Les comptes économiques rapides de la Polynésie française en 2019
En 2019, le PIB progresse en volume de 2,7 %. La consommation des ménages et les investissements, privés ou publics, sont les principaux moteurs de la croissance. Le revenu du travail augmente avec l’amélioration du marché du travail. La masse salariale comme le revenu disponible brut des ménages sont en hausse. Cette évolution, conjuguée à la baisse des prix à la consommation, renforce le pouvoir d’achat des ménages dont la consommation progresse de 2,4 % en volume.
La demande intérieure porte la croissance du PIB
Après une croissance de 2,7 % en 2018, en volume, le Produit Intérieur Brut (PIB) de la Polynésie française croît au même rythme en 2019). Ce taux de croissance, le plus élevé depuis le début des années 2000, traduit une demande intérieure soutenue et une offre en hausse qui consolide le marché du travail.
Fig. 1. Évolution du taux de croissance du PIB en volume
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
Les principaux moteurs de la croissance sont la consommation des ménages et l'investissement. Ils contribuent respectivement pour 1,7 point et 1,1 point à la croissance du PIB. Le commerce extérieur ne contribue pasà la croissance du PIB. La contribution positive à la croissance provenant de la hausse des exportations, produite principalement par les services touristiques, s'annule avec la contribution négative découlant de la hausse en volume de 3 % des importations (+ 3,0 % hors gros porteurs aériens) Si, en France comme en Polynésie française, les dynamiques de la demande intérieure (rebond du pouvoir d'achat, faible inflation) portent la croissance, les moteurs métropolitains semblent ralentir à l'inverse de la Polynésie.
Fig. 2. Contributions à la croissance en volume en 2019
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
Table 1. Les principaux agrégats et leur évolution
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
La consommation des ménages, toujours moteur de croissance
En Polynésie française, la consommation des ménages est toujours le premier moteur de la croissance en 2019. Elle contribue pour 1,5 point à la croissance du PIB.
Sa progression dynamique, + 2,4 % en volume, s'appuie sur le revenu disponible brut des ménages (RDBM). Ce dernier croît fortement (+ 2,8 % en valeur) avec la progression de la masse salariale et de l'excédent brut d'exploitation, dans un contexte de stabilité fiscale. Le pouvoir d'achat du consommateur polynésien s'accroît pour la quatrième année consécutive avec + 2,5 % en volume. Le revenu disponible brut s'élève à 1 770 000 F.CFP (14 800 euros) par habitant de Polynésie française, soit les deux tiers du niveau national.
Cette hausse du pouvoir d'achat, qui résulte de la hausse des salaires moyens équivalent temps plein et d'une nette amélioration du marché du travail, renforce la confiance des ménages. La croissance de 4,2 % des encours de crédits à la consommation et de 6,2 % des crédits à l'habitat comme le haut niveau des ventes de voitures particulières, au nombre de 5 200 en 2019, illustrent ce regain de confiance.
Les dépenses de consommation des administrations publiques augmentent de 0,6 % en volume et contribuent aussi à la croissance. L'amélioration des finances publiques permet d'augmenter les dépenses de fonctionnement tout en maîtrisant les dépenses de personnel. Les dépenses de l'administration croissent ainsi de façon constante depuis cinq ans, retrouvant leur niveau de 2010 en volume.
Table 2. Compte des ménages simplifié
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
Économie locale et Covid - 19 : une crise économique et sociale sans précédent
L'économie de la Polynésie française, comme celle du reste du monde, accuse un choc sans précédent avec des répercussions économiques et sociales liées dans un premier temps au confinement de la population pendant six semaines, puis dans un deuxième temps à l'arrêt de l'activité touristique pendant trois mois. Le gouvernement du Pays et l'État ont cependant mis en place, très rapidement, des « amortisseurs » pour permettre aux entreprises et aux ménages de faire face aux premiers effets dus à l'arrêt partiel ou total de l'activité pendant le confinement. Les premières estimations faites par le CEROM s'accordent pour un recul d'activité de plus de 34 % pour un mois de confinement, soit 2 points de PIB perdus à l'année. Le tourisme, les produits à l'exportation, le BTP et les services à la personne sont les secteurs les plus concernés par cette crise, même si aucun secteur, hormis le commerce de détail alimentaire et non alimentaire, n'est réellement épargné par ce coup brutal.
L'expansion de la pandémie depuis mars touche l'ensemble des pays émetteurs de touristes en Polynésie française, freinant d'autant la reprise de ce secteur qui contribue à la dynamique économique de la Polynésie sur les cinq dernières années. L'impact sur le revenu des ménages (baisse de la masse salariale, baisse de l'excédent brut d'exploitation), celui des administrations (baisse des recettes fiscales) et celui des entreprises (baisse du chiffre d'affaires) sera significatif.
La contraction du PIB en 2020 sera très importante, probablement de 10 à 15 points avec les premiers éléments à disposition du CEROM. Son ampleur va dépendre de différents facteurs : des conditions de la reprise d'activité au cours du deuxième semestre (en partie liées aux anticipations de 2021), de l'évolution de la crise sanitaire et de son impact sur le plan sociétal (tourisme, mode de consommation, migration...)
Fig. 3. Exemples de scénarios de reprise et évolution du PIB réel
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
Le CEROM de Polynésie française envisage de fournir une premièreestimation du PIB 2020 au cours du 4<U+1D49> trimestre 2020, sur la base de l'évolution des premiers grands agrégats économique (importations et exportations de biens et de services, mandatements, masse salariale) et des résultats des enquêtes COVID, menée par le Cerom depuis avril, à ce jour, deux interrogations post confinement ont été réalisées.
Forte progression des dépenses touristiques et des exportations de services
Avec une hausse de 9,4 % du nombre de touristes, les dépenses touristiques progressent fortement et alimentent la croissance de 7,8 % des exportations de services qui atteignent plus de 106 milliards de francs en 2019 et contribuent pour plus d'un point à l'évolution du PIB en volume. La progression des effectifs touristiques profite essentiellement à l'hébergement marchand (terrestre ou flottant) mais aussi non marchand. Les marchés américain et français restent les principaux contributeurs de la croissance, profitant de la hausse du nombre de sièges offerts par les nouveaux opérateurs aériens. Les nuitées touristiques progressent en lien avec l'évolution du nombre de nuitées terrestres marchandes. Le nombre de chambres louées dans les hôtels internationaux reste stable avec des prix moyens par chambre en hausse et les ventes continuent de croître auprès des pensions de famille et des locations saisonnières. Le trafic aérien international augmente de 7,8 % et le taux de remplissage des avions perd 1,5 point sur un an.
Fig. 4. Évolution des exportations de biens et services en volume (Mds de F.)
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
La hausse des investissements concerne l'ensemble des agents économiques
En 2019, l'investissement progresse de 5,5 % en volume après + 4 % en 2018. Les investissements privés (ménages et entreprises) s'élèvent ainsi à 90 milliards (au prix de 2016) et les investissements publics des administrations à 34 milliards (au prix de 2016). Les investissements publics sont principalement orientés vers la construction. Ils progressent de 8,5 % soutenu par l'effort important du territoire. L'investissement des ménages dans le logement croît aussi de 3,5 %, profitant de taux d'intérêt toujours très attractifs, d'un environnement économique en croissance et des aides diverses distribuées pour la construction de résidences principales. Ainsi, le volume des prêts augmente de 6,4 % en 2019. Les entreprises polynésiennes accélèrent et diversifient leurs investissements qui progressent de 5,5 % (hors gros porteurs aériens) tout comme leurs crédits d'équipement contractés auprès des banques qui augmentent de 26 %. Pour l'investissement public, la croissance des dépenses liquidées est exclusivement le fait de la Polynésie française. Les dépenses d'investissement en immobilisations (corporelles, incorporelles et en cours) progressent de 5 milliards à 30 milliards en 2019.
Fig. 5. Évolution des investissements en volume (Mds de F.)
Source : Comptes économiques rapides - ISPF
Table 3. Évolution des importations et des exportations
Source : Comptes économiques rapides - ISPF, direction des Douanes
La progression des importations annule l'effet positif du résultat des exportations sur la croissance
Les importations de biens et de services augmentent de 3,0 %, en volume (hors gros porteurs aériens) en 2019 et pèsent négativement sur la croissance. Elles sont stimulées par les dépenses en services plus importantes de la part des résidents à l'étranger dont le nombre augmente de 4 % et la hausse des arrivées touristiques sur des compagnies aériennes extérieures qui ont transporté 124 000 touristes en2019 contre 89 000 en 2018. À cette progression des importations de services, s'ajoute celle des biens d'équipements, biens intermédiaires pour la construction, biens de consommation et produits de l'industrie agroalimentaire.
Une croissance économique qui soutient l'emploi
En 2019, l'emploi salarié augmente pour la cinquième année consécutive, mais moins qu'en 2018 : les effectifs salariés en équivalent temps plein progressent de 2,4 % contre 2,8 % en 2018. Les embauches sont essentiellement issues du secteur marchand qui contribue pour 2,3 points à la croissance de l'emploi. Dans le secteur marchand, le commerce, la construction, l'hébergement-restauration et les activités de soutien aux entreprises sont les secteurs qui contribuent le plus à cetteprogression.
En 2019, 1 350 emplois salariés équivalent temps plein supplémentaires ont été comptabilisés contre 1 550 en 2018. Cette croissance de l'emploi salarié est supérieure au solde des nouveaux actifs entrant sur le marché du travail qui correspond en moyenne à 850 actifs sur la période 2012 à 2017, ce qui offre des opportunités d'emploi pour les chômeurs et autres inactifs en Polynésie française.