qui s'explique par un plus faible taux d'emploi, des salaires plus faibles, des ménages plus nombreux et des allocations plus faibles en Polynésie française.