Être élève de terminale en 2023 en Polynésie française

Image En avril 2023, l’ISPF et l’Ined, à la demande de la DGEE ont conduit une enquête statistique dans l’ensemble des établissements de Polynésie française auprès des élèves de terminale. Interrogés sur leurs conditions de vie, leurs activités, leur orientation et leur avenir, plus de 60 % perçoivent l’intérêt et/ou l’utilité de leurs études et 73 % espèrent les poursuivre. A moyen terme, si certains envisagent de quitter le territoire, la grande majorité désire rester ou revenir au fenua.

Numéro : 1464
Dépôt légal : 20 janvier 2025
Collection : Points Etudes et Bilans
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En majorité scolarisés dans les îles de la Société

Établissements publics comme privés, enseignement général, technologique et professionnel, l’offre scolaire en terminale se concentre dans les îles de la Société : 15 établissements sur 20 à Tahiti et Moorea, trois à Raiatea et un à Bora-Bora. Le Lycée agricole Saint-Athanase à Nuku Hiva aux Marquises faisant figure d’exception.
L’enseignement est principalement professionnel et technologique (respectivement 39 % et 25 % des élèves), un peu plus d’un tiers suivant un enseignement général (36 %). Le secteur public rassemble 71 % des élèves, les établissements privés en accueillant 29 %.

Plus de filles et plus souvent dans les filières générales

Les élèves de terminale sont plus souvent des filles que des garçons (45 %) et on les trouve en plus grande proportion dans les filières générales ; les garçons se trouvant plus fréquemment dans les filières professionnelles (bâtiment, cuisine, par exemple). La centaine d’élèves déclarant un autre genre sont répartis de façon intermédiaire (tableau 1).

TABLE 1. Filière des élèves de terminale en 2023 par genre (déclaré à l’enquête)

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

Des trajectoires scolaires vers les îles de la Société

En se référant à la promotion des élèves de 3èmes enquêtés en mai 2019 (Lelièvre et Jedlicki, 2020), un peu plus des trois quarts ont poursuivi leur scolarité jusqu’en terminale.
La concentration géographique des établissements fait converger les trajectoires des élèves de lycée vers les îles de la Société. Si 93 % des lycéens originaires de la Société y ont poursuivi toute leur scolarité, environ la moitié des autres lycéens ont quitté leur archipel pour entrer au lycée ; changeant d’environnement et de conditions de vie. Seuls les Marquisiens ont la possibilité de rester dans l’archipel jusqu’en terminale s’ils optent pour une formation agricole.

Conditions de vie des élèves au lycée

TABLE 2. Lieu de résidence des élèves de terminale en 2023

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

La majorité des lycéens et lycéennes de classe terminale (67 %) vivent avec leurs parents (de naissance ou fa’a’amu), tandis que 33 % vivent dans des contextes différents : accueillis par des membres de leur famille ou par des amis (10 %), en foyer ou en internat (12 %), ou encore dans un autre cadre voire en alternant plusieurs lieux de résidence (10 %), sans résidence stable ; une situation moins favorable à une scolarité sereine (tableau 2). Le temps de transport déclaré pour se rendre le matin au lycée excède 1 heure dans seulement 8,5 % des cas.
Plus d’un quart (28 %) des élèves de terminale déclarent exercer une activité rémunérée et 35 % d’entre eux considèrent qu’elle leur prend beaucoup de temps (figure 1). Aider un membre de la famille dans son travail est beaucoup plus fréquent (64 % des élèves y consacrent du temps) et aider pour les tâches ménagères concernent la quasi-totalité des élèves. Néanmoins, parmi ceux qui déclarent aider un membre de la famille ou effectuer des services domestiques, 31 % estiment y consacrer beaucoup de temps.

FIG. 1. Activité rémunérée, aide au travail d’un membre de la famille et travail domestique des élèves de terminale en 2023

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

Une pratique multilingue généralisée Les élèves déclarent à plus de 95 % parler la plupart du temps français en famille et un quart ne parler que celui-ci. Parmi les multiples langues parlées, 10 % citent l’anglais et 90 % une langue polynésienne. Le tahitien est la langue la plus souvent citée (61 %) puis viennent le paumotu (12 %), le marquisien (11 %), et moins fréquemment une langue des Australes (5 %) ou une langue chinoise (Hakka) pour 4 %.

Une scolarité qu’on perçoit utile

La trajectoire scolaire des élèves de terminale s’est très majoritairement déroulée sans redoublement (83 %) et seuls 6 % des lycéens n’ont pas obtenu leur brevet des collèges. Plus de 60 % perçoivent l’utilité et l’intérêt de leur scolarité, et apprécient la sociabilité que leur assurent les années de lycée. Bien moins nombreux sont ceux qui considèrent le lycée contraignant, inutile (11 %) ou qui aimeraient déjà gagner leur vie (figure 2), même si plus de 76 % déclarent avoir souvent ou quelques fois manqué un cours sans justificatif.
Les élèves de terminale sont à 39 % boursiers et au global 45 % ont déclaré l’avoir été au moins une fois au cours de leur scolarité. Par rapport aux autres filières, les élèves de la filière professionnelle sont plus souvent boursiers, 62 % durant leur scolarité et 56 % en classe de terminale.

FIG. 2. Perception de la scolarité des élèves de terminale en 2023 (plusieurs réponses possibles)

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

Des activités extra-scolaires sportives et genrées

Le sport est l’activité extra-scolaire la plus citée par les élèves de terminale. Il existe une différence de pratique importante selon le genre, en effet 42 % des filles et 81 % des garçons déclarent avoir une activité sportive durant leur temps libre. A l’inverse, les activités artistiques et la lecture sont plus souvent pratiquées par les filles (30 %). En outre, les activités religieuses impliquent 17 % des élèves, à parts comparables selon le genre (figure 3).

FIG. 3. Pratique des activités extra-scolaires des terminales en 2023

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

Les projets après la terminale Les trois quarts des élèves de terminale (73 %) espèrent pour suivre leur formation. C’est particulièrement le cas des élèves de la filière générale (figure 4), où l’on trouve les plus grandes proportions de jeunes filles. Parmi les 13 % qui projettent d’entrer dans le monde du travail, 82 % savent dans quel domaine elles ou ils souhaitent travailler, un quart (23 %) ayant déjà sécurisé un emploi (principalement d’employé dans les services ou d’ouvrier). Les garçons projettent de commencer à travailler presque deux fois plus souvent que les filles (17 % versus 9 %).

FIG. 4. Que pensent faire l’an prochain les élèves de terminale en 2023

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

Parmi les formations plébiscitées, sont cités les BTS (48 %) et l’entrée à l’Université en 1ère année de licence (39 %).

Les élèves de filière professionnelle

Un quart (24 %) des jeunes en filière professionnelle projettent de commencer à travailler l’an prochain contre 4 % en bac général et 8 % en filière technologique.

L’année prochaine : rester ou quitter le territoire...

Quels que soient leurs projets, une large majorité des terminales déclare vouloir rester sur le territoire l’année prochaine (77 %), un tiers (34 %) souhaitent se rendre dans l’Hexagone et 17,5 % envisagent de partir ailleurs à l’étranger. Ces choix n’étant pas exclusifs.

...pour rejoindre l’Hexagone

Deux régressions logistiques permettent d’identifier l’effet des caractéristiques individuelles sur le souhait de poursuivre sa formation en dehors du fenua. Les élèves de la filière générale dont les parents ont poursuivi des études au-delà du bac envisagent volontiers de poursuivre leur formation dans l’Hexagone (figure 5). Ceux dont un parent n’est pas natif du territoire expriment davantage encore le souhait de continuer leurs études en Métropole. Toutefois, c’est bien le projet de s’engager dans l’armée qui s’accompagne le plus d’un souhait de mobilité vers l’Hexagone puisqu’elle en est le corollaire.
Cependant, lorsque que l’on examine les notes déclarées par les élèves, un autre effet apparaît : ceux qui estiment être en difficulté scolaire sont potentiellement ceux qui souhaitent le plus poursuivre leur formation au-delà du fenua souvent par l’engagement dans la police ou la gendarmerie (Fardeau et al., 2021 ; Sierra Paycha et al., 2023).

...pour partir à l’étranger

Le départ vers l’étranger est plutôt envisagé par les terminales de filière générale, en vue d’un emploi (figure 6) et dans une moindre mesure, par ceux dont un parent est né hors fenua.

FIG. 5. Souhaiter poursuivre sa formation dans l’Hexagone pour les élèves de terminale en 2023

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

Lecture : La figure 5 représente l’effet des modalités (Odds-Ratio) sur le souhait de poursuivre sa formation dans l’Hexagone en comparaison à une modalité de référence. Lorsque l’Odds-Ratio (OR) est supérieur à 1, l’effet est positif. Lorsque l’Odds-Ratio est inférieur à 1, l’effet est négatif. La validité de l’effet est mesurée par un risque d’erreur (p) faible symbolisé par des (filière générale versus professionnelle p<0.001**, par ex).

FIG. 6. Souhaiter poursuivre sa formation à l’étranger pour les élèves de terminale en 2023

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

Lecture : La figure 6 représente l’effet des modalités (Odds-Ratio) sur le souhait de poursuivre sa formation à l’étranger en comparaison à une modalité de référence. Lorsque l’Odds-Ratio (OR) est supérieur à 1, l’effet est positif. Lorsque l’Odds-Ratio est inférieur à 1, l’effet est négatif. La validité de l’effet est mesurée par un risque d’erreur (p) faible symbolisé par des (filière générale versus professionnelle p<0.001**, par ex).

Se projeter dans 5 ans : vivre au fenua

Une question finale était posée aux élèves de terminale sur leur lieu de vie souhaité plus tard : « dans 5 ans environ, tu te vois vivre. . . ». Si plus d’un sur dix n’en a aucune idée (14 %), un tiers (33 %) se projette en dehors du territoire, dans l’Hexagone ou à l’étranger (figure 7). Pour ceux qui envisagent de résider à l’étranger (13 %), les pays les plus fréquemment cités sont, dans l’ordre, les États-Unis, le Canada, la Nouvelle-Zélande, puis loin derrière la Corée et l’Australie.

FIG. 7. Lieu de vie projeté dans 5 ans par les élèves de terminale en 2023

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

La majorité (53 %) des jeunes de terminale se voient vivre au fenua dans 5 ans. Et parmi ceux aspirant à vivre ailleurs, Hexagone ou étranger (33 %), une majorité déclare qu’il s’agit d’une destination temporaire, avant un retour au fenua. Ces mobilités souvent pour des études ou de l’emploi (tel l’engagement militaire) ne sont pas vues comme définitives.

FIG. 8. Projet d’installation ou de retour en Polynésie française des élèves de terminale en 2023

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Source : « Le lycée et après ? » INED-ISPF-DGEE

On peut cependant remarquer que ceux qui envisagent une destination à l’étranger, pensent plus souvent y rester. Parmi l’en semble des élèves de terminale qui souhaitent quitter la Polynésie française, pour 59 % cette phase est transitoire avant de revenir sur le territoire alors que 20 % envisagent de s’y installer plus durablement.