Les conditions de vie des étudiants en Polynésie française
Les conditions de vie des étudiants, qu’il s’agisse du budget, du logement ou encore de l’organisation familiale et professionnelle, ont un impact sur la bonne réalisation de leurs études. Pour les étudiants vivant chez leurs parents, le logement est considéré comme plus agréable et il est plus aisé d’y être seul pour travailler. Le choix des études est principalement motivé par une perspective d’emploi. Plus de la moitié des étudiants disposent de moins de 30 000 F.CFP par mois. Ces derniers habitent pour la plupart chez leurs parents ou en résidence étudiante. La principale dépense des étudiants demeure l’alimentation. Une partie des étudiants (13 %) doit travailler pour réaliser ses études. Enfin, les addictions (drogue, alcool) peuvent impacter les études surtout dans un contexte d’éloignement de la famille.
Encart méthodologique
Les étudiants de Polynésie française ont été invités à répondre à une enquête sur leurs conditions de vie, conduite en partenariat par la Délégation pour la prévention de la délinquance de la jeunesse (DPDJ), la Direction générale de l’éducation et des enseignements (DGEE), l’Université de Polynésie française (UPF) et l’Institut de la statistique de la Polynésie française (ISPF). Cette enquête a été menée auprès d’étudiants post-bac inscrits pour l’année scolaire 2021-2022 dans un établissement de Polynésie française (université, lycée, établissement public ou privé). Le dispositif d’enquête s’est appuyé sur un auto-questionnaire rempli en ligne et accessible par un lien envoyé par mail aux étudiants ou via un QR code. L’objectif est d’identifier le lien entre les problématiques économiques et sociales afin d’améliorer les conditions de vie des étudiants au Fenua.
Au total, 4 363 mails ont été envoyés aux étudiants.
Nous tenons à remercier tous les étudiants ayant participé à cette enquête.
Redressement
La répartition par sexe des données redressées correspond à celle de l’ensemble des étudiants inscrits pour l’année scolaire 2021-2022 dans un établissement de Polynésie française. Les réponses ont donc été pondérées afin de correspondre à la répartition femmes/hommes observée.
La situation socio-démographique
Plus d’étudiantes que d’étudiants
Les étudiants répondants sont majoritairement des femmes : 74 % contre 25 % et 1 % de personnes se définissant autrement. Il existe également une surreprésentation des femmes dans la population étudiante, mais dans une moindre mesure. Les étudiants ont entre 16 et 52 ans et en moyenne 20,7 ans. Ils sont majoritairement originaires de Polynésie française : 93 % d’entre eux et 7 % d’ailleurs (Métropole, Nouvelle-Calédonie ou DOM-COM).
Des étudiants souvent célibataires sans enfant
Un tiers des étudiants sont en couple et 8 % ont des enfants à charge. Les hommes se définissent plus fréquemment célibataires que les femmes (respectivement 78 % et 62 %). Les femmes ont plus souvent que les hommes des enfants à charge (respectivement 11 % contre 4 %). Les étudiants ayant déclaré des enfants à charge sont plus fréquemment en couple que les autres. En effet, seuls 14 % des parents ont déclaré être célibataires.
Des étudiants non originaires de Tahiti plus fréquemment autonomes dans leurs logements
Deux tiers des étudiants sont logés par des amis ou la famille, dont 55 % chez leurs parents. Concernant les autres, 26 % sont autonomes (appartement, résidence étudiante ou colocation) et 5 % dans une autre situation de logement. Les étudiants originaires de Tahiti sont plus fréquemment logés par la famille ou les amis que les autres (respectivement 79 % contre 51 %). Ils sont par conséquent moins fréquemment autonomes dans leur logement (15 % des étudiants originaires de Tahiti contre 43 % pour les autres).
Des logements plus agréables lorsque les étudiants sont chez leurs parents
La plupart des étudiants considèrent vivre dans un environnement « agréable » (61 %). Cependant, 36 % l’estiment « vivable » et 3 % « désagréable ». Lorsque les étudiants vivent chez leurs parents, ils sont plus fréquemment satisfaits de leurs conditions de vie que lorsqu’ils vivent en résidence étudiante (respectivement 68 % contre 46 %). Ainsi, plus de la moitié des étudiants en résidence universitaire jugent leur logement comme "vivable". La moitié des étudiants ont un espace dédié pour travailler seul. En revanche, certains (16 %) n’en possèdent pas mais arrivent à se retrouver seuls pour travailler. Enfin, près d’un tiers des étudiants n’arrivent pas à être seuls pour étudier, posant des difficultés à 10% d’entre eux. Les étudiants hébergés chez des amis ou de la famille ont plus de difficultés à s’isoler pour étudier. En effet, 17 % des étudiants hébergés par un proche n’arrivent pas à être seuls pour travailler et cela leur pose problème. Les étudiants ayant la possibilité de s’isoler pour travailler (75 %) ont plus fréquemment déclaré avoir un logement agréable. La moitié des étudiants ne pouvant pas s’isoler sans être gênés et seulement 22 % des étudiants ne pouvant s’isoler tout en occasionnant une gêne trouvent leur logement agréable.
Les études
Des choix de formation souvent motivés par des perspectives d’emploi
Plus de la moitié des étudiants ont motivé leur inscription à leur formation par un projet professionnel bien défini et 21% par des débouchés possibles en Polynésie française. Les autres étudiants ne savaient pas quoi faire d’autre (15 %), n’ont pas pu s’inscrire dans la formation de leur choix (8 %) et seulement quelques-uns ont suivi le choix de leur conjoint ou d’un ami pour ne pas être seuls (0,4 %).
Les débouchés professionnels sont importants dans les choix des filières par les étudiants. Cela est considéré comme très important pour 42 %, plutôt important pour 46 % et peu important ou pas du tout important pour 12 % des étudiants. Plus de la moitié des étudiants ayant un projet bien défini apportent plus d’importance aux débouchés. Les étudiants qui ont suivi un proche ou qui ne savaient pas quoi faire d’autre sont seulement respectivement 11 % et 15 % à estimer les débouchés potentiels très importants.
Les étudiants qui ont accordé le plus d’importance aux débouchés estiment le plus souvent leurs chances d’emploi comme très bonnes ou bonnes (respectivement 20 % et 46 %, contre 9 % et 16 % de ceux qui n’y attachaient pas du tout d’importance).
Malgré l’importance donnée aux débouchés dans le choix des formations, seuls 12 % des étudiants évaluent leurs chances de trouver un emploi comme très bonnes car leur domaine d’étude est très recherché et, 39 % comme bonnes car il y a beaucoup de débouchés dans ce domaine. Les hommes ont une évaluation plus positive de leurs chances de trouver un emploi : 17 % l’estiment très bonnes contre 9%des étudiantes. Ces dernières ont plus fréquemment apporté une importance aux débouchés : 44 % les ont jugés très importants contre 39 % des hommes.
Neuf étudiants sur dix souhaitent poursuivre leurs études jusqu’à leurs termes
La majorité des étudiants souhaitent poursuivre leurs études jusqu’à leurs termes : un tiers souhaite les poursuivre car ces dernières les passionnent et 57 % poursuivront probablement car « il faut bien obtenir un diplôme pour trouver du travail ». Les autres ne savent pas encore ou ne continueront probablement pas car il n’aime pas cette formation.
Les étudiants ayant déclaré des enfants à charge sont plus déterminés dans leur parcours de formation. Parmi les étudiants ayant des enfants à charge, 47 % déclarent qu’ils poursuivront leurs études parce que ces dernières les passionnent, alors qu’ils ne sont que 31 % parmi les étudiants sans enfant.
À l’inverse, les étudiants logés plus loin de leur lieu d’études sont plus indécis sur la poursuite de leurs études. En effet, 14 % des étudiants résidant à plus de 40 minutes de leur lieu d’études ne savent pas encore s’ils vont poursuivre. Ils sont 12 % parmi ceux vivent entre 20 et 40 minutes de leur formation, 8 % parmi ceux entre 10 et 20 et seulement 6 % lorsqu’ils sont à moins de 10 minutes.
Les étudiants considérant avoir de bonnes ou de très bonnes chances de trouver un emploi ont plus fréquemment déclaré qu’ils souhaitaient finir leurs cursus d’études. Seuls 6 % ne continueront probablement pas ou ne savent pas encore, contre 25 % de ceux qui estiment avoir de mauvaises chances d’accès à l’emploi.
Parmi les étudiants actuellement en emploi, la moitié (51 %) déclare qu’ils finiront leurs études car celles-ci les passionnent, alors qu’ils sont seulement 29 % parmi les étudiants sans emploi.
Le budget
La moitié des étudiants ont des revenus mensuels inférieurs à 30 000 F.CFP
Les étudiants sont 62 % à percevoir une aide financière de leurs parents. Les autres sources de revenus sont les allocations (46 %), les économies (27 %) et le salaire (12 %). Certains étudiants ont également été amenés à souscrire à un emprunt (2,5 %). Les étudiants ayant des enfants à charge ont plus fréquemment que les autres un salaire (29 % contre 10 %) et sont moins souvent aidés financièrement par leurs parents (31 % contre 65 %). Parmi les étudiants bénéficiant d’une aide parentale, 78 % sont logés chez leurs parents, 63 % vivent en appartement et 52 % en résidence universitaire. Ces derniers sont deux fois plus nombreux à bénéficier d’allocations (familiales, bourses, etc.) : 80 % contre 36 % des étudiants habitant chez leurs parents et 34 % des étudiants en appartement.
Les étudiants en appartement ou en colocation ont plus souvent un salaire (respectivement 29 % et 25 %) que ceux logés chez leurs parents (8 %) ou en résidence universitaire (6 %).
FIG. 1. Sources de revenus
Source : Enquête conditions de vie des étudiants, DGEE-DPDJ-ISPF-UPF, 2021
Les revenus des étudiants ne dépassent que rarement 70 000 F.CFP par mois (soit 52 % du SMIG). Ils sont 90 % à avoir des revenus inférieurs. Parmi ceux ayant des revenus supérieurs à 70 000 F.CFP, 59 % ont un emploi.
Les étudiants ayant les revenus les plus élevés résident plus souvent dans un logement seul ou en couple. À l’inverse, 74 % des étudiants ayant des revenus inférieurs à 10 000 F.CFP par mois vivent chez leurs parents. Les étudiants avec des revenus intermédiaires se trouvent plus fréquemment dans les résidences étudiantes.
FIG. 2. Montant total des revenus
Source : Enquête conditions de vie des étudiants, DGEE-DPDJ-ISPF-UPF, 2021
L’alimentation, le poste de dépense majoritaire des étudiants
Quel que soit leur profil (genre, emploi, lieu de résidence), 84 % des étudiants déclarent l’alimentation comme un poste principal de dépenses.
Les abonnements divers (internet, téléphonie, sport, etc.) sont également cités par 35 % des étudiants. Cette dépense courante est plus fréquente chez les étudiants vivant en résidence universitaire : 59 % d’entre eux, 47 % de ceux vivant en appartement et seulement 22 % de ceux vivant chez leurs parents.
Un tiers des étudiants ont également signalé les transports comme un principal poste de dépenses dans leur budget mensuel. Plus les étudiants vivent loin de leur lieu d’études, plus ce poste de dépense est présent : 21 % des étudiants logés à moins de 10 minutes, contre 48 % de ceux vivant à plus de 40 minutes.
Les autres dépenses des étudiants sont les suivantes : 27% liées aux études, 26 % au loyer, 20 % aux moments de convivialité (restaurants, bars, etc.), 14 % à leurs loisirs (sports, spectacles, etc.) et 12 % à leur santé. Le loyer est donc cité comme un des postes principaux de dépenses par un quart des étudiants et il varie fortement en fonction de leur lieu de résidence. En effet, 82 % des étudiants logés en résidence étudiante ont déclaré leur loyer comme un poste principal de dépenses, contre 55 % de ceux en appartement seul ou en couple et seulement 6 % des étudiants logés chez leurs parents. Le montant du loyer est également très variable : inférieur à 10 000 F.CFP pour 34 % des étudiants, entre 10 000 F.CFP et 30 000 F.CFP pour 37 % d’entre eux et supérieur à 70 000 F.CFP pour 10 % d’entre eux.
Les étudiants en appartement seul ou en couple ont plus fréquemment des loyers supérieurs à 50 000 F.CFP (43 % d’entre eux ont un loyer supérieur à 70 000 F.CFP et 16 % entre 50 000 F.CFP et 70 000 F.CFP). Ceux en résidence étudiante ont des loyers plus modérés entre 10 000 et 30 000 F.CFP. Enfin, ceux logés chez leurs parents ou encore chez des proches ont des loyers inférieurs à 10 000 F.CFP.
FIG. 3. Montant du loyer en fonction du lieu de résidence
Source : Enquête conditions de vie des étudiants, DGEE-DPDJ-ISPF-UPF, 2021
Des économies pour préparer un futur plus lointain
Les étudiants rencontrent parfois des difficultés à gérer financièrement la fin du mois. En effet, 12 % d’entre eux ont déclaré avoir du mal à s’en sortir et 44 % « ça dépend des mois ». Ce phénomène est plus marqué pour les étudiants en résidence étudiante : 19 % déclarent rencontrer des difficultés à finir le mois, contre 8 % de ceux vivant chez leurs parents. Les étudiants ayant les revenus les plus importants sont ceux ayant le moins souvent des difficultés à gérer les fins de mois.
La majorité des étudiants (97 %) souhaitent faire des économies, mais 42 % y arrivent et 55 % le veulent sans y parvenir. Les étudiants chez leurs parents, plus souvent aidés financièrement et avec un loyer moindre, y parviennent plus souvent : 49 % contre seulement 37 % de ceux en appartement ou encore 34 % de ceux en résidence universitaire. De même, les étudiants en emploi font plus souvent des économies : 47 % contre 41 % de ceux sans emploi pendant l’année scolaire.
Les économies varient selon les sources de revenus : 46 % des étudiants aidés par leurs parents réussissent à faire des économies, contre 36 % de ceux qui n’ont pas déclaré l’être. À l’inverse, ceux bénéficiant d’allocations ont plus de difficultés à faire des économies : 38 % y parviennent contre 46 % de ceux n’en bénéficiant pas.
Quand les étudiants réussissent à économiser : 26 % le font pour leur futur lointain, 22 % pour les dépenses imprévues, 20 % ne savent pas, 17 % pour les vacances ou les loisirs et 15 % pour aider leur famille.
La situation professionnelle
Un étudiant sur huit a un emploi en plus de ses études
Parmi les étudiants, 13%ont déclaré occuper un emploi au cours de l’année scolaire. En moyenne, ces étudiants-travailleurs sont plus âgés (24 ans contre 20 ans pour les étudiants sans emploi). Les étudiants vivant en appartement seul, en couple ou en colocation ont plus fréquemment un emploi (respectivement 29 % et 28 %) que ceux chez leurs parents (10 %). Les étudiants ayant des enfants à charge ont plus souvent un emploi, 26 % contre 12 % de ceux sans enfants à charge.
Des emplois en adéquation avec les formations
Parmi les étudiants en emploi, 45 % sont en contrat à durée déterminée, 26 % en contrat à durée indéterminée, 24 % en emploi occasionnel ou non déclaré et 10 % patentés ou bénéficiaires de chèque emploi [^1].
Ces emplois occupés par les étudiants nécessitent souvent des qualifications et 51 % des étudiants ont déclaré que leur emploi était en adéquation avec leurs formations actuelles. Pour les autres, 30 % déclarent que leur emploi nécessite peu de qualifications (baccalauréat par exemple) et 19 % aucune.
Les étudiants ont défini leur emploi comme « utile », « stressant », « fatigant » ou encore « agréable », parmi une liste prédéterminée de qualificatif.
FIG. 4. Qualificatifs de l’emploi
Source : Enquête conditions de vie des étudiants, DGEE-DPDJ-ISPF-UPF, 2021
Les étudiants occupant des emplois qualifiés en adéquation avec leur formation, ont plus fréquemment que les autres déclaré leur emploi comme « utile », « épanouissant » et « stressant ».
Les étudiants travaillent le plus souvent par nécessité, près d’un tiers d’entre eux ne pourrait pas s’en sortir financièrement s’ils perdaient leur emploi et, parmi eux, 36 % seraient contraints d’arrêter leurs études.
Une articulation entre le travail et les cours pas toujours simple
Les étudiants en emploi sont relativement satisfaits de leur temps de travail, 54 % ont déclaré qu’il leur convient. Parmi les étudiants insatisfaits, 29 % souhaiteraient travailler plus et 17 % moins.
Les étudiants en emploi entre 20 et 25 heures hebdomadaires sont plus fréquemment satisfaits (67 %). Les étudiants avec un temps de travail plus faible souhaitent majoritairement l’augmenter, tandis que les étudiants avec un temps de travail de plus de 25 heures souhaitent le diminuer.
Le temps de travail en emploi n’est pas toujours compatible avec les temps de cours, 16 % des étudiants en emploi ont déclaré fréquemment rater des cours pour aller au travail (au moins un cours par semaine), 20 % de temps en temps (un ou deux cours par mois) et 64 % très rarement ou jamais. Les étudiants ayant déclaré rater des cours fréquemment ou de temps en temps sont plus fréquemment insatisfaits que ceux ne ratant que très rarement ou jamais de cours. Ils souhaiteraient plus souvent que les personnes satisfaites de leur temps de travail, travailler plus ou moins.
La vie sociale et familiale
La proximité géographique favorise les contacts avec ses parents
45 % des étudiants ne vivent pas chez leurs parents. Pour la majorité de ces étudiants, leurs parents résident dans le même archipel (48 % sur la même île et 23 % sur une autre île dans le même archipel). 21 % ont des parents vivant dans un archipel différent et 7 % sont hors de Polynésie française. Plus les parents habitent près du logement de leur enfant étudiant, plus ils sont en contact. Cela concerne 83 % des étudiants résidant sur la même île et 74 % lorsqu’ils vivent dans le même archipel, 70 % dans un autre archipel et 64 % hors de Polynésie française. Parmi les étudiants ne vivant pas chez leurs parents et dont ces derniers sont encore en vie, 23 % n’ont pas de contact.
Des familles très présentes dans les liens sociaux
En dehors des études et du travail, les étudiants ont déclaré le plus souvent avoir des contacts avec leur famille (78 %), leurs amis (58 %) et leur compagne ou compagnon (41 %). Les collègues de travail et autres personnes sont moins fréquemment cités, respectivement par 8 % et 6 % des étudiants.
Contacts et lieux de résidence sont fortement liées au La moitié des étudiants en résidence universitaire ont des contacts avec leurs familles alors qu’ils sont 59 % parmi ceux en appartement seul ou en couple, trois quarts parmi ceux logés par des amis ou de la famille et 94%de ceux logés chez leurs parents. Les contacts avec des amis sont plus fréquents pour les étudiants en résidence universitaire (71 %) que pour les étudiants résidant chez leurs parents (58 %) ou ceux en appartement seul ou en couple (49 %).
Le temps libre souvent occupé par des activités individuelles
Les étudiants partagent leur temps libre entre les loisirs seuls (internet, lecture, etc.) a 71 %, les amis ou les loisirs de groupe (sports, jeux, etc.) dans respectivement 42 % et 31 % des cas. La vie associative lors du temps libre est citée par 7 % des étudiants. La fréquence des sorties des étudiants est très variable. Cette hétérogénéité est associée au genre, à l’occupation d’un emploi, à la gestion financière des fins de mois ou encore au lieu de résidence. Près d’un homme sur cinq déclare sortir souvent, contre une femme sur dix. Cette différence est également marquée pour les étudiants ayant un emploi : 18 % déclarent sortir souvent contre12 % des étudiants sans emploi. L’aspect financier doit certainement être un facteur explicatif puisque 16 % des étudiants qui s’en sortent financièrement ont déclaré sortir souvent, contre 19 % de ceux qui ont des difficultés pécuniaires. Enfin, les étudiants chez leurs parents sont 16 % à sortir souvent, contre 12 % de ceux en appartement seul ou en couple ou encore 7 % de ceux en résidence universitaire.
La confiance en soi et dans les institutions pas toujours évidentes
Avoir confiance en soit n’est pas répandu chez tous les étudiants. Seuls 18 % ont déclaré avoir totalement confiance en eux, 54 % plutôt confiance, 21 % plutôt pas confiance et 7 % pas du tout. La poursuite ou non d’études dans leur cursus actuel est liée à cette confiance. Parmi les étudiants souhaitant terminer leurs études, ils sont 80 % à avoir totalement ou plutôt confiance en eux. Au contraire, parmi les étudiants qui ne termineront probablement pas leurs études car ils n’aiment pas cette formation, ce chiffre baisse à 54 %.
La confiance en soi est également ressentie différemment selon le genre : 26 % des hommes ont déclaré avoir totalement confiance en eux et 56%plutôt confiance contre respectivement 14 % et 53 % des femmes.
Enfin, la confiance dans les institutions (le système de santé, la force publique, la protection sociale, l’éducation, les travailleurs sociaux ou encore le système judiciaire) est plébiscitée avec 75% des étudiants ayant plutôt confiance ou totalement confiance. À l’opposé, 20 % des étudiants n’ont plutôt pas confiance et 5 % pas du tout confiance. Les femmes ont moins souvent confiance dans les institutions que les hommes : respectivement 7 % contre 12 %.
Les consommations
Les étudiants moins connectés en résidence universitaire
En moyenne, les étudiants passent 4 heures par jour sur Internet pour leurs études. Il s’agit entre autres de recherches, de consultations de l’Environnement numérique de travail (ENT), de cours virtuel ou de contacts par mail avec les enseignants. En plus des recherches pour leurs études, ils passent 20 minutes par jour en moyenne sur Internet pour les loisirs ou les communications (You- Tube, Messenger, WhatsApp, Facebook ou TikTok, etc.). Les étudiantes passent plus de temps sur Internet pour les études et pour les loisirs que leurs homologues masculins avec 37 minutes de plus dans le cadre des études et 26 minutes de plus dans le cadre des loisirs.
Les étudiants ont presque tous un moyen d’accès à Internet en dehors de leurs établissements : 96 % ont un téléphone portable et 75 % un ordinateur portable. Certains ont également une tablette (21 %) ou encore un poste informatique mis à disposition par l’établissement (18 %). Derrière les outils pour se connecter à Internet, il existe également une diversité de type de connexion : 72 % des étudiants ont une offre internet fixe permettant une connexion relativement stable, pour les autres, 23 % ont déclaré une connexion 3G/4G uniquement via leur appareil mobile et 5 % n’ont aucune connexion Internet. Ils doivent donc se rendre dans leur établissement d’études, un restaurant ou un café.
Les étudiants logés en résidence universitaire sont 42 % à avoir une offre Internet fixe, quand 82 % des étudiants logés chez leurs parents et 75 % de ceux vivant en appartement seul ou en couple en ont une.
Les étudiants n’ayant pas d’accès à Internet, soit 5 % des étudiants et jusqu’à 11 % des étudiants logés en résidence étudiante, se sentent majoritairement pénalisés dans la poursuite de leurs études : 58 % fortement avec des difficultés d’accès au cours mis en ligne, 41 % pénalisés mais ils arrivent à s’arranger en utilisant les ordinateurs mis à disposition par l’établissement et seulement 1 % a répondu que ce n’est pas essentiel.
Alcool / Drogues
Les questions sur les addictions ont permis de confirmer l’importance du phénomène : 16 % des étudiants ont déjà ressenti le besoin de diminuer leur consommation d’alcool et 16 % également ont déjà eu l’impression qu’ils buvaient trop. Autres chiffres à souligner : 12 % des étudiants ont déjà eu des remarques de la part de leur entourage et 3 % ont déjà eu besoin d’alcool dès le matin.
Ces différentes questions (CAGE-DETA) permettent d’obtenir un indicateur prédictif d’un problème de consommation de boissons alcoolisées. Ce questionnaire déclaratif repose sur le ressenti des étudiants ayant répondu par conséquent, même s’il est un bon indicateur prédictif de problématiques concernant la consommation de boissons alcoolisées, il ne l’est pas des maladies associées.
Parmi les étudiants répondant, 13 % ont répondu par l’affirmative à au moins deux questions sur les quatre liées à la consommation d’alcool, révélant une consommation d’alcool ressentie comme problématique.
FIG. 5. Concernant la consommation de boissons alcoolisées (Questionnaire CAGEDETA)
Source : Enquête conditions de vie des étudiants, DGEE-DPDJ-ISPF-UPF, 2021
La consommation de drogue est également une addiction présente : 76 % des étudiants ont déclaré ne jamais en avoir consommé, mais 14 % en consomment rarement, 6 % de temps en temps pour faire la fête et 4 % en consomment régulièrement.
Les étudiants ayant une consommation d’alcool problématique au sens du questionnaire CAGE-DETA sont plus fréquemment consommateurs, même occasionnels, de drogues : 47 % contre 22 % des autres.
De nombreux étudiants pensent ne pas être suffisamment informés sur les aides
Malgré l’existence de dispositifs d’aides pour les étudiants, 58 % des étudiants considèrent qu’ils ne sont pas assez informés à leurs sujets. La part des étudiants manquant d’information est moins importante parmi ceux logés en résidence étudiante. Ils sont 43 % à manquer d’information, contre 58 % parmi ceux logés chez leurs parents et 63 % pour ceux en appartement seul ou en couple.
Les raisons les plus fréquemment invoquées pour ce manque d’information sont dans 56 % des cas les difficultés pour faire des démarches (horaires des services, disponibilités personnelles, surcharge de la procédure administrative, etc.) mais aussi le manque d’affichage ou de communication dans 40 % des cas.
La crise sanitaire a eu des répercussions importantes sur les étudiants
FIG. 6. Points les plus impactés par la crise sanitaire
Source : Enquête conditions de vie des étudiants, DGEE-DPDJ-ISPF-UPF, 2021
La crise sanitaire a eu un impact important sur le cursus scolaire pour 78 % des étudiants. Cet impact est plus fréquent chez les hommes : 81 % d’entre eux ont noté des répercussions contre 75 % des femmes. Les étudiants en résidence étudiante ou logés chez des amis ou de la famille ont plus fréquemment été impactés (respectivement 81 % et 84 %) que les étudiants vivant chez leurs parents ou dans un appartement seuls ou en couple (respectivement 77 % et 76 %).
L’impact de cette crise sur les études était très différent en fonction de la possibilité de se connecter à Internet. Lorsque les étudiants ont comme seul moyen d’accès à internet un poste informatique mis à disposition par l’établissement scolaire, 81 % des étudiants ont noté un impact de la crise, contre 76 % de ceux ayant accès par un autre moyen. De même, les étudiants n’ayant aucune connexion ou seulement une connexion 3G/4G sur appareil mobile ont été plus impactés par la crise sanitaire que ceux ayant une offre Internet fixe (respectivement 80 %, 81 % et 76 % des étudiants).
Pour trois quarts des étudiants, les cours en ligne ont été la principale conséquence de la crise sanitaire sur les études. L’impact de cette crise sur la réussite scolaire est également cité par 41 % des étudiants.
Les conséquences de la crise sanitaire n’ont pas été les mêmes en fonction du genre des étudiants. En effet, les femmes ont plus fréquemment cité la réussite scolaire (44 % contre 37 % des hommes), l’aspect économique avec des revenus de la famille en chute (31 % contre 24 % des hommes) ou encore les angoisses liées à sa santé ou celle de ses proches (35 % contre 31 % des hommes). À l’inverse, les hommes plus souvent que les femmes ont cité les cours en ligne (80 % contre 74 % des femmes) et la vie quotidienne et les habitudes de vie pré-Covid (38 % contre 32 % des femmes).
En novembre 2020, l’association Avenir Syndicat Étudiants Fage, a saisi la DPDJ pour venir en aide aux étudiants souffrant des confinements et de la crise sanitaire. Avec le soutien de la Direction des solidarités, de la famille et de l’égalité (DSFE) et de la Présidence du Pays, la DPDJ a ainsi aidé une centaine d’étudiants en difficultés alimentaires. L’opération a été renouvelée en fin d’année 2021.
Ces deux expériences ont souligné les fragilités d’une population dont on a peu de connaissances et dont les seules représentations sont liées aux études et à la jeunesse. Cette enquête et ses résultats doivent éclairer de manière quantitative la vie étudiante et ses contextes afin de fournir aux autorités des pistes de réflexion pour remédier aux insuffisances et aux lacunes des dispositifs et structures d’aides aux étudiants.
[^1] : Ils peuvent cumuler plusieurs postes et donc plusieurs types de contrat.