Le secteur du bâtiment et travaux publics en 2023
En 2023, l’activité du secteur de la construction continue de croître. Le chiffre d’affaires global des entreprises du secteur augmente grâce à la bonne tenue des investissements des entreprises et un volume d’affaires toujours élevé, malgré la contraction des crédits immobiliers aux ménages et des investissements publics. Après la forte inflation constatée en 2021 et 2022, les prix des matériaux de construction se replient légèrement au cours de l’année 2023 mais demeurent élevés et toujours supérieurs au niveau moyen constaté en 2022. Les effectifs salariés du secteur ainsi que le salaire moyen progressent, alimentant la hausse de la masse salariale. Ainsi, le secteur du bâtiment et travaux publics représente 8 % des effectifs salariés et 6 % du chiffre d’affaires total des entreprises de Polynésie française.
Le nombre d’entreprises continue d’augmenter
A fin décembre 2023, le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP) dénombre 4 769 entreprises actives, soit 229 entreprises de plus qu’il y a un an. Ces nouvelles entreprises sont exclusivement des micro-s entreprises (moins de neuf salariés), comme 97 % des entreprises de la construction. Si le nombre d’entreprises créées se contracte (de 2 % à 430 unités), les radiations d’entreprises reculent aussi (de 8 % à 342 unités). Près de quatre entreprises sur cinq sont des entreprises de travaux de construction spécialisés. Ce secteur concentre aussi 80 % des nouvelles entre prises de la construction actives au 31 décembre pour totaliser 160 entreprises de plus qu’il y a un an. Globalement, ce secteur représente 43 % du chiffre d’affaires global de la construction (70 mil liards de F.CFP en 2023) et emploie 41 % des salariés en équivalent temps plein (ETP). Deuxième secteur de la construction en nombre d’entreprises avec 879 unités (+ 59 entreprises sur un an), la construction de bâtiments représente 29 % du chiffre d’affaires total, devant le gé nie civil (27 %) qui totalise 68 entreprises. Dernière composante de la construction, la promotion immobilière (83 entreprises) enregistre huit nouvelles entreprises cette année pour un chiffre d’affaires total de 560 millions de F.CFP.
TABLE 1. Taille et activité des entreprises du BTP en 2023
Source : RTE, ISPF
Au global, les entreprises de la construction représentent 13 % du nombre total des entreprises inscrites au Répertoire territorial des entreprises (RTE) dans le champ ICS (Industrie, Construction, Commerce et Services) et emploient 8 % des salariés en ETP to taux pour un chiffre d’affaires qui représente 6 % du chiffre d’affaires total des entreprises de la Polynésie française en 2023. Une hausse du chiffre d’affaires en en partie expliquée par la hausse des prix
FIG. 1. Contributions trimestrielles des secteurs de la construction à la croissance annuelle du chiffre d’affaires de la construction en 2023
Source : DICP, ISPF
Pour la troisième année consécutive, le chiffre d’affaires des entreprises du secteur de la construction progresse (+ 1,4 % sur un an) pour s’établir à 70,4 milliards de F.CFP. Cette hausse s’explique essentiellement par la hausse des prix dans le secteur de la construction (+ 5,7 % en moyenne annuelle pour l’index BTP).
Dans le détail, le chiffre d’affaires dans le secteur des travaux spécialisés progresse de 7 % à 30 milliards de F.CFP sur un an et cette hausse contribue pour 2,8 points au résultat. Deuxième contributeur à la croissance annuelle, le chiffre d’affaires dans la construction de bâtiments résidentiels et non résidentiels progresse de 4 % à 20,8 milliards de F.CFP. L’activité des entreprises de génie civil s’est contractée de 11 % en 2023 à 18,5 milliards de F.CFP. La promotion immobilière multiplie par 5,5 son chiffre d’affaires sur un an à 560 millions de F.CFP.
La hausse des prix dans la construction ralentit fortement au deuxième semestre 2023
Alors que les prix dans la construction (index du BTP) étaient encore 14 % plus élevés en janvier 2023 qu’un an auparavant et 5,7 % plus élevés en glissement annuel à la fin juin 2023, l’inflation dans la construction n’était plus que de + 0,3 % en décembre. Les prix ont donc été en moyenne annuelle 5,7 % plus élevés qu’en 2022 dans le bâtiment et les travaux publics (+ 11,7 % en 2022). Cette évolution s'explique principalement par le reflux de l’inflation sur les matériaux de construction (+ 4,8 % en 2023 après + 21,3 % en 2022) dont les matériaux électriques (+ 4,9 % en 2023 après + 11 % en 2022), les matériaux végétaux (+ 5 % en 2023 après + 24,7 % en 2022), les matériaux métalliques (+ 6 % en 2023 après + 11 % en 2022) et les matériaux minéraux (+ 4 % en 2023 après + 13 % en 2022).
Dans le Bâtiment, l'index des prix du Gros Œuvre progresse de 5,6 % en moyenne annuelle (+ 10,4 % en 2022) et celui du Second Œuvre continue d’accélérer (+ 8,7 % en 2023 après + 7,8 % en 2022). Sur l’année, l'index général du Bâtiment est en hausse de 6,9 % après + 9,3 % en 2022. Dans les Travaux Publics, l'index du Gé nie Civil augmente de 6,7 % (+ 9,7 % en 2022) et celui des Travaux spécialisés de 7 % (+ 9,5 % en 2022). Sur l’année, l'index général des Travaux Publics progresse de 6,7 % (+ 9,6 % en 2022).
FIG. 2. Évolution du chiffre d’affaires et de l’indice des prix de la construction annuelle (Unité : en milliers de F.CFP)
Source : DICP, ISPF
Les volumes importés des intrants de la construction diminuent par rapport à 2022
En 2023, les importations de matériaux de construction reculent de 2 % en valeur (- 1 milliard de F.CFP) et de 10 % en volume. Premier contributeur à la baisse des volumes pour - 4,2 points, les importations de bois (- 33 %) sont à leur plus faible niveau depuis plus de 30 ans ; ses coûts unitaires sont aussi en retrait (- 2 %). Deuxième contributeur à la baisse en volume pour - 1,7 point, les importations de fer (- 10,5 %) progressent en valeur (+ 1 %) avec la hausse de ses prix unitaires (+ 12 %). Cette hausse des coûts unitaires impacte également les revêtements de sol (+ 20 %) qui contribuent en troisième position à la baisse globale des importations en volume pour - 1,5 point, soit une baisse de 25 % des volumes sur un an. Dernier plus grand contributeur au recul des volumes pour - 1,4 point, les importations de bitume (- 45 %) sont à leur plus bas niveau depuis 2012 avec un coût unitaire qui, à l’inverse, se contracte de 16 % sur un an. Seuls les volumes de ciment, qui représentent 45 % du volume global, progressent (+ 1,4 %) avec un prix unitaire qui recule de 4 %, mais l’ensemble des produits minéraux s’est contracté. Au global, les prix des intrants importés de la construction augmentent de 9 % après la hausse de 38 % de 2022
FIG. 3. Contributions par produit à l’évolution annuelle des volumes importés à destination de la construction en 2023 (Unité : en points de %)
Source : Direction des douanes, ISPF
Une hausse de l’emploi et des heures travaillées portée par le génie civil
Pour la neuvième année consécutive, le nombre de salariés déclarés à la Caisse de prévoyance sociale (CPS) travaillant dans la construction progresse (+ 2,2 % sur un an) pour totaliser 5 800 salariés, soit 8 % des salariés totaux de Polynésie française. Les heures de travail augmentent un peu moins vite (+ 2,1 %) portées essentiellement par le Génie Civil (+ 9 %) qui contribue 2,1 points à la croissance des heures de travail. Ces dernières reculent dans les Travaux de construction spécialisés (- 0,9 %) et dans la Construction de bâtiments résidentiels et non résidentiels (- 0,4 %) qui offrent ensemble les trois quarts des heures travaillées dans la construction. Ces deux branches contribuent respectivement pour - 0,4 point et - 0,1 point au résultat.
FIG. 4. Répartition des heures travaillées par secteur d’activité de la construction en 2023
Source : CPS, ISPF
Des emplois majoritairement occupés par des hommes, et très souvent à temps partiel
FIG. 5. Répartition des heures de travail et de la masse salariale selon la répartition des salariés de la construction en 2023
Source : CPS, ISPF
Note lecture : 22 % des heures travaillées sont réalisées par 50 % des salariés ; 50 % de la masse salariale de la construction sont captés par 80 % des salariés.
Si les emplois du secteur restent essentiellement occupés par des hommes (94 % du total des salariés), les femmes n’ont jamais été aussi nombreuses dans le secteur de la construction qu’en 2023. Les salariés du secteur de la construction sont âgés en moyenne de 38,7 ans (39,1 ans en moyenne dans le secteur privé), c’est 2 ans de plus qu’il y a 10 ans. Ils ont pour 90 % d’entre eux moins de 53 ans, et pour un quart d’entre eux moins de 30 ans. Avec 58 % des salariés de la construction qui travaillent 169 heures et plus (65 % en moyenne dans le secteur privé), ils sont 42 % des salariés à travailler à temps partiel, dont 52 % des emplois dans la construction de bâtiments et un tiers dans le génie civil. Malgré tout, le recours aux heures supplémentaires reste relativement fréquent et concerne un salarié sur quatre (40 % dans le génie ci vil et 20 % dans la construction de bâtiments). Le temps de travail moyen sur l’année est relativement élevé (150 heures par mois) au regard de celui mesuré dans les entreprises privées de Polynésie française (144 heures), mais les heures de travail annuelles restent inégalement réparties. Ainsi, parmi les 8 470 salariés qui ont déclaré au moins une heure en 2023 dans le secteur de la construction, 50 % d’entre eux ont travaillé moins de huit mois en ETP. Ces derniers ont consommé 20 % des heures de travail offertes par le secteur en 2023 démontrant le caractère fluctuant de la profession, liée aux chantiers.
Les salaires moyens progressent en 2023
Le salaire moyen horaire (tous postes confondus) dans la construction progresse de 4,1 % en 2023 (+ 3,1 % dans le secteur privé) à 1 543 F.CFP de l’heure (1 980 F.CFP en moyenne pour les salariés du secteur privé). Cette hausse, conjuguée à la stabilité du temps de travail (- 0,1 %), explique la progression du salaire moyen à 231 500 F.CFP par mois. Tous les secteurs d’activité sont concernés par ces augmentations et, si le salaire moyen reste plus élevé dans le génie civil (295 000 F.CFP avec un taux horaire de 1 800 francs), c’est dans la construction de bâtiments où il rebondit le plus fortement avec un taux horaire qui croît de 6 % à 1 350 F.CFP. Ainsi, c’est plus de 16 milliards de F.CFP (+ 968 millions de F.CFP sur un an) qui ont été versés aux salariés de la construction en 2023.
Le nombre de permis de construire déposés est supérieur à l’année précédente
En 2023, le nombre de permis de construire déposés (3 300 dossiers) bondit de 16 % après la baisse enregistrée en 2022 (- 19 %). Les permis de construire demandés pour les archipels des Tuamotu-Gambier (+ 53 %) et des Australes (+ 40 %) progressent fortement et contribuent respectivement pour 5,1 points et 2,0 points à l’évolution annuelle. Les permis de construire déposés dans les Îles Du Vent regroupent 60 % des permis et sont en hausse de 19 %, alors qu’ils reculent dans les Îles Sous-le-Vent (- 4 %) et les Marquises (- 19 %). Si les demandes sont en hausse, les délivrances de permis (2 495 PC) progressent aussi sur l’ensemble de la Polynésie française (+ 7 % sur un an). Dans le sillage de la baisse des demandes de permis de construire de 2022 et en raison des délais de chantier, les certificats de conformité délivrés baissent de 8 % au titre de 2023. Le nombre de demandes de Fare OPH progresse de 3 %, mais les permis de construire délivrés (- 7 %) et les certificats de conformité (- 23 %) sont en retrait.
Les investissements des entreprises augmentent, ceux des particuliers se replient
Si les investissements des entreprises restent majoritairement orientés vers les biens d’équipement, les besoins en locaux, hôtels, hangar et autres biens immobiliers conjugués aux projets de promotion immobilière restent importants pour la demande vers le secteur de la construction. Ainsi, malgré un coût du crédit multiplié par deux pour les entreprises entre décembre 2022 et décembre 2023 (3,38 % contre 1,77 %), les entreprises privées ont investi dans l’immobilier en 2023. Ainsi, la production de crédits immobiliers pour les entreprises progresse de 10 % en 2023 pour dépasser 10 milliards de F.CFP sur un an. Pour les ménages, en revanche, la tendance est frileuse pour la deuxième année consécutive : - 1 % en 2023, après - 7 % en 2022, pour une production annuelle de crédits à l’habitat aux particuliers de 36,8 milliards de F.CFP. C’est le plus faible montant enregistré depuis 2018.
Les investissements publics sont en retrait
Si l’organisation des Jeux Olympiques et les chantiers déjà en cours ont permis de soutenir l’activité du secteur de la construction en 2023, les dépenses liquidées par le Pays sont inférieures de 20 % par rapport à l’année précédente. La baisse des dépenses publiques se retrouve dans le solde d’opinion pour le trimestre à venir et les prévisions d’investissement à 1 an des entreprises qui clôturent l’année avec un résultat négatif.