La sous-utilisation de main-d'œuvre en 2018

Image En 2018, la sous-utilisation de main-d’oeuvre concerne 48 600 personnes, soit 26,4%de la population en âge de travailler. Ces dysfonctionnements du marché de l’emploi recouvrent l’emploi à temps partiel subi ou contraint, le chômage et le halo du chômage. Ils concernent principalement les jeunes générations et les femmes, le faible niveau de qualification étant également un facteur aggravant de l’éloignement du marché de l’emploi.

Numéro : 1230
Dépôt légal : 1 février 2021
Collection : Points Etudes et Bilans
296 ko

En 2018, le marché de l’emploi polynésien sous-utilise la maind’oeuvre correspondant à 48 600 personnes. En effet, 9 200 personnes exercent un emploi à temps partiel contraint, 16 200 sont des chômeurs et 23 000 appartiennent au halo du chômage. Plus d’un quart de la population en âge de travailler est touché par un dysfonctionnement du marché de l’emploi. Cette sous-utilisation de main-d’oeuvre est à peine moindre que l’inactivité hors halo regroupant 49 300 personnes n’ayant ni emploi ni désir d’accès à l’emploi. En regard, 85 900 personnes sont en emploi non contraint (46,7 % de la population en âge de travailler), c’est-à-dire dont le temps de travail correspond au choix du travailleur.

FIG 1. Schéma des concepts de sous-utilisation de main-d’œuvre
1230 graphe1.svg
Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans

Le sous-emploi lié au temps de travail : des clivages selon l'âge et le niveau d'étude, mais pas selon le genre

Le premier type de dégradation de relation à l’emploi est le sous-emploi lié au temps de travail, c’est-à-dire le temps partiel contraint : les individus travaillent, mais moins qu’ils ne le voudraient et pourraient le faire. Une personne sur dix en emploi se trouve dans cette situation. Ce sous-emploi est comparativement plus développé dans les îles Sous-le-Vent (17,4 % de la population en emploi), aux Marquises (13,4 %) et aux Tuamotu – Gambier (13,2 %).
Les contrats de travail accompagnant les emplois à temps partiel contraints sont plus fragiles que ceux encadrant les emplois à temps partiel non contraint : 17,6 % en CDI contre 42,1 % pour les emplois non contraints, 28 % de stages ou de contrats précaires contre 9,9 %. Par ailleurs, les temps partiels contraints sont plus courts que les temps partiels choisis. En particulier, 32 % des temps partiels subis sont strictement inférieurs à un mi-temps, contre 25,5 % des temps partiels choisis.

TABLE 1. Composantes de la sous-utilisation de main-d’œuvre selon l’âge
1230 tab1.svg
Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans

Le sous-emploi concerne principalement les jeunes générations avec un emploi sur quatre pour les moins de 25 ans contre seulement 3,4 % pour les plus de 50 ans. Les moins de 25 ans représentent 22,4 % du sous-emploi et seulement 7,4 % de l’emploi non contraint. À l’inverse, les plus de 50 ans représentent 23,3 % de l’emploi non contraint et 7,6 % de l’emploi contraint.
Les diplômes de l’enseignement supérieur permettent généralement une meilleure insertion dans l’emploi : le taux d’emploi des diplômés du supérieur est en effet de 78,9 %, pour 51,8 % dans l’ensemble de la population en âge de travailler. Les diplômes du supérieur aident également à échapper au sous-emploi. Parmi les diplômés du supérieur en emploi, seuls 4,2 % sont en sous-emploi, contre environ 11 % pour tous les autres niveaux de diplômes jusqu’au baccalauréat.
Le sous-emploi lié au temps de travail touche la moitié des femmes et des hommes, les femmes étant minoritaires dans l’emploi non contraint (41,1 % contre 58,9 %). La concentration des femmes dans cette catégorie d’emploi, où les jeunes sont par ailleurs très présents, souligne leur difficulté d’accès à l’emploi non contraint, et peut expliquer qu’elles se détournent de l’emploi au début de la vie familiale ; le taux d’activité féminin se dégrade en effet fortement à partir de 30 ans.
Comparativement, en France métropolitaine et dans les départements d’Outre-mer, le sous-emploi touche plus particulièrement les femmes (8,3 % contre 2,9 % pour les hommes en France métropolitaine, et 13,7 % contre 7,1 % dans les DOM hors Mayotte).

Entre chômage et halo du chômage, 39 200 personnes n’ont pas d’emploi mais souhaiteraient en occuper un dont plus d’un tiers a moins de 25 ans

Sous-utilisation de main-d'œuvre : concepts et définitions
La sous-utilisation de main-d’oeuvre est un concept développé par le Bureau International du Travail (BIT) pour regrouper et rendre compte des dysfonctionnements du marché de l’emploi relatifs à une utilisation non optimale de la ressource en maind’oeuvre (en emploi ou qui en souhaite un). Ces composantes sont le sous-emploi lié au temps de travail (c’est-à-dire les personnes en emploi dont le temps de travail est « insuffisant par rapport à des situations alternatives d’emploi qu’elles souhaitent occuper et qui sont disponible pour le faire », le temps partiel contraint en est l’exemple-type), le chômage (« qui reflète la recherche active d’un poste de travail par des personnes qui ne sont pas en emploi mais qui sont disponibles pour cette forme de travail »), ainsi que le halo du chômage ou main-d’oeuvre potentielle (« qui fait référence aux personnes qui ne sont pas en emploi, qui expriment un intérêt pour cette forme de travail mais dont les conditions actuelles limitent leur recherche et/ou leur disponibilité »).
De l’emploi non contraint à l’inactivité économique pure (« hors halo »), on peut lire à travers ces concepts une dégradation progressive du rapport à l’emploi pour les individus, ou encore, pour le fonctionnement du marché, une capacité à mobiliser la maind’oeuvre de moins en moins efficiente. Le sous-emploi est explicitement une sous-utilisation des travailleurs concernés puisque ceux-ci sont prêts à travailler plus que ce que le marché leur permet de faire. Dans le cas du chômage ou du halo du chômage, la main-d’oeuvre n’est pas du tout mobilisée. Cependant, l’individu chômeur est activement lié au marché de l’emploi; si sa demande d’emploi rencontre une offre compatible, il est une ressource rapidement mobilisable pour le marché. À l’inverse, la main-d’oeuvre que représente une personne du halo n’est pas rapidement mobilisable et n’est ainsi que « potentielle » : cette ressource n’est pas immédiatement mobilisable pour faire face à la demande du marché de l’emploi puisque la personne n’est pas en recherche ou pas disponible immédiatement pour prendre un poste de travail. Le halo est cependant bien un dysfonctionnement du marché de l’emploi puisque les personnes qui en font partie expriment leur envie d’occuper un emploi.

FIG 2. Répartition de la sous-utilisation de main d'oeuvre par archipel
1230 graphe2.svg
Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans

Un chômage structurel et un halo marqué aux Australes

Plus de 80 % des chômeurs résident dans les îles du Vent ; 6 600 habitent la zone rurale de Tahiti et Moorea, soit autant que dans la zone urbaine de Tahiti où la population en âge de travailler est pourtant bien plus importante (85 500 contre 56 300). La zone rurale de Tahiti regroupe de nombreuses personnes dans le halo du chômage (16,5 % de la population en âge de travailler) ainsi que les îles Sous-le-Vent (15,2 %) et les Australes (12,7 %). Les difficultés de déplacement vers la zone urbaine de Tahiti, principal bassin d’emplois, expliquent en partie à la fois la difficulté à trouver un emploi malgré les recherches et la disponibilité, mais également le découragement à la recherche d’emploi typique des résidents des îles du Vent. Les deux tiers des personnes qui ne recherchent plus déclarent avoir déjà cherché sans succès un emploi : 33%des hommes et 20 % des femmes dans cette situation sont persuadés qu’ils ne trouveront pas d’emploi qui leur convienne. De fait, la composante principale du halo est la disponibilité sans recherche active d’emploi (quatre personnes sur cinq). Le découragement est cependant cité bien plus fréquemment par les hommes que par les femmes (40 % contre 23 %) pour expliquer la non-recherche d’emploi.

Un découragement généralisé pour la recherche d’emploi, qui se cumule avec les charges familiales pour les femmes

Les femmes sont plus concernées par le halo que les hommes : 14,2 % de la population féminine en âge de travailler est dans le halo contre 11,1 % de la population masculine. Les charges familiales les contraignent significativement : 40%des femmes (contre seulement 9%des hommes) invoquent également l’existence d’un enfant ou d’une personne dépendante pour expliquer leur nonrecherche d’emploi, ainsi qu’à 57 % (contre 15 %) pour expliquer leur non-disponibilité.

TABLE 2. Composantes de la sous-utilisation de main-d’œuvre selon le sexe
1230 tab2.svg
Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans

Près d’une personne sur deux de 50 ans ne dispose pas d’un emploi mais, parmi elles, très peu le souhaitent : parmi les plus de 50 ans, seulement 1 % est classé au chômage et 7 % comme appartenant au halo. À l’inverse, les plus jeunes sans emploi souhaitent massivement travailler. Parmi les 30 000 jeunes ne se déclarant pas en formation, 27 % sont en emploi et 37 % n’en ont pas tout en souhaitant un (17 % sont au chômage et 20 % dans le halo). Les causes de non-recherche d’emploi évoquées sont pour un tiers des jeunes hommes le découragement (ils pensent qu’ils ne trouveront pas d’emploi) et pour 37 % des jeunes femmes les charges familiales, soit un taux à peine plus faible que celui de l’ensemble des femmes.

Les faibles qualifications éloignent les individus du marché de l’emploi, particulièrement chez les jeunes

Le niveau de diplôme acquis est un fort indicateur de la capacité des individus à pouvoir intégrer le marché de l’emploi : 80,5 % des diplômés du supérieur sont en emploi en 2018, contre 61,9 % des titulaires du baccalauréat, 58 % des titulaires du CAP ou d’un BEP, et 45,5 % des personnes peu ou pas diplômées (titulaires d’un diplôme de niveau inférieur ou sans diplôme). À l’inverse, seuls 9,9 % des diplômés du supérieur et 32,3 % des personnes peu ou pas diplômées sont des inactifs hors halo. Les personnes sans emploi, mais en souhaitant un, occupent une position intermédiaire. Si elles sont également peu diplômées du supérieur (9,6 % sont dans cette situation), elles sont en revanche bien moins nombreuses à être peu ou pas diplômées (22,2 %) que les inactifs hors halo. Si les niveaux de qualification intermédiaire ne garantissent pas nécessairement un accès à l’emploi, la très faible qualification éloigne largement les individus du marché de l’emploi.
Ce constat général est accentué pour les plus jeunes ayant terminé leurs études. La lente intégration dans le marché de l’emploi conduit d’importantes fractions d’entre eux au chômage, dans le halo ou dans l’inactivité économique pure. 36,8 % d’entre eux n’ont pas d’emploi, tout en en souhaitant un, contre 21,3 % en population générale et 36,5 % sont sans emploi sans en chercher un contre 24,5 % en population générale.
Les jeunes peu ou pas diplômés décrochent largement du marché de l’emploi. Un sur cinq seulement est en emploi, la moitié n’en a pas et ne souhaite pas en occuper un. L’insertion est difficile pour ceux qui disposent d’un diplôme intermédiaire (CAP/BEP ou baccalauréat), seuls 34,9 % sont en emploi. Cependant, une fraction bien plus faible, 22,0 %, se déclare sans emploi sans en souhaiter un.

TABLE 3. Composantes de la sous-utilisation de main-d’œuvre selon le diplôme
1230 tab3.svg
Source : ISPF - Enquête emploi 2018, Champ : individus de 15 à 64 ans