Les déterminants de la relation des Polynésiens face au marché de l’emploi

Image Les caractéristiques individuelles des Polynésiens jouent un rôle important dans leur relation avec le marché de l’emploi. Les femmes ont, par exemple, deux fois moins de chances de trouver un emploi d’une année sur l’autre que les hommes. Le diplôme joue également un rôle majeur : 80 % des diplômés du supérieur sont en emploi, contre 52 % pour l’ensemble de la population. La situation passée de l’individu vis-à-vis de l’emploi est également à prendre en compte : chaque année d’ancienneté supplémentaire diminue le risque de se retrouver sans emploi.

Numéro : 1350
Dépôt légal : 9 décembre 2022
Collection : Points Etudes et Bilans
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Peu de Polynésiens perdent ou retrouvent un emploi chaque année

Le marché du travail polynésien se caractérise par un faible taux d’emploi 52 % (en moyenne sur la période 2018-2021), comparé à la Nouvelle-Calédonie (58 %) et à la France hors Mayotte (67 %). De plus, la proportion d’inactifs au sein de la population en âge de travailler (15 à 64 ans) s’établit à 41 % en Polynésie française, contre 35 % en Nouvelle-Calédonie et 27 % pour la France hors Mayotte. Cette importante différence est à nuancer puisque la Polynésie française est la seule collectivité à ne pas verser d’allocations en contrepartie d’une recherche active d’emploi des demandeurs. Ces indemnités augmentent mécaniquement la population active et les taux de chômage métropolitain et domien.

La Polynésie française se caractérise également par un faible niveau de diplôme : 52 % des 25-64 ans sont soit titulaires du diplôme national du brevet (DNB) ou du certificat d’études primaires (CEP), soit sans diplôme, et seulement 14 % sont diplômés de l’enseignement supérieur. Ces chiffres sont respectivement de 18 % et 41 % pour la France hors Mayotte.

Par ailleurs, 16 % de la population sans emploi en trouve un d’une année sur l’autre. Parmi les personnes qui se déclarent au chômage pendant plus d’un an, seulement quatre sur dix trouvent un emploi. Au-delà de cinq ans de chômage, il devient très difficile de trouver du travail. En outre, 7 % de la population en emploi considérée ne l’est plus un an plus tard. Le marché du travail polynésien se caractérise donc par un faible taux d’emploi et une forte inertie : le passage du non-emploi à l’emploi et vice-versa est difficile. Dans ce contexte, les interactions des individus avec le marché de l’emploi dépendent aussi bien des caractéristiques de l’individu, en particulier de son diplôme, que de sa situation actuelle ou passée.

Les caractéristiques de chacun ont une influence sur ses interactions avec l’emploi

Les femmes, discriminées dans toutes les situations

Les femmes ont un niveau de diplôme plus élevé que les hommes. Par exemple, elles sont 34 % diplômées du baccalauréat (BAC) ou de l’enseignement supérieur, contre seulement 26 % des hommes. De même, elles travaillent plus souvent dans l’administration publique que leurs homologues masculins. En effet, 26 % des femmes en emploi travaillent dans le secteur public, contre 20 % des hommes. Malgré cela, elles restent moins bien insérées : leur taux d’emploi est de 45 %, contre 60 % pour les hommes.

TABLE 1. Répartition et taux d’emploi des individus selon le sexe et le niveau de diplôme
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Source : Enquête Emploi

En comparaison avec des personnes du même âge et avec le même niveau de diplôme, les femmes ont légèrement plus de risques que les hommes de se retrouver sans emploi à court terme (d’une année sur l’autre). De surcroît, elles sont davantage discriminées à l’embauche puisqu’elles ont près de deux fois moins de chances que les hommes de trouver un emploi à court terme et deux fois et demi moins de chances à long terme (plus d’un an).

L’ancienneté dans l’emploi et l’âge déterminants pour conserver ou trouver un emploi

Plus une personne est âgée, plus elle exerce son emploi depuis une durée importante. Par ailleurs, le fait d’exercer son travail depuis longtemps réduit les risques de se retrouver sans emploi. Toutes choses égales par ailleurs, une personne avec sept ans d’ancienneté a deux fois moins de risques de se retrouver sans emploi à court terme qu’une personne avec moins d’un an d’ancienneté.

Parmi les plus de 30 ans, 4 % se retrouvent sans emploi d’une année sur l’autre comparativement à 14 % pour les 29 ans ou moins. Pourtant, comparé à des personnes en emploi de même sexe et ancienneté, celles qui ont entre 30 et 49 ans sont avantagées dans le fait de garder leur emploi. En effet, les personnes âgées de 29 ans ou moins et celles de 50 ans ou plus ont environ 60 % plus de chances de se retrouver sans emploi d’une année sur l’autre.

L’avantage apparent des 50 ans et plus est dû à leur ancienneté, en moyenne plus élevée.

Les personnes âgées de 30 à 49 ans ne sont pas toujours les plus avantagées pour trouver un emploi. Les individus âgés de 29 ans ou moins ont 45 % moins de chances de trouver un emploi à court terme mais deux fois plus d’en trouver un à long terme. En ce qui concerne les personnes âgées de 50 ans ou plus, elles ont 10 % moins de chances de trouver un emploi à court terme que celles âgées de 30 à 49 ans et 45 % moins de chances à long terme.

Un marché du travail plus dynamique dans les îles

Le lieu d’habitation a également une influence sur le rapport des individus avec le marché de l’emploi. Par rapport aux habitants de la zone urbaine de Tahiti (communes de Mahina, Arue, Pirae, Papeete, Faa’a, Punaauia), les habitants de la zone rurale de Tahiti et de Moorea ont légèrement plus de risques de se retrouver sans emploi et ce phénomène s’accentue dans les Îles-Sous-le-Vent. Par contre, les habitants des Îles-Sous-le-Vent ont environ 40 % plus de chances de trouver un emploi à court terme. Néanmoins, cette différence est moins marquée à long terme.

Avoir des enfants dans son ménage incite à trouver un emploi rapidement

Les personnes sans enfant dans leur ménage se retrouvent légèrement moins sans emploi que les autres. À court terme, elles en trouvent quasiment deux fois moins que les personnes avec des enfants.

Les non natifs, légèrement désavantagés lorsqu’il s’agit de trouver un emploi d’une année sur l’autre

En prenant en compte le diplôme, le sexe, l’âge et la durée de l’emploi, le fait d’être natif de Polynésie française ou non n’a pas d’influence significative sur le fait de se retrouver sans emploi à court terme. Par contre, les non natifs ont un tiers moins de chances de trouver un emploi après une période d’inactivité inférieure à un an.

FIG. 1. Déterminants (odd-ratios) de se retrouver sans emploi et de trouver un emploi d’une année sur l’autre
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Source : Enquête Emploi

Lecture : Être une femme augmente les chances de se retrouver sans emploi et diminue fortement celles de trouver un emploi d’une année sur l’autre.

Le diplôme : un avantage déterminant sur le marché de l’emploi

Un diplôme élevé, une barrière contre la perte de son emploi

FIG. 2. Répartition de l’activité des individus en fonction du plus haut diplôme obtenu
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Source : Enquête Emploi

À mesure que le niveau de diplôme augmente, la proportion d’actifs en emploi progresse. Les titulaires d’un certificat d’aptitude professionnelle (CAP) ou d’un brevet d’études professionnelle (BEP), qui ne représentent pourtant que deux ou trois années d’études de plus que les diplômés du CEP ou du DNB, sont bien mieux insérés avec un taux d’emploi de 58 % contre 39 %. Chez les diplômés de l’enseignement supérieur, le taux d’emploi est deux fois plus élevé. Par ailleurs, la part des chômeurs chez les diplômés de l’enseignement supérieur est deux fois moins élevée que chez les titulaires d’un baccalauréat.

Plus le niveau de diplôme est élevé, plus le risque de se retrouver sans emploi à court terme est faible. Ainsi, les titulaires d’un CAP ou d'un BEP ont 15 % moins de chances de se retrouver sans emploi que les non-diplômés. Cette tendance se confirme avec les titulaires du baccalauréat (45 % moins de chances). Les diplômés de l’enseignement supérieur ont entre deux et trois fois moins de chances de se retrouver sans emploi que les personnes non-diplômées. Parmi les diplômés de l’enseignement supérieur en emploi en 2018, seulement 2 % ne sont plus en emploi en 2019. Tandis que pour les non-diplômés, ce chiffre est de 7 %.

Être titulaire d’un diplôme élevé augmente les chances d’être en emploi mais diminue également le risque de se retrouver sans emploi.

Les titulaires du CAP ou d'un BEP ou du baccalauréat ont les mêmes chances d’insertion

Les titulaires d’un CAP ou d’un BEP ont environ un tiers de chances de plus que les non-diplômés de trouver un emploi à court terme. Les diplômés du baccalauréat ont autant de chances que les titulaires d’un CAP ou d’un BEP de trouver un emploi d’une année sur l’autre. Ainsi, à sexe, catégorie d'âge et origine géographique équivalents, les titulaires d’un CAP ou d'un BEP ou d’un baccalauréat ont une relation face à l’emploi à court terme similaire. Le baccalauréat permet de rester en emploi plus longtemps. Les diplômés de l’enseignement supérieur ont deux fois et demi plus de chances que les non-diplômés de trouver un emploi à court terme.

À plus long terme, les titulaires du baccalauréat trouvent davantage d’emploi que les titulaires d’un CAP ou d'un BEP. Les titulaires du DNB ou sans diplôme sont les plus désavantagés pour trouver un emploi d’une année sur l’autre. Ces difficultés à court terme perdurent à long terme dans des proportions similaires.

La situation vis-à-vis de l’emploi un an avant détermine la situation actuelle

Être disponible et en recherche active d’emploi augmentent les chances d’en trouver à court terme

Parmi les personnes qui ne travaillent pas, celles qui ont le plus de chances de trouver un emploi d’une année sur l’autre sont celles qui sont au chômage, c’est-à-dire qui ont entrepris des démarches actives de recherche dans le mois précédent et qui sont disponibles pour travailler dans les deux semaines. Les personnes dans le halo autour du chômage ont 80 % moins de chances de trouver un emploi, tandis que les inactifs hors halo ont quatre fois moins de chances d’en trouver.

L’ancienneté, corrélée avec un faible risque de se retrouver sans emploi à court terme

Chaque année d’ancienneté dans son emploi réduit les chances de se retrouver sans emploi d’une année sur l’autre. Par exemple, un individu avec deux ans d’ancienneté dans son travail aura 20 % moins de chances de se retrouver sans emploi qu’un individu avec moins d’un an d’ancienneté. Au bout de sept ans, il a deux fois moins de chances et au bout de 11 ans trois fois moins. Les facteurs qui influencent l’ancienneté (par exemple le type de contrat) sont aussi ceux qui influencent le fait d’être ou de ne plus être en emploi.

La situation qui précède l’emploi détermine le risque de se retrouver sans emploi

Trois situations peuvent précéder l’emploi d’une personne : en études ou en formation professionnelle, en activité professionnelle et sans activité. À niveau de diplôme, sexe, catégorie d’âge, ancienneté et origine géographique équivalents, les personnes qui étaient en études avant leur emploi ont 35 % plus de chances de se retrouver sans emploi que les personnes qui ont travaillé antérieurement. Les personnes qui ne travaillaient pas avant leur emploi ont 80 % plus de chances d’être sans emploi à court terme que les personnes qui travaillaient. Ainsi, une période de non-emploi précédant l’emploi augmente les risques de se retrouver sans emploi d’une année sur l’autre. En ce sens, parmi les personnes qui ont trouvé un emploi après une période de non-emploi, seulement 45 % sont en contrat à durée indéterminée (CDI), contre 49 % sur l’ensemble des travailleurs. En particulier, parmi les individus qui n’étaient ni en emploi ni en formation, 17 % ont des emplois considérés comme fragiles (contrats courts, stagiaires, non-salariés contraints) et ont un risque accru de se retrouver sans emploi.

FIG. 3. Répartition du type de contrat selon la situation qui précède l’emploi
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Source : Enquête Emploi