Te Avei'a - T1 2021 - Le secteur touristique toujours fragile

Image La crise sanitaire a mis à mal le secteur tertiaire et tout particulièrement l’ensemble des activités touristiques avec un chiffre d’affaires qui a chuté de moitié entre 2019 et 2020. Bloqués dès février, les touristes internationaux ont été quasi absents en ce début d’année, fragilisant davantage les entreprises touristiques. Les exportations de biens locaux progressent sur ce premier trimestre grâce à la perle, vendue en grosse quantité mais à des prix historiquement bas. La consommation des ménages reste fragile tout comme leur investissement et celui des entreprises.

Numéro : 1260
Dépôt légal : 1 juillet 2021
Collection : Points Conjoncture
322 ko
221 ko

La reprise de l'activité économique polynésienne s'essouffle en ce début d'année

Si sur l'ensemble de l'année 2020, le chiffre d'affaires global déclaré par les entreprises (hors banque et assurance) a reculé de 11 % par rapport à 2019 pour s'établir à 805 milliards de F.CFP, la contraction s'est infléchie tout au long de l'année. La baisse du chiffre d'affaires a été deux fois moins forte au cours du quatrième trimestre que pendant le deuxième trimestre 2020 et son confinement. La baisse d'activité des entreprises touristiques (hébergement, restauration et transport) tout au long de l'année 2020 (- 40 % de chiffre d'affaires) a contribué à l'essentiel de la contraction globale (9 points).

FIG 1. Évolution du chiffre d’affaires
1260 graphe1.svg
Sources : DICP, ISPF

Si, sur un plan global, la contraction s'amortit en ce début d'année 2021]{dir="ltr"}[^1][, l'économie polynésienne reste en récession à la fin du premier trimestre 2021 pour le quatrième trimestre consécutif. Le chiffre d'affaires des entreprises polynésiennes se contracte de 8 % sur un an, avec les entreprises du tourisme qui y contribuent pour 4,5 points.

L'activité des autres secteurs de l'économie s'essouffle aussi au regard du regain observé au cours du quatrième trimestre. Alors que la contraction du chiffre d'affaires des entreprises, hors tourisme, sur un an était de moins en moins importante chaque trimestre (de - 9 % au deuxième trimestre à - 2 % au quatrième trimestre 2020), elle se creuse de nouveau ce trimestre à - 4 %. Cette baisse s'explique principalement par le ralentissement de l'activité commerciale (- 4 %), traduisant les contraintes sur les revenus des ménages et leur niveau de consommation, ainsi que sur la construction (- 8 % sur un an). Ce secteur, peu touché par la crise en 2020 grâce à une activité portée par la dynamique des années précédentes, peine à retrouver cet élan en ce début d'année. La commande publique reste bien orientée début 2021, même si de nombreux projets privés sont en attente des évolutions économiques et sanitaires futures. Quelques secteurs semblent tout de même retrouver un certain essor en ce début d'année, comme celui de la perliculture qui a trouvé de nouveaux débouchés.

Les exportations de produits locaux restent toujours pénalisées par les transports, sauf les exportations de produits perliers qui s'envolent

Si, au premier trimestre 2021, les recettes des exportations de l'ensemble des produits locaux progressent de 45 % (+ 591 millions de F.CFP) sur un an, seule la progression des exportations de produits perliers porte l'intégralité de la croissance avec 56 points de contribution. La hausse des exportations de perles de culture brute vers Hong Kong et le Japon justifie ce résultat. Cette forte progression des exportations de perles brutes en valeur (+ 168 %) s'explique seulement par des volumes de perles exportés historiquement élevés (huit fois plus importants qu'il y a un an). Ces volumes ont été composés le plus souvent par des perles de moindre qualité comme en témoigne la baisse des prix à 145 F.CFP le gramme. Cette hausse importante du nombre de perles exportées s'explique par le rétablissement du droit spécifique sur les perles exportées (DSPE) en avril 2021 qui rend beaucoup plus difficile et coûteuse l'exportation de rebuts de qualité inférieure. Autre produit polynésien en reprise, après deux trimestres de baisse, les exportations de vanille dont les recettes à l'exportation s'élèvent de 11 % pour atteindre 155 millions de F.CFP. Ce résultat s'explique par des volumes en hausse de 47 % et par une baisse du prix au kilo de la vanille de 25 % à 45 000 F.CFP. Près de 72 % des volumes sont expédiés en France et 18 % aux États-Unis. La hausse des volumes exportés est tirée par la France qui a augmenté ses importations de vanille de 179 % (+ 1,6 tonne).

Déjà en recul au premier trimestre 2020 (- 36 %), les exportations des produits issus de la pêche diminuent de nouveau en valeur à 171 millions de F.CFP au premier trimestre 2021 (- 26 %). Elles sont pénalisées par la baisse d'exportations de thons entiers frais (blancs, à nageoires jaunes et obèses) qui contribue pour- 28 points au recul de la croissance. Les États-Unis, premier importateur de poissons, ont réduit ses volumes d'importations de 33 %. À l'inverse, les exportations de filets de poissons congelés (+ 6 points de contribution), exportés par bateau uniquement en France, progressent de 15 millions de F.CFP entraînant l'augmentation des volumes d'importations de poissons de la France (+ 150 %).

Les recettes des exportations de noni reculent de 7 % à 117 millions de F.CFP et celles de monoï de 14 % à 59 millions de F.CFP. Le repli des exportations est plus important pour la nacre (- 24 millions de F.CFP par rapport au premier trimestre 2020). En revanche, les recettes de coprah augmentent alors que les volumes diminuent fortement grâce à une hausse du prix moyen au kilo de 76 % à 118 F.CFP.

FIG. 2. Évolution du volume exporté de perles et du prix moyen au gramme - en cumul sur les douze derniers mois -
1260 graphe2.svg
Source : Service des Douanes, ISPF

Le tourisme international quasi à l'arrêt au premier trimestre

À la suite du renforcement des mesures sanitaires, de la raréfaction des destinations ouvertes et du maintien des motifs impérieux, uniquement 4 740 touristes ont visité la Polynésie française au cours du premier trimestre 2021 dont plus de 4 000 sont venus en janvier avant la fermeture des frontières. Les motifs des touristes qui ont pu se rendre sur le Territoire, les mois suivants, sont uniquement d'ordre professionnel ou familial. L'activité du transport aérien reste donc toujours fortement pénalisée, qu'elle soit domestique ou internationale. Le chiffre d'affaires du secteur a encore été divisé par deux sur le premier trimestre par rapport à 2020, et même par trois par rapport à 2019.

La fermeture des frontières a eu pour conséquence la fermeture temporaire de plusieurs hôtels dans différentes îles (Moorea, Taha'a, Huahine, etc.) mais surtout à Bora Bora avec huit hôtels fermés temporairement et moins de 10 % des chambres offertes par rapport à la normale. Les autres types d'hébergement comme les pensions de famille (plus de 300 établissements en Polynésie) ainsi que les locations saisonnières ont aussi été fortement impactés. Les ventes vers le marché domestique, bien qu'en hausse de 14 % depuis 2019, sont très largement insuffisantes pour compenser l'absence des touristes. Le volume des ventes de ce trimestre représente ainsi un tiers de celles du même trimestre en 2020 (25 % de celle de 2019) et le chiffre d'affaires suit la même tendance (- 66 % sur le premier trimestre, soit plus de 5 milliards de F.CFP de perdus).

FIG. 3. Evolution des visiteurs terrestres et croisiéristes - cumul sur les douzes derniers mois (Base 100, Trimestre 1 2017)
1260 graphe3.svg
Sources : ISPF

La crise touristique fragilise les emplois de ce secteur

Sur l'année 2020, le nombre de salariés diminue de 3,1 % (- 2 076 emplois) à 64 020 salariés et les effectifs équivalent temps plein (ETP) se contractent plus fortement avec 3 356 ETP de moins qu'en 2019 (- 5,9 %) traduisant une contraction beaucoup plus forte du nombre d'heures travaillées. Concomitamment à la structure des emplois dans le secteur de l'hébergement, qui est le plus touché par la crise et qui emploie une majorité de salariés gagnant moins de 200 000 F.CFP par mois, ce sont les postes des salariés gagnant entre 100 000 F.CFP et 300 000 F.CFP avant la crise qui ont été supprimés. Ces suppressions d'emplois contribuent pour 4 points à la contraction globale

Ces pertes d'emplois en 2020 restent tout de même mesurées au regard de la contraction de l'activité. Les différents dispositifs de soutien à l'emploi ont permis d'éviter davantage de suppressions d'emplois. Les pertes d'emplois auraient dû être deux fois plus importantes, au regard de la perte des heures travaillées de l'ordre de 6 %. On peut donc estimer à 1 800 emplois, le nombre d'emplois « fragiles » soutenus en partie par les aides publiques et la volonté de maintenir les appareils de productions.

En lien avec la contribution négative du tourisme à l'activité polynésienne, les emplois dans les secteurs de l'hébergement et la restauration sont fortement touchés (- 18 % et - 2,2 points de contribution à la contraction globale) avec 1 420 emplois de moins en 2020 par rapport à 2019. En plus de ces emplois perdus, ce sont près de 600 emplois « fragiles » qui auraient pu être supprimés au regard de la baisse des heures travaillées. Le secteur du transport aérien a perdu un peu moins de salariés (- 123), du fait d'une plus faible élasticité de l'offre, mais beaucoup d'emplois sont menacés (214 emplois fragiles). Au global, le maintien des aides de soutien à l'emploi du Pays et de l'État envers les secteurs les plus sinistrés a permis d'éviter les licenciements et de limiter les chocs sur les rémunérations et donc sur la consommation des ménages.

En 2020, seul le secteur de la construction est en hausse en termes de salariés (+ 6,8 % soit 330 emplois de plus qu'en 2019), grâce à la construction de bâtiments lancée avant la crise et à une demande des ménages qui est restée soutenue.

La consommation des ménages n'a pas retrouvé son niveau de 2019

[La masse salariale en 2020 se contracte de 4,5 %, soit 10 milliards de F.CFP de moins que l'année précédente. Ce repli est dû essentiellement à la baisse du nombre d'heures travaillées et aux pertes d'emplois. Ainsi, le temps de travail a baissé en moyenne de près de 3 % pour chaque salarié polynésien. Cette baisse atteint même 14 % pour les salariés de l'hébergement et restauration, 8 % dans le transport et 2 % pour les employés du commerce. Cette contraction du temps de travail se retrouve dans les salaires moyens (- 1,4 %) et donc dans la baisse de 10 milliards de F.CFP de la masse salariale versée par les employeurs. Même si des aides publiques ont pu compenser une partie de ces pertes et que l'épargne globale progresse, la situation financière s'est tendue pour une grande partie de la population, des salariés et entrepreneurs. Cette contraction du revenu des ménages se retrouve dans les difficultés pour les commerces à retrouver leur niveau d'activité d'avant crise. L'absence de reprise sur le marché du travail en ce début d'année semble accroître les difficultés des ménages, un an après le début de la crise sanitaire. En effet, le chiffre d'affaires des commerces d'alimentation (hypermarchés, supérettes, supermarchés, etc.) diminue, par exemple, de 8 % (- 1,4 milliard de F.CFP]{dir="ltr"}[^2][) sur les deux premiers mois de 2021 par rapport à la même période en 2020.

Les acteurs économiques semblent anticiper la poursuite de ces difficultés, avec, au premier trimestre 2021, des importations à destination des ménages]{dir="ltr"}[^3] [qui diminuent de 3 % en valeur. C'est la baisse des importations en valeur des industries agro-alimentaires qui contribue pour - 2 points à la baisse globale et celle des produits de l'industrie automobile qui explique cette situation. La baisse des importations tout comme celle du chiffre d'affaires des commerces d'alimentation peuvent non seulement être liées à la consommation des ménages mais aussi aux difficultés d'approvisionnement. Néanmoins, les trois premiers mois de l'année sont marqués par une hausse importante du nombre d'immatriculations de voiture (1 283 contre 911 en 2020 et 1 021 en 2019) qui peut être en lien avec la reprise progressive des importations de voitures au troisième et quatrième trimestre 2020 bien que ces importations restent en deçà de celles de 2019.

La lente dégradation de la situation globale des ménages se retrouve aussi dans la production de crédit aux particuliers qui se contracte (- 18,5 % au premier trimestre sur un an) pour le quatrième trimestre consécutif. Ce recul s'explique par celui des prêts à la consommation (- 21,1 %) et celui des crédits à l'habitat (- 12,4 %). Cependant, les ménages peuvent s'appuyer sur l'épargne qu'ils ont accumulée pour investir et consommer (+ 32,8 milliards de F.CFP entre mars et décembre 2020) dans un contexte de stabilité de prix (- 0,7 %).

Les investissements des entreprises marquent le pas

Au premier trimestre, la production de crédit aux sociétés non financières diminue de 33,2 % sur un an, pénalisée par la baisse des crédits d'équipements (- 62,8 % soit - 3,8 milliards de F.CFP sur un an) et des crédits immobiliers (- 30,4 %). La production de crédit aux entreprises individuelles se replie également (- 18,9 %) en raison de la contraction des crédits immobiliers et des crédits de trésorerie échéancée.

Cependant, en ce début d'année, les importations à destination des entreprises augmentent de 4 % en valeur et de 34 % en poids. Les importations de biens intermédiaires progressent de 8,2 % en valeur (+ 768 millions de F.CFP) et de 35 % en poids. La hausse du poids s'explique essentiellement par l'augmentation des importations de ciment (+ 122 %) traduisant un dynamisme du secteur du BTP. La valeur des importations de biens d'équipement baisse légèrement (- 1,4 %).

Le gouvernement présente son plan de relance

Le gouvernement a présenté début mars son plan de relance 2021-2023. Ce plan comporte deux axes principaux : soutenir l'économie et l'emploi, et renforcer les solidarités. Parmi les mesures, on trouve la valorisation d'un tourisme, d'une pêche et d'une aquaculture durables, une autonomie alimentaire sécurisée ou encore la transition énergétique. Un premier prêt de 28,6 milliards F.CFP garanti par l' État a été accordé par l'Agence Française de Développement (AFD), afin de financer les mesures d'urgence, les besoins de trésorerie du Régime Général des Salariés et engager les mesures de relance. Un nouveau prêt garanti par l'État est attendu puisque le plan de relance évalue un besoin de financement de 59 milliards de F.CFP entre 2021 et 2023.

FIG. 4. Industrie
1260 graphe14.svg
Source : Banque Mondiale

FIG. 5. Taux de change
1260 graphe15.svg
Source : Banque de Polynésie

FIG. 6. Indice boursiers
1260 graphe13.svg
Source : Les Echos - Investir

TABLE 1. Tableau de bord
1260 tab1.svg
Source : Eurostat, Instituts statistiques nationaux, Banques centrales, Missions économiques, OCDE, Tradingeconomics

[^1]: [Données provisoires, susceptibles d'être modifiées]{dir="ltr"}

[^2]: [Les données de chiffre d'affaires des deux premiers mois de 2021 sont provisoires. Les entreprises n'ayant pas encore soumis leur chiffre d'affaires en janvier et février 2021 n'ont pas été comptabilisées.]{dir="ltr"}

[^3]: [Comprend les produits agricoles, sylvicoles et piscicoles, les produits des industries agricoles et alimentaires, les biens de consommations et les produits de l'industrie automobile]{dir="ltr"}