Les comptes économiques rapides de la Polynésie française en 2020

Image En 2020, le Produit Intérieur Brut (PIB) diminue en volume de 7,6 %, soit une évolution comparable à celle de la France hexagonale mais plus marquée que dans les autres Départements et Collectivités d'Outre-mer. L’ensemble des composantes de la demande est en retrait, excepté les investissements qui restent encore soutenus. La crise sanitaire a provoqué une contraction du marché du travail notamment au niveau des emplois touristiques. Le revenu du travail diminue fortement dans ce contexte. La masse salariale comme le revenu disponible brut des ménages sont en baisse, malgré un soutien public important et inédit en Polynésie française. Cette évolution, conjuguée à des prix à la consommation stables, diminue le pouvoir d’achat des ménages dont la consommation recule de 5 % en volume.

Numéro : 1275
Dépôt légal : 1 août 2021
Collection : Points Référence
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Le recul des exportations de biens et de services conjugué aux restrictions sanitaires plombe l'économie

FIG. 1. Évolution du taux de croissance du PIB en volume
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Source : Comptes économiques rapides - ISPF, INSEE

Après une croissance estimée à 3 % en 2019, en volume, le Produit Intérieur Brut (PIB) de la Polynésie française se contracte très fortement en 2020 (Graph 1). Cette baisse, la plus importante jamais observée depuis l'ouverture du CEP dans les années 60, traduit une demande extérieure à l'arrêt (- 54 %) et une offre en baisse qui impacte le marché du travail, les revenus et la consommation des ménages.

TABLE 1. Les principaux agrégats et leur évolution
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Source : Comptes économiques rapides - ISPF

Les éléments qui contribuent à la baisse (Graph 2) sont les exportations de biens et de services et la consommation des ménages. Le secteur public a amplifié ses dépenses de fonctionnements et d'investissement, soutenant ainsi une demande chancelante. Les investissements privés, essentiellement ceux des ménages plus résilients face à la crise, ont continué de croître en 2020 profitant d'un contexte financier toujours favorable et d'une vision assez conjoncturelle de la crise sanitaire sur les 3 premiers trimestres 2020.

Ainsi, la forte baisse des exportations de biens et de services contribue pour 10,6 points à la baisse du PIB, et celle moins importante de la consommation pour 2,6 points.

La baisse d'activité s'accompagnant d'une baisse des importations de biens mais aussi de services essentiellement touristiques, cette dernière contribue positivement à la croissance, limitant la contribution négative du commerce extérieure à - 6 points.

FIG. 2. Contributions à la croissance en volume en 2020
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Source : Comptes économiques rapides - ISPF

Forte baisse des dépenses touristiques et des exportations

Sur l'ensemble de l'année, les restrictions prises dans le monde pour lutter contre la propagation de la Covid-19 ont fortement impacté le secteur touristique. Le nombre de touristes est en baisse de 67,5 %, il passe de 236 650 touristes en 2019 à 77 000 touristes en 2020. Les effectifs américains et européens (France incluse) contribuent pour - 47 points à la baisse. Le nombre de nuitées touristiques s'établit à 1,4 million soit de 2 millions de moins qu'en 2019, malgré la hausse de la durée de séjour à 18,2 jours (+ 3,3 jours).

Ainsi, si le chiffre d'affaires des entreprises déclarantes à la TVA s'est contracté de 11 %, les seules pertes d'activité des entreprises liées au tourisme (- 40 % sur un an) contribuent pour 9 points à la contraction globale et plus de la moitié de la contraction du PIB estimé en 2020. Les secteurs du transport aérien et de l'hôtellerie (7 800 emplois en 2019) sont les plus touchés avec des pertes de chiffre d'affaires de plus de 60 % par rapport à 2019 et une baisse de -15 % des emplois soit 1 100 emplois supprimés. 750 emplois sont encore fragilisés au regard du nombre d'heures travaillées. Les aides publiques destinées aux salariés ont permis de retarder les ajustements entre l'emploi et l'activité. En effet 12 milliards de F.CFP ont été consacrés à l'emploi dont 6,4 milliards de F.CFP de mesures exceptionnelles entre mars et novembre 2020. Cette contraction sans précédent de l'activité touristique explique plus des deux tiers de la baisse d'activité globale en 2020.

Les exportations de biens locaux sont aussi pénalisées par l'absence de débouché et de moyen de transport. En valeur, ces exportations reculent de plus de 5 milliards, soit - 44 % par rapport à 2019. Cette contraction, qui concerne la quasi-totalité des produits à l'exportation, s'explique principalement par le repli des exportations des produits perliers (- 51 %), de poissons (- 53 %), de vanille (- 52 %). Seules les exportations de coprah par voie maritime sur un navire dédié, ont baissé moins vite (- 7 %).

FIG. 3. Évolution des exportations réelles au prix de 2005
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Source : Comptes économiques rapides - ISPF

La consommation des ménages se contracte fortement mais ne dévisse pas

En Polynésie française, la consommation des ménages est traditionnellement le premier moteur de la croissance. Cette année, pénalisée par une contraction importante des revenus des ménages, elle contribue pour un tiers à la baisse du PIB.

Ce recul historique de 5 % en volume s'explique par la forte diminution de revenu disponible brut des ménages (RDBM) qui perd plus de 3 % en valeur. Cette baisse du revenu disponible est liée à la diminution de la masse salariale de 10 milliards (- 3, 5 %) et à celle plus sévère de l'excédent brut d'exploitation des entreprises individuelles (- 12 %). Ce dernier est impacté par la contraction d'activité globale (transport, hôtellerie, etc.) et par le confinement. Cette forte contraction des revenus du travail (- 6 %) a été en partie compensée par la mise en place d'un plan de sauvegarde qui a été déployé pour préserver les emplois et la trésorerie des entreprises. Les dispositifs de sauvegarde de l'économie mis en place dès le début de la crise ont permis de mobiliser plus de 12 milliards de F.CFP par le Pays, 60 milliards par l'État et autant par l'IEOM, dans le cadre de sa politique monétaire. Les aides du Pays vont soutenir principalement le revenu des salariés et des travailleurs indépendants, via le versement de revenus compensatoires et la mise en place d'activités aidées pour les personnes sans emploi. Celles de l'État sont plus ciblées sur les entreprises (Fonds de solidarité, garanties de prêts) afin de maintenir les moyens de productions en Polynésie. L'IEOM participe au dispositif en mettant à disposition des banques locales des liquidités supplémentaires et en allongeant la validité des cotations des entreprises.

Selon l'enquête de conjoncture réalisée auprès des ménages publiée par le CEROM en avril 2021, la crise a impacté l'emploi de près d'un tiers des foyers, sous forme de perte d'emploi ou de réduction des heures travaillées. Un an après le début de la crise de la Covid-19, la moitié des ménages indique ne pas être en mesure d'épargner. La confiance des ménages s'est donc érodée tout au long de l'année, au gré des rebonds épidémiques et de leur corolaire de restrictions. La baisse de la production de crédits à la consommation (- 18,7 % par rapport à 2019) ainsi que le recul des importations de biens destinés aux ménages (- 7,2 %) illustrent cette perte de confiance. Celle-ci se retrouve dans la constitution d'une épargne qui est d'une part, « forcée » par les contraintes de consommation liées aux mesures sanitaires (restrictions sur les déplacements, interdiction des grands rassemblements commerciaux, culturels et sportifs...) mais aussi de « précaution ».

Dans ce contexte exceptionnel ou les recettes fiscales sont en baisse alors que les besoins sont croissants, une partie des crédits destinés à renforcer les comptes du Pays ont été redéployés en faveur des charges de personnel et de fonctionnement courant. Ainsi, les dépenses de consommation des administrations publiques augmentent de 1,8 % en volume et contribuent à limiter les effets de la crise.

TABLE 2. Comptes des ménages simplifié
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Source : Comptes économiques rapides - ISPF

Première tendance sur le PIB 2021 : Après un fort recul en 2020, l'activité économique progresserait de 3 % en 2021

Suite à un début d'année encore marqué par des restrictions sanitaires, le déconfinement par étapes avec l'ouverture des frontières ainsi que l'accélération de la campagne de vaccination permettraient de retrouver de la croissance dès le deuxième trimestre. L'activité économique commence à se redresser dès avril, en dépit de l'existence de difficultés d'approvisionnement dans certains secteurs. Elle connaîtrait surtout un fort rebond sur le deuxième trimestre 2021 qui ne sera pas confiné, et au deuxième semestre avec la réouverture au tourisme et sa croissance entre 10 et 15 % en rythme annuel. En 2021, le PIB progresserait ainsi de 3 % en moyenne annuelle. L'inflation totale s'élèverait à 1 % en moyenne annuelle en 2021 avec cependant des aléas sur l'inflation toutefois orientée à la hausse (cout du transport, pétrole..). L'activité ne retrouvera pas son niveau pré-Covid cette année. La croissance du PIB serait essentiellement portée par la contribution de la demande extérieure, essentiellement touristique, et par la bonne tenue des investissements publics et, dans une moindre mesure privée. La consommation des ménages devrait légèrement croître (1 %) avec le regain d'activité et d'emploi, qui devrait être supérieure à la baisse du soutien public. Outre les risques sanitaires, des aléas significatifs pourraient en particulier affecter cette projection dans cette période de rebond : d'abord, l'ampleur et la vitesse d'utilisation du surplus d'épargne financière accumulé par les ménages et sur les arbitrages qui seront effectués entre importations de services ou investissement ; ensuite, l'ampleur et la durée des tensions sur les prix des matières premières et des intrants.

La hausse des investissements concerne l'ensemble des agents économiques

Après + 5,5 % en 2019, l'investissement progresse de 4,7 % en volume en 2020. Les investissements privés (ménages et entreprises) s'élèvent ainsi à 107 milliards (au prix de 2019) et les investissements publics des administrations à 31 milliards (au prix de 2019). Les investissements publics sont principalement orientés vers la construction. Ils progressent de 5,9 % avec l'effort important du Pays pendant cette crise. Les ménages poursuivent leurs investissements dans le logement (+ 5 %) profitant de taux d'intérêt toujours très attractifs, de leur épargne forcée par les restrictions et par des aides diverses distribuées pour la construction de résidences principales. Ainsi, le volume des prêts à l'habitat croît de 3,4 % en 2020. Les entreprises polynésiennes finalisent les investissements lancés avant crise et continuent de renouveler et d'acquérir de nouveaux investissements. Les perspectives d'une crise « longue » ne s'étant matérialisées qu'à la fin du troisième trimestre et la trésorerie des entreprises étant soutenue par les Prêts Garantis par l'Etat, les crédits d'équipement contractés vont continuer à croître en 2020.

FIG. 4. Évolution des investissements en volume au prix de 2005
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Source : Comptes économiques rapides - ISPF

La contraction des importations annule en partie l'effet négatif de la baisse des exportations

Alors que les importations (hors énergie et avions) progressaient de manière continue depuis 2014, elles se contractent fortement en 2020 (- 5,5 %). C'est en valeur relative la plus forte baisse observée après celle de 2009 (- 12 % sur le même champ). La baisse des importations des produits de l'industrie automobile et de biens de consommation contribue pour plus de 3 points au recul. Rare bonne nouvelle, la facture énergétique s'est réduite de 5,5 milliards à 16,6 milliards en 2020. Cette baisse s'explique par des volumes en baisse de 8 % liée à la diminution du trafic aérien mais aussi routier, et également par la baisse des prix du baril de pétrole cette année. Ainsi, en moyenne, les prix à l'importation ont baissé de 18 %. Si la contraction des importations de biens est importante, celle de services, composée essentiellement de services touristiques, a été divisée par deux. Le nombre de voyages des polynésiens à l'extérieur, très limité par la fermeture des frontières est passé de 91 000 en 2019 à 35 000 en 2020. Leurs dépenses extérieures ont ainsi diminué de 10 milliards sur un an. Ce type de voyage l'extérieur étant essentiellement pratiqué par les résidents à fort pouvoir d'achat, cette non dépense a dû se retrouver pour une partie, dans de l'épargne forcée et pour une autre dans des dépenses de constructions et d'aménagements ainsi que dans le tourisme domestique.

Les importations de biens et de services diminuent ainsi de 13,0 %, en volume.

TABLE 3. Évolution des importations
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Source : Comptes économiques rapides - ISPF

L'action publique soutient l'emploi en 2020 avec des dispositifs innovants

En 2020, l'emploi salarié connait son premier coup d'arrêt depuis plus de 5 ans. La crise sanitaire, le confinement, l'arrêt du tourisme ont été autant d'événements qui sont venus faire trembler un marché de travail polynésien fortement tertiaire, et donc fortement touché. Sur l'année 2020, le marché de l'emploi salarié a perdu 2 000 emplois, soit un recul de 3,1 %. Ces pertes d'emplois restent tout de même mesurées au regard de la contraction de l'activité. Les différents dispositifs de soutien ont permis d'éviter davantage de suppressions d'emplois. Ces pertes d'emplois auraient pu être deux fois plus importantes, au regard du recul du volume d'heures travaillées divisé par deux. On estime à 1 800 emplois, le nombre d'emplois « fragiles » qui ont été soutenus en partie par les aides publiques et par la volonté de maintenir les appareils de productions. Les pertes d'emploi ont lieu dans les secteurs liés au tourisme, avec 1 400 emplois supprimés dans l'hôtellerie restaurations (- 18 %), soit deux tiers de la baisse globale. Sur ce seul secteur, le soutien public a contribué au maintien de plus de 1 000 emplois au regard de la contraction des heures travaillées (-31 %). Dans le secteur de l'hébergement, restauration les postes des salariés gagnant moins de 300 000 F.CFP avant la crise ont été le plus supprimés.

Ce secteur emploi une majorité de salariés gagnant mois de 200 000 F CFP). Au global, la masse salariale versée par les entreprises s'est contractée de 10 milliards (- 4,6 %) dont les trois quart dans les seuls secteurs de l'hôtellerie restauration et du transport aérien. Si les aides publiques n'ont pas permis de sauver tous les emplois mis en difficulté par la crise, alors même que les offres d'emplois sont absentes et que le chômage n'est pas indemnisé, l'action publique s'est portée sur de nombreux dispositifs d'exception (CAES, conventions d'aide exceptionnelle de solidarité, etc.), destinées aux foyers sans revenus en contrepartie de travaux d'intérêt général afin de leur proposer un revenu.