Être élève de 3e en Polynésie française

Image En mai 2019, la Polynésie française compte 4 350 collégiens et collégiennes en classe de 3ième, en CJA ou en MFR. Ces dernières années, la progression spectaculaire de la réussite au diplôme national du brevet (DNB) constitue un succès indéniable des premiers et deuxièmes cycles scolaires. Dispersés dans les collèges des cinq archipels, un quart des élèves a déjà effectué au moins une migration au-delà de l’archipel depuis le début de sa scolarité.

Numéro : 1220
Dépôt légal : 1 octobre 2020
Collection : Points Etudes et Bilans
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Les collégiens déjà fortement regroupés dans les îles de la Société

L'offre scolaire la plus importante se trouve dans l'archipel de la Société, à l'instar des principaux foyers d'activités administratifs, politiques, professionnels, particulièrement à Tahiti où vivent les trois quarts de la population de Polynésie française et dans la zone urbaine qui concentre également 65 % des habitants de Tahiti[^1].

TABLE 1. Répartition des élèves de 3e par subdivision en 2019
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Source : DGEE 2019

Ainsi les collèges de la zone urbaine de Tahiti accueillent près de la moitié des collégiens enquêtés (47 %) et les autres établissements situés à Tahiti un peu plus de 23 %. La grande majorité des élèves inscrits en classe de 3e (ou niveau 3e en CJA ou MFR) étudient à Tahiti et Moorea (75,6 %) où se concentrent la plupart des établissements ; on compte 6 collèges dans les Îles Sous-le-Vent, 3 aux Tuamotu-Gambier, 4 aux Marquises et seuls 2,7 % des élèves sont scolarisés aux Australes dans les collèges de Mataura et Rurutu.

Une langue polynésienne pratiquée par les trois quarts des collégiens

Les élèves interrogés déclarent pratiquer assez largement une langue polynésienne en famille : les trois quarts des collégiens en utilisent au moins une à la maison. C'est d'autant plus vrai lorsque l'on s'éloigne de Tahiti.

FIG 1. Répartition des élèves de 3e parlant une langue polynésienne à la maison par subdivision en 2019
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Source : Enquête Le collège & moi en Polynésie française, Ined-ISPF-DGEE, 2019

Les collégiens étudiant aux Australes, aux Tuamotu-Gambier et aux Marquises pratiquent à plus de 90 % une langue polynésienne à la maison. À Tahiti, l'usage unique du français est plus répandu qu'ailleurs comme plus d'un quart des collégiens de Papeete le déclarent ce qui atteste de la présence plus importante de métropolitains et de domiens.

De même, la pratique de l'anglais à la maison en plus du français et éventuellement d'une langue polynésienne caractérise également 12 % des collégiens dans les Îles du Vent dont l'ouverture internationale est ici confirmée.

Un quart des élèves a déjà vécu dans un autre archipel

Les collégiens ont déjà été amenés à se déplacer afin de poursuivre leur scolarité lorsqu'ils sont originaires d'une île dotée d'un collège. Néanmoins, ils migrent rarement au-delà de l'archipel. Ainsi 76 % d'entre eux ont toujours vécu dans le même archipel. Cependant, cette réalité reflète principalement ce qui est observé aux îles du Vent, notamment à Tahiti, qui accueille le plus grand contingent de collégiens de Polynésie française. À l'inverse, aux Tuamotu-Gambier et aux Australes, ce sont près de la moitié des collégiens enquêtés qui ont vécu, à une étape de leur vie (petite enfance, entrée à l'école primaire ou entrée au collège) en dehors de l'archipel où ils sont scolarisés en 2019. Une proportion importante des élèves de collège aux Australes et aux Tuamotu-Gambier (plus d'un quart d'entre eux) avait déjà changé d'archipel entre le lieu de leur petite enfance et celui où ils commencèrent l'école primaire. Plus d'un élève sur dix étudiant dans un collège des Îles sous le Vent et des Tuamotu-Gambier arrive d'un autre archipel.

FIG 2. Parcours de mobilité des élèves de 3e par subdivision en 2019
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Source : Enquête Le collège & moi en Polynésie française, Ined-ISPF-DGEE, 2019

Les élèves ayant déjà l'expérience d'un séjour en dehors de la Polynésie française depuis leur enfance sont principalement collégiens dans les Îles de la Société, dans la proportion d'un élève sur dix. Ils se concentrent dans les zones les plus urbanisées comme le montrent les différences observées avec les collégiens du reste de l'île de Tahiti. Ceci témoigne du rayonnement international du territoire à partir de sa zone urbaine capitale.

Vivre en famille ou à l'internat ?

Selon le lieu de scolarisation, les conditions de vie des collégiens sont très contrastées. Plus de 80 % des collégiens résident en effet en famille dans la Société contre 50 % aux collèges de Tubuai et Rurutu et seulement 38 % dans ceux de Hao, Rangiroa et Makemo.

TABLE 2. Répartition des lieux de vie des élèves de 3e par subdivision en 2019
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Source : Enquête Le collège & moi en Polynésie française, Ined-ISPF-DGEE, 2019

La séparation d'avec la famille, la vie en communauté à l'internat, les retours collectifs rythmés par le transport scolaire aérien constituent l'expérience de la mobilité souvent très tôt pour ces élèves qui dès la 6e, quelquefois la 5e, sont contraints de rejoindre un établissement scolaire sur une île différente. La place de l'internat, qui concerne à peine 5 % des élèves, est centrale pour appréhender les conditions de vie différentielles des collégiens et en particulier de ceux dont la scolarité nécessite une mobilité.

Dans les Îles de la Société où 86 % des élèves déclarent vivre en famille, beaucoup de ces familles ont elles-mêmes migré depuis les îles périphériques pour des questions d'emploi, de santé ou pour accompagner la scolarité des plus jeunes. Le logement familial et les relais familiaux sur place sont de fait sursollicités et les conditions d'accueil décrites par les familles restées au loin révèlent des situations compliquées et des solidarités familiales mises à rude épreuve.

Dans les Tuamotu-Gambier, qui sont composées de plusieurs dizaines d'îles habitées, très éloignées et peu peuplées (seules deux îles comptent plus de 1 000 habitants : Rangiroa et Mangareva), c'est une minorité qui vit la majorité du temps chez ses parents (37 %), sans doute depuis la classe de 6e voire de 5e. En effet, certaines communes expérimentent l'enseignement à distance, encadré par des volontaires ou des emplois aidés (contrat d'accès à l'emploi, CAE) afin de retarder autant que faire se peut, le départ des enfants en internat.

Sommeil et temps de transport, un bon équilibre

Les collégiens semblent dans l'ensemble disposer de conditions relativement confortables pour étudier. Ainsi, le temps de trajet jusqu'au collège est plutôt court, rares sont les élèves de 3e à mettre plus de 30 minutes pour s'y rendre. D'autre part, les collégiens des îles du Vent ont dormi 8 h 00 en moyenne dans la nuit précédant la collecte. Des disparités s'observent néanmoins selon l'archipel, la durée de sommeil aux Australes ou aux Tuamotu-Gambier dépasse par exemple 8 h 30.

FIG 3. Le lieu ou « j’étudie la plupart du temps », élèves de 3e par subdivision en 2019
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Source : Enquête Le collège & moi en Polynésie française, Ined-ISPF-DGEE, 2019

La moitié des collégiens dispose d'une chambre pour étudier

Seule la moitié des collégiens enquêtés déclare disposer d'une chambre pour étudier au quotidien, 11 % font leurs devoirs dans une autre pièce et 18 % déclarent ne pas avoir d'espace réservé pour étudier, les autres combinent différentes solutions. Mais de nombreux collégiens des Tuamotu-Gambier et des Australes déclarent également un espace collectif de travail à « l'étude » et le plus souvent dans le cadre de l'internat où pratiquement la moitié d'entre eux résident.

Néanmoins, une part notable des collégiens, quatre élèves sur dix, doivent s'accommoder là où ils peuvent et en improvisant, quel que soit leur lieu de vie. De plus, une certaine corrélation s'observe entre la difficulté à trouver un espace où étudier et les temps de trajet les plus longs, plaidant pour une concentration des freins à la réussite chez certains d'élèves.

L'utilité perçue du collège

Les collégiens interrogés ont également une vision positive de leur collège. Les élèves de 3e le décrivent volontiers comme utile, permettant d'apprendre des choses intéressantes pour 70 % et d'avoir un bon métier pour 93 % d'entre eux. Ils sont aux deux tiers heureux de pouvoir y retrouver leurs camarades. Seuls 14 % expriment des réticences, considérant qu'aller à l'école est contraignant ou difficile tandis que 16 % préféreraient travailler de suite.

Si plus de neuf collégiens sur 10 déclarent que « aller au collège c'est plutôt utile », les réponses faites à l'aide d'une question à choix multiple donnent une série d'assertions positives ou négatives qui permettent de préciser les choses. De nouveau, le choix exclusif d'options positives ("aller à l'école ça permet d'avoir un bon métier", "il y a des copains", etc.) concerne 6 collégiens sur 10, néanmoins les avis sont plus mitigés aux Tuamotu-Gambier où les élèves sont également bien plus nombreux à déclarer qu'ils préfèreraient travailler tout de suite.

Manquer les cours...

La grande majorité des élèves (57,6 %) déclarent n'avoir pas manqué les cours durant l'année scolaire (2019). Néanmoins un quart d'entre eux ont raté des cours pour des raisons de santé, ce qui constitue une part importante des raisons évoquées. Les plus assidus se trouvent dans les collèges des Australes et des Tuamotu-Gambier où beaucoup sont internes, ainsi qu'en zone urbaine de Tahiti. Les collégiens des Îles sous le Vent sont ceux qui évoquent le plus souvent des raisons de santé. Enfin, une des raisons possibles à cocher dans le questionnaire était « d'avoir chappé » et même si le mode de collecte peut laisser envisager une sous-déclaration, 14 % des collégiens admettent l'avoir fait. Par ailleurs, un temps de trajet long apparaît comme un déterminant important de l'absentéisme.

Miser sur l'école pour le futur

Les élèves étaient ensuite interrogés sur leur aspiration en termes de diplôme espéré. Bien que l'expression de ce souhait montre un taux d'indécision de près de 10 %, la grande majorité des collégiens à la veille du brevet envisage de poursuivre sa scolarité jusqu'au bac et même au-delà. Cela est d'autant plus marqué lorsque les collégiens étudient à Tahiti et Moorea.

FIG 4. Diplôme le plus élevé envisagé par les élèves de 3e par subdivision en 2019
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Source : Enquête Le collège & moi en Polynésie française, Ined-ISPF-DGEE, 2019

Sport et danse : des activités partagées par les élèves

Parmi les activités extrascolaires explorées dans le questionnaire, deux activités encadrées - respectivement le sport (football, natation, va'a, etc.) et les activités artistiques telles que la danse, l'orero, la musique, le dessin - recueillent de nombreuses réponses positives.

Plus de 60 % des collégiens pratiquent des activités sportives dans tous les archipels et aucune différence n'apparaît entre filles et garçons. À Tahiti et Moorea où se trouvent les zones les plus densément peuplées, l'accès à la mer et aux sports nautiques est un peu moins aisé, ce qui peut expliquer la moindre pratique. Aux Australes, plus agricoles et avec un fort taux d'élèves internes, la pratique de ces sports est également moins répandue.

FIG 5. Pratique d’une activité extra-scolaire sportive ou artistique encadrée, par les élèves de 3e par subdivision en 2019
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Source : Enquête Le collège & moi en Polynésie française, Ined-ISPF-DGEE, 2019

Pour ce qui est des activités artistiques, filles et garçons s'y adonnent également sans différence. Ils le font dans une moindre mesure à Tahiti et Moorea, ce qui s'explique par la plus grande présence d'élèves originaires de l'extérieur de la Polynésie. Au-delà, c'est plus du tiers à 40 % des collégiens qui pratiquent une activité artistique, souvent traditionnelle : cela relève d'une forte implication culturelle polynésienne.

Conclusion

Les parcours scolaires des jeunes Polynésiens sont extrêmement diversifiés. Pour un quart des collégiens, la continuité de l'éducation a nécessité d'avoir au moins une fois changé d'archipel. Comme nous l'avons vu, ceci masque potentiellement de nombreux autres déménagements d'une île à l'autre, celles-ci étant distantes et parfois non directement reliées entre elles, y compris au sein d'un même archipel. Pour cela, la famille est fortement mise à contribution, les enfants circulent avec ou sans leurs parents auprès des membres de la famille élargie et l'internat ne constitue, à ce stade de la scolarité, qu'un recours très marginal. Cette ressource publique est pourtant sollicitée par les parents, d'autant plus que le déploiement des solidarités familiales est parfois difficile dans les zones densément peuplées où les problèmes de logement touchent particulièrement les migrants des archipels éloignés.

Une enquête auprès de tous les collégiens sur l'ensemble du territoire

En mai 2019, la direction générale de l'éducation et des enseignements (DGEE), en collaboration avec l'Institut de statistique de Polynésie française (ISPF) et l'Institut national d'études démographiques (Ined), a permis de diffuser un questionnaire de 4 pages auprès de l'ensemble des élèves de 3e générale et des classes adaptées de niveau 3e en Polynésie française. L'ensemble des collégiens a donc été invité à répondre à une grande enquête intitulée « Le collège et moi », par l'intermédiaire d'un questionnaire autorempli, dans l'objectif de mieux appréhender leur cadre de vie, leur situation familiale, leur lien à l'école ou encore leurs aspirations pour le futur. Seuls 3 collèges n'ont pas retourné de questionnaires, mais les taux de réponse des établissements participants s'échelonnent de 80 % à 90 % des inscrits, ce qui constitue un excellent retour si on considère les absences.

[^1]: Recensement de la population de 2017 en Polynésie française (Torterat et Bolduc, 2018)