PC Tourisme - T2 2020 - Poids du tourisme dans l'économie locale
Le confinement lié à l’épidémie de Covid-19 entraîne une crise économique mondiale profonde qui n’épargne pas la Polynésie française. Avec la fermeture des frontières et les interdictions de circulation, l’industrie du tourisme est à l’arrêt. Son poids dans l’économie locale, en particulier l’activité et les emplois générés auprès des entreprises du territoire, donne la mesure de l’impact subi sur le plan économique et social par la Polynésie française. Au-delà de son importance économique, le tourisme représente, dans les îles éloignées, la seule source de revenu pour de nombreuses familles.
En 2018, les dépenses des touristes étrangers et résidents représentent 8 % du PIB
En 2018 les touristes étrangers ont dépensé 65 milliards de F.CFP (hors
transport aérien international) au cours de leur séjour d'une durée
moyenne de 14,7 jours. Cette dépense représente cinq fois le montant des
exportations de produits locaux. Chaque touriste dépense en moyenne 300
000 F.CFP par séjour. L'hébergement représente 44 % des dépenses totales
des touristes internationaux, soit 29 milliards de F.CFP. La croisière,
les commerces et les transports domestiques représentent,
respectivement, un montant de 8 milliards de F.CFP pour chacun des deux
premiers segments et 7,8 milliards de F.CFP pour le troisième. Enfin les
dépenses pour l'alimentation valent 7,3 milliards de F.CFP et celles
concernant les excursions, les activités de loisir ou la plongée, 4,8
milliards de F.CFP. Les dépenses en transport aérien international sont
estimées à 38 milliards de F.CFP, dont 25 milliards pour la compagnie
aérienne locale.
Parallèlement, les touristes résidents ont dépensé 6 milliards de F.CFP
en Polynésie française dont les deux tiers en hébergement, ils ont aussi
dépensé 18 milliards de F.CFP à l'extérieur, hors transport aérien.
Ces dépenses impactent directement quatre branches. La branche «
transport » qui regroupe les entreprises de transport aérien, terrestre
et maritime (y compris la croisière et les agences de voyages), la
branche « hôtellerie-restauration», le « commerce » et enfin les «
Services aux particuliers (activités d'excursion et de loisir)».
Ces quatre branches représentent 27 % du PIB, dont 30 % découle
directement du tourisme (cf tableau n°1) qu'il soit local ou
international. Ainsi, cette activité représente 7,7 % du PIB en 2018,
soit une valeur ajoutée de 43 milliards de F.CFP pour l'ensemble des
branches concernées.
Les dépenses des touristes internationaux et résidents représentent
aussi directement 35 % de la demande dans la branche transport, 55 %
dans la branche « Hôtellerie-Restauration », 20 % pour les « services
aux particuliers » et 3 % de l'activité commerce.
Le poids du tourisme est également plus élevé si l'on comptabilise d'une
part, les effets indirects tels que les achats en produits locaux faits
par le secteur touristique auprès des autres entreprises et d'autre
part, les effets induits avec la prise en compte de la masse salariale
des employés des branches relevant du tourisme et de leur consommation.
Ainsi, les salaires versés pour les salariés des branches transport,
Hôtellerie-Restauration et Services aux particuliers correspondent à 50
milliards de F.CFP.
La mesure des effets indirects reste à faire avec la réalisation d'un
compte satellite du tourisme mais une première estimation peut être
donnée pour la branche « Hôtellerie-restauration» sur la base des
tableaux de synthèse des comptes économiques. Les achats de consommation
intermédiaire de la branche « hôtellerie » représenterait alors 4 % de
la production marchande totale, soit 26 milliards de F.CFP et 2,5 % de
la valeur ajoutée.
NOTE DE LECTURE : On estime que pour 10 000 F.CFP dépensés dans la
branche « Hôtellerie-Restauration », 5 100 F.CFP proviennent des
touristes. Pour produire ces 10 000 F.CFP, la branche hôtellerie a
acheté 120 F.CFP de produits agricoles, 650 F.CFP de produits de la mer,
1 100 F.CFP de produits des industries (y compris énergie) et 1 700
F.CFP de produits des Services. La marge dégagée par le commerce pour
ces achats représente 620 F.CFP. Les achats de la branche représentent 7
% de la production locale en produits agricoles et 18 % de celle des
produits de de la mer.
Le secteur touristique propose des emplois dans toutes les îles de Polynésie française.
Les quatre branches « clients » du secteur touristique (transports,
hôtellerie-restauration, services aux particuliers et commerce)
emploient 55 % des effectifs salariés en équivalent temps plein du
secteur économique marchand en Polynésie française. Cela représente 20
000 emplois, ou 12 300 hors commerce, soit 30 % des emplois du secteur
marchand. Parmi ces 12 000 emplois, 45%[^1] sont financés par les
dépenses des touristes résidents et internationaux. La masse salariale
versée par les branches transports, hôtellerie-restauration et services
aux particuliers représente 46 % de la masse salariale marchande. Les 5
500 salariés directement liés au tourisme perçoivent 20 % de la masse
salariale globale marchande versée en Polynésie française, soit 25
milliards de F.CFP.
Les emplois générés par ces trois branches du tourisme représentent 31 %
des emplois, salariés ou non, des Îles Sous-Le-Vent et 56 % des emplois
de la commune de Bora. Cela concerne 14 % des emplois dans l'archipel
des Tuamotu-Gambier, 31 % pour Rangiroa. Aux Îles Du Vent, ils
constituent 13% des emplois, dont 27 % à Moorea. Leur poids est moins
important aux Marquises et aux Australes, respectivement 10 % et 7 %
pour chaque archipel.
Poids des achats de la branche « hôtellerie-restauration » dans la
production locale et sur l'emploi
Les entreprises caractéristiques du tourisme font aussi appel à des
prestations de service et des patentés qui ne sont pas salariés. D'après
le recensement de population de 2017 il s'agit de 2 000 personnes. En
plus de ces emplois non salariés, il convient d'ajouter les emplois
indirects : fournisseurs (pêcheurs, agriculteurs, fleuristes, ...).
Par exemple, les achats de la branche hôtellerie restauration (27
milliards de F.CFP) financent 4 % des emplois du secteur marchand, soit
1 300 emplois salariés (ETP) d'une manière indirecte.
Le poids du tourisme est plus important dans les archipels éloignés
Au 31 décembre 2018, 280 000 habitants peuplent la Polynésie française.
La population est inégalement répartie ; forte concentration sur Tahiti
et Moorea (78 %), 12 % dans les Îles Sous-Le-Vent dont un tiers à Bora
Bora, 6 % aux Tuamotu-Gambier avec 1 habitant sur 5 vivant à Rangiroa, 3
% aux Marquises et 2,5 % aux Australes. De la même manière, l'offre en
hébergement, les lignes aériennes et les flux touristiques se
concentrent dans les Îles Du Vent et les Îles Sous-Le-Vent, mais tous
les archipels possèdent des hébergements de tourisme et des aéroports.
Ainsi, sur les 58 îles habitées dénombrées au recensement de 2017 en
Polynésie française, 40 disposent au moins d'un hébergement touristique
dont 34 avec une piste aéroportuaire. Les îles polynésiennes reçoivent
aussi de nombreux croisiéristes et plaisanciers qui, bien que
privilégiant les croisières dans les Îles Sous-Le-Vent, visitent les
archipels éloignés.
La densité touristique est de 0,9 touriste par habitant en Polynésie
française. Cet indicateur s'élève à 7 pour l'île de Moorea et à 11 pour
Bora Bora. La plus forte densité s'observe sur l'atoll de Fakarava dans
l'archipel des Tuamotu ; 12 680 touristes pour 830 habitants, soit 15
touristes par habitant. Rangiroa suit avec une densité touristique de
9,5 traduisant une forte dépendance au tourisme. Ce ratio diminue pour
s'établir respectivement à 0,9 et 0,3 aux Marquises et aux Australes.
Plus on s'éloigne de Tahiti, plus les infrastructures d'hébergement
touristique se raréfient. Leur concentration est importante dans
l'archipel de la société et dans les îles possédant un accès aérien. Les
nouvelles formes d'hébergement apparues au cours de ces dernières
années, notamment les meublés du tourisme participent au développement
des îles éloignées et offrent des perspectives d'activité à ces zones
difficiles d'accès.
Le secteur du tourisme motive la création d'entreprise
La Polynésie française comptabilise 3 647 entreprises caractéristiques
du tourisme, soit 12,5 % des entreprises locales. Ce stock augmente
chaque année grâce au développement du secteur. Entre 2018 et 2019, 325
nouvelles entités ont vu le jour pour 295 radiations. Quatre secteurs
d'activité sont particulièrement dynamiques en 2019 et rassemblent 86 %
des créations : l'hébergement, la restauration, le transport maritime et
les activités de loisirs. Ces créations sont localisées dans les Îles Du
Vent, les Îles Sous-Le-Vent et les Tuamotu. Bora Bora n'est pas
concernée, signe d'une maturité de l'activité sur cette île ou des
prémices d'une saturation ?
Définitions
Tourisme international : Un touriste est une personne qui passe au
moins 24 h en dehors de son domicile pour un motif autre que le travail
rémunéré par une entreprise Polynésienne.
Tourisme résident : Le tourisme d'intérieur, résident ou local est
un tourisme impliquant des résidents d'un pays voyageant uniquement
dans ce pays
Plaisancier : Personne qui pratique la navigation de plaisance ou
"yachting", en particulier la voile.
Emploi direct et indirect : Les emplois directs désignent les
emplois directement liés à la production de produits ou de services. Ces
emplois ont également pour effet d'en créer d'autres dans les
entreprises qui fournissent des biens et services. Ces derniers emplois
sont dits indirects.
Emploi induit : L'effet induit correspond aux emplois nécessaires à
la vie courante des salariés et de leur famille : satisfaire leur
consommation en biens de première nécessité, en logements, en
équipements de loisirs ou sportifs et en services.
Densité touristique : On calcule la densité touristique d'un
territoire en divisant le nombre de touristes accueillis par le nombre
d'habitants. Il permet de mesurer la pression touristique. Ainsi, en
Polynésie française, le ratio est de 0,9, soit moins d'un touriste par
habitant.
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[^1]: Ce chiffre est égal à la part de la valeur ajoutée correspondant
aux dépenses des touristes résidents et internationaux sur celle
générée par l'ensemble des branches transport,
hôtellerie-restauration et services aux particuliers.