En 2018, un Polynésien sur deux est en emploi

Image En 2018, en Polynésie française, 95 100 personnes occupent un emploi, soit un taux d’emploi de 51,9 %. Les personnes désireuses d’avoir un emploi sont au nombre de 39 400, dont 16 200 sont au chômage au sens économique (BIT), soit un taux de chômage de 14,5 %. Les personnes peu diplômées et les femmes ont un accès à l’emploi difficile. Dans la population en emploi, un individu sur quatre est non salarié et la précarité est très marquée chez les plus jeunes. Au sein des îles de la Société, la zone urbaine de Tahiti et les îles Sous-le-Vent apparaissent plus dynamiques. Dans les autres archipels, beaucoup d’inactifs souhaiteraient un emploi et le non-salariat y est très élevé, tout comme les emplois plus fragiles.

Numéro : 1193
Dépôt légal : 1 janvier 2020
Collection : Points Etudes et Bilans
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Un taux d'emploi en retrait comparé à celui de la France

En 2018, le taux d'emploi en Polynésie française (51,8 %) est en retrait comparativement à la France hexagonale (66 %) et la Nouvelle-Calédonie (57 %). Il demeure cependant plus élevé que dans les départements d'Outre-mer. Ce taux représente la proportion des personnes en emploi parmi toutes celles en âge de travailler et reflète la capacité d'intégration au marché de l'emploi d'une économie.

Le taux de chômage en Polynésie française s'établit à 14,5 %, un chômeur étant une personne sans emploi qui en recherche activement un et disponible immédiatement pour occuper l'emploi qu'elle pourrait trouver. Le taux de chômage est la proportion de ces personnes dans l'ensemble dela main d'œuvre -- ou population active -- qui regroupe l'ensemble des personnes directement associées au marché du travail, qu'elles occupent un emploi ou soient au chômage. Ce taux traduit la capacité d'une économie à intégrer au marché de l'emploi les personnes qui le souhaitent.

Le taux de chômage de la Polynésie française est de deux points et demi plus élevé qu'en Nouvelle-Calédonie (12 %) et de cinq points et demi vis-à-vis de la France hexagonale. Dans les départements d'Outre-mer (DOM), les taux de chômage s'échelonnent entre 18 et 35 %. En France hexagonale ou dans les DOM, l'indemnisation correspondant à l'inscription, puis aux démarches de recherche d'emploi effectuées dans les structures de Pôle Emploi, contribue à intégrer des personnes sans emploi à la main d'œuvre en tant que chômeurs au sens du BIT. Ce processus, inexistant en Polynésie française, relève mécaniquement les taux de chômage hexagonaux et domiens par rapport aux comptes polynésiens. Ces taux sont calculés selon les standards économiques du Bureau International du Travail (BIT) qui permettent d'obtenir des statistiques comparables entre territoires et dans le temps.

TABLE 1. Principaux indicateurs d'analyse du marché de l'emploi, comparatif Polynésie française, France hexagonale, DOMs et Nouvelle-Calédonie
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Source : ISPF - Enquête emploi 2018 / INSEE et ISEE - Enquête emploi 2017 - Champ : individus de 15 à 64 ans

L'accès au marché de l'emploi est beaucoup plus difficile pour les femmes

En 2018, l'accès au marché de l'emploi est maximal pour les personnes âgées de 25 à 49 ans. L'entrée sur le marché de l'emploi comme le maintien en emploi après 50 ans sont ardus. La grande faiblesse du taux de chômage pour les personnes de plus de 50 ans illustre dans ce cas le découragement à trouver un nouvel emploi passé cet âge.

L'accès au marché de l'emploi est par ailleurs beaucoup plus difficile pour les femmes que pour les hommes. Les taux d'emploi et de chômage des femmes sont ainsi de 54,0 % et 18,7 % contre respectivement 67,0 % et 11,3 % pour les hommes. Cette différence est marquée tout au long de la vie professionnelle, mais s'accentue particulièrement à l'entrée dans la vie de famille : on observe un différentiel de plus de 20 points entre les taux d'emploi des hommes et des femmes entre 25 et 49 ans. Si la moindre intégration des femmes dans le marché de l'emploi s'observe aussi en France hexagonale, le différentiel y est moins marqué grâce au soutien à l'emploi des femmes illustré, par exemple, par les crèches publiques ou autre dispositifs de garde d'enfants en bas âge.

TABLE 2. Indicateurs de l'emploi par sexe et âge
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Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans

Les plus jeunes sont les plus exposés aux emplois fragiles

En Polynésie française en 2018, parmi les personnes âgées de 15 à 64 ans, 95 100 personnes sont en emploi. Parmi elles, 52 600 personnes, soit 55,3 % des personnes en emploi et 75,1 % des personnes en emploi salarié, bénéficient d'un CDI ou sont fonctionnaires. Plus d'un quart occupe un emploi non-salarié, soit une proportion double de celle observée en France hexagonale. Si le salariat est répandu en Polynésie française, il n'est pas hégémonique en raison d'un secteur primaire encore important (16 % des emplois) mais aussi de la flexibilité qu'offre une patente pour de nombreux travailleurs avec une faible qualification. Pour 13 % des personnes non salariées, cette situation n'est pas un choix (non-salariat par défaut d'emploi salarié disponible ou emploi informel).

Déjà confrontées à une entrée laborieuse sur le marché de l'emploi, les personnes les plus jeunes sont également les plus exposées aux emplois « fragiles ». Parmi les 15-24 ans, 40 % occupent ainsi un emploi de ce type : CDD de moins de trois mois, contrats précaires, stages, non-salariat par défaut ou encore emploi informel. Les 25-49 ans ne sontque 15 % à occuper ce type d'emploi, et les plus de 50 ans, 8 %. Les femmes, souvent plus exposées à la précarité de l'emploi, n'occupent pas plus régulièrement que les hommes ce type d'emploi.

TABLE 3.
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Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans

Le halo du chômage est deux fois plus élevé en Polynésie française qu'en France métropolitaine

En 2018, selon les critères économiques du BIT, 16 200 personnes sont considérées comme au chômage au sens économique et 23 200 comme inactives tout en souhaitant pourtant occuper un emploi. Cette dernière catégorie constitue le « halo » du chômage. Dans cette population "inactive", 18 600 personnes seraient disponibles pour travailler mais n'ont pas de démarche active de recherche ; pour la plupart, ces personnes sont découragées de trouver un emploi dans le secteur d'activité de leur choix ou dans leur zone de résidence. En outre, 4 600 personnes, majoritairement des femmes, se déclarent non disponibles pour occuper immédiatement un emploi car elles sont par ailleurs en charge d'enfants ou de personnes dépendantes.

Six personnes sur dix souhaitant travailler ne remplissent pas les critères du BIT pour être économiquement considérées comme au chômage, soit une proportion double de celle de la France hexagonale. Près d'un tiers des personnes inactives au sens du BIT appartiennent au halo du chômage. Cette importance du halo est comparable à celle observée en Guyane française ou à Mayotte, où les activités informelles sont également conséquentes.

Près d'une personne sur dix en emploi est considérée comme en « sous-emploi » selon les critères du BIT. Cette catégorie, à la frontière de l'emploi et du chômage, regroupe les personnes en emploi qui ne peuvent travailler autant qu'elles le souhaitent. La situation la plus courante est celle des travailleurs en temps partiel subi, c'est-à-dire qui souhaitent travailler plus que leur temps partiel, sont disponibles pour le faire, mais à qui cette possibilité n'est pas offerte. Les femmes sont plus nombreuses en sous-emploi que les hommes (12 % contre 8 %). Un quart des moins de 25 ans travaillent en sous-emploi contre seulement 3 % des 50 ans et plus. Les diplômés de l'enseignement supérieur sont très peu nombreux à être dans cette situation (4 %).

FIG 1. Schéma simplifié des concepts d'activité au sens du BIT
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Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans

Le diplôme, une protection contre l'emploi fragile

Les diplômes de l'enseignement supérieur sont un atout indéniable pour l'accès à l'emploi : huit personnes sur dix en possédant un sont en emploi, et leur taux de chômage s'établit à 5,6 %. Les diplômes professionnels du secondaire (CAP-BEP) permettent une insertion équivalente, voire supérieure à celle des diplômes généralistes, même de niveau supérieur : le taux d'emploi des titulaires d'un CAP ou d'un BEP est comparable à celui des titulaires d'un baccalauréat et leur taux de chômage, légèrement inférieur. Les personnes non diplômées ou ne possédant qu'un certificat d'étude ou DNB sont celles qui connaissent le plus de difficultés. Les personnes les moins qualifiées sont les plussusceptibles d'occuper un emploi fragile : un quart des personnes en emploi et sans aucun diplôme occupe un tel emploi contre 5 % des personnes diplômées de l'enseignement supérieur.

TABLE 4. Indicateurs de l'emploi par diplôme le plus élevé
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Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans

Une géographie de l'emploi très contrastée en Polynésie française

Les situations d'emploi sont très différenciées selon les archipels de Polynésie française en 2018. La zone qui apparaît la plus en difficulté est la partie rurale de Tahiti et Moorea. Les taux d'emploi et de chômage s'établissent respectivement à 45,3 % et 20,4 %. Par ailleurs, les emplois non salariés et fragiles y sont plus fréquents que sur la zone urbaine de Tahiti (28,7 % et 17,7 % contre 18,2 % et 12,3 %). Au sein des îles de la Société, les îles Sous-le-Vent présentent un profil intermédiaire avec des taux d'emploi et de chômage de 49,6 % et 14,1 %, même si la part d'emploi non salarié y est importante (36,8 %).

TABLE 5. Indicateurs de l'emploi par zone géographique
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Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans

L'observation des taux d'emploi et de chômage dans les autres archipels pourrait laisser penser en première analyse à une situation spécifiquement favorable du marché de l'emploi : taux d'emploi à respectivement 63,3 % et 64,2 % aux Marquises et aux Tuamotu -- Gambier, taux de chômage à respectivement 7,1 % et 7,4 % aux Marquises et aux Australes. Cependant une forte proportion d'emploi y est fragile (27,4 % aux Tuamotu -- Gambier et 32,0 % aux Australes alors qu'elle n'est que de 12 % dans la zone urbaine de Tahiti). Enfin, la proportion très importante d'emploi non salarié dans ces archipels (plus d'un tiers aux Marquises, près de la moitié aux Tuamotu -- Gambier) comme la part importante du halo du chômage parmi les inactifs aux Marquises et aux Australes en particulier illustre la faiblesse du marché de l'emploi local et le recours nécessaire à des situations alternatives pour assurer le quotidien.

L'emploi dans le secteur primaire est plus accentué en dehors des îles du Vent ; un tiers des travailleurs dans les Tuamotu-Gambier sont dans le secteur primaire (coprah, perliculture, pêche...). Le tourisme est notamment développé dans les îles Sous-le-Vent (20 % des emplois) et dans la zone comprenant la partie rurale de Tahiti et Moorea (14 %). Un emploi sur deux est dans l'administration ou les services (hors hôtellerie-restauration), notamment dans la zone urbaine de Tahiti (62 %).