La croissance se redresse en 2021 mais ne retrouve pas son niveau d’avant-crise
En 2021, la croissance se redresse en Polynésie française. La progression du produit intérieur brut (PIB) en volume est de 2,4 % après une perte de croissance de 7,2 % en 2020. La consommation des ménages constitue le principal moteur de cette croissance après un fort ralentissement en 2020. La consommation des administrations et l’investissement augmentent également. En revanche, conséquence d’une consommation et d’un investissement dynamiques, la hausse des importations pèse négativement sur la croissance. Dans le même temps, la situation sur le marché du travail s’améliore, soutenant pour partie des gains de pouvoir d’achat de 3 % après une chute de 4 % en 2020.
La croissance du PIB de la Polynésie française se redresse
Le PIB progresse de 2,4 % en volume, contribuant à rattraper un quart des pertes de 2020. Cette croissance s’accompagne d’une faible inflation en 2021, même si des premiers signes de hausse des prix apparaissent au cours du troisième trimestre, en lien avec la hausse du prix des énergies. Le PIB par habitant progresse de 2,1 % en volume en 2021, soit trois fois moins vite qu’au niveau national. Il s’établit ainsi à 2 millions de F.CFP par habitant. Dans l’Hexagone, l’activité a fortement accéléré en 2021 (+ 7 % contre - 7,9 % en 2020), portant le PIB par habitant à plus de 4 millions de F.CFP.
FIG. 1. Évolution du taux de croissance du PIB en volume
Source : Comptes économiques rapides - ISPF, INSEE
Les éléments qui contribuent à la croissance économique sont exclusivement liés à la demande intérieure (+ 3,1 points) avec une consommation des ménages très dynamique (+ 1,7 point). Le secteur public a continué, par le biais de dépenses de fonctionnement et d’investissement, à soutenir une demande qui reste fragile. Les investissements privés ont continué de croître en 2021, profitant d’un contexte de taux de financement bas. Les exportations de biens et de services progressent et contribuent pour 1,4 point à la hausse du PIB. Néanmoins, la forte croissance des importations de biens mais aussi de services, liée à la reprise, annule cet effet avec - 2,1 points de contribution. Le commerce extérieur contribue au total pour - 0,7 point à la croissance du PIB.
TABLE 1. Les principaux agrégats et leur évolution
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
La consommation des ménages porte la reprise
En Polynésie française, la consommation des ménages est le premier moteur de la croissance en y contribuant pour 1,7 point. Alors qu’elle était en recul de 1 % en 2020, la consommation des ménages progresse fortement de 2,5 % en 2021, sous l’effet d’un pouvoir d’achat dynamique et d’un marché du travail en rebond. Les biens consommés (45 % de la consommation totale des ménages) étant en grande partie importés, cette hausse de la consommation des ménages se retrouve dans la forte augmentation des importations (+ 6 % contre - 20 % en 2020).
FIG. 2. Contributions à la croissance en volume
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
En 2021, les importations de biens de consommation progressent ainsi de 16 % en valeur sur un an, tout comme les importations de voitures (+ 30 %) pour atteindre des niveaux de valeurs jamais observés en Polynésie française. Les dépenses de consommation des administrations publiques progressent de 1,2 % en volume et contribuent pour 0,4 point à la croissance. Principale composante de cette dépense, la masse salariale publique qui représente 155 milliards de F.CFP, progresse en valeur de 2,2 % en 2021. Cette croissance s’explique en partie par la hausse des dépenses de santé liées à la pandémie.
FIG. 3. Évolution des effectifs et de la consommation des ménages en volume
Source : Comptes économiques rapides - ISPF (Indice Base 100 - 2005)
Le pouvoir d’achat moyen des Polynésiens se redresse
Dans un contexte faiblement inflationniste en 2021 (+ 0,5 % contre - 0,1 % en 2020) et soutenu par des revenus en hausse (+ 3,7 %), le pouvoir d’achat total des ménages progresse de 3 %.
Cette hausse du pouvoir d’achat est stimulée par l’accélération simultanée des revenus d’activité (+ 4,3 %) dopés pour partie par la reprise de l’emploi (+ 2,6 % de masse salariale) et par les aides publiques dédiées à la crise de la Covid-19 (28 milliards en 2021 contre 14 milliards en 2020). Le revenu disponible brut s’élève à 1 740 000 de F.CFP par habitant en 2021, soit deux tiers du niveau mesuré dans l’Hexagone.
FIG. 4. Évolution du pouvoir d’achat et de la consommation en volume
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
TABLE 2. Comptes de revenu des ménages
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
Des investissements toujours dynamiques
En 2021, l’investissement croît de 4 % en 2021 et contribue pour 0,9 point à la croissance.
L’investissement dans la construction reste dynamique. Le chiffre d’affaires du secteur progresse de 10 %, porté par celui de la construction de bâtiment (+ 20 %). L’investissement public soutient ce résultat avec des dépenses d’investissement qui restent élevées. D’autre part, l’investissement privé demeure bien orienté, avec notamment des crédits à l’habitat des ménages en hausse de 5 %. Les ménages profitent toujours de la poursuite de la baisse des taux moyens des crédits immobiliers atteignant 1,82 % au quatrième trimestre 2021 en Polynésie française, contre 1,9 % un an auparavant et 2,07 % au quatrième trimestre 2019. L’élargissement de l’aide à l’investissement des ménages (AIM) pour l’année 2021, sans condition de revenus ni nécessité de financer l’opération par un prêt, participe au maintien de la demande des ménages. L’épargne accumulée par les ménages au cours de l’année 2020 peut aussi soutenir les travaux de construction ou de rénovation. Les volumes importés d’intrants du bâtiment (fer, bois, ciment) progressent fortement cette année.
Essentiellement orientés vers les investissements en biens d’équipement (+ 3 % en 2021), les investissements des entreprises en produits de la construction restent aussi soutenus avec la progression des encours des crédits immobiliers des entreprises (+ 24 % en 2021, contre + 23 % en 2020). La bonne tenue des investissements en biens d’équipement se retrouve dans la hausse en valeur de 17 % des importations en biens d’équipement.
FIG. 5. Évolution de l’investissement en volume
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
La forte hausse des importations et les contraintes sanitaires qui pèsent sur les exportations de services touristiques freinent la reprise
En 2021, la Polynésie française importe 238 milliards de F.CFP de biens et de services et en exporte pour 77 milliards. Les importations progressent fortement en valeur (+ 11 %) et en volume (+ 6 %) pour un montant (hors avions gros-porteur) jamais observé en Polynésie française. Cette hausse des importations s’explique presque entièrement par la reprise des importations de biens (+ 7 %) car celle de services (7 % du total en 2021) qui est essentiellement composée de services touristiques, est restée contrainte par les restrictions de déplacement (destination fermée, contrainte sur les voyageurs polynésiens, etc.).
FIG. 6. Évolution des importations et exportations de biens et services en volume
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
Le commerce extérieur contribue négativement à la croissance comme en 2020, mais pour des raisons opposées. En effet, la baisse des importations de 20 % en volume en 2020 (absence d’importation d’avion cette année-là) avait partiellement compensé la chute des exportations (- 47 %) permettant d’en limiter l’impact sur le PIB. En revanche, la forte reprise des importations de 2021 qui contribue pour - 2,1 points au PIB n’a pu être compensée par la reprise des exportations (+ 12 %, + 0,9 point de contribution). Le commerce extérieur contribue ainsi pour - 0,7 point à la croissance.
Dans le détail, la hausse en valeur des importations de biens d’équipement et de biens intermédiaires explique la moitié de la croissance, alors que celle en biens de consommations et en produits de l’industrie agro-alimentaire en explique un tiers. Le reste de la hausse concerne les produits énergétiques, dont les prix progressent de 15 % sur un an, et les volumes sont en hausse. L’Hexagone reste le principal fournisseur de la Polynésie française (23 % des importations) mais l’Asie (93 % des produits énergétiques et 50 % des produits de l’industrie automobile) et l’Union européenne sont aussi des partenaires privilégiés. Si les pays du Pacifique sont les plus proches, les importations originaires de cette région représentent moins de 10 % des importations en valeur.
Les exportations se redressent de 12 % en volume en 2021. Constituées principalement de services touristiques (transport, hôtellerie-restauration), les exportations de services progressent de 3%alors que celles de biens croissent de 32 %. Si la reprise de la fréquentation touristique (+ 7 % sur un an), toujours pénalisée par les contraintes sanitaires, explique la faible croissance des exportations de services, la reprise des exportations de biens s’explique par la forte hausse en volume d’exportations de perles (17 tonnes contre 9 tonnes en 2020, dont 50 % sont sortis avant la remise en place de la DSPE en mai 2021) ainsi que de produits de la mer.
TABLE 3. Bilan des exportations à francs constants (prix 2018)
Source : Comptes économiques rapides - ISPF