Te Avei'a – T1 2024 - Les moteurs de croissance s’essoufflent, mais l’emploi reste bien orienté
Au premier trimestre 2024, la croissance de l’activité économique de la Polynésie française ralentit. Bien que la fréquentation touristique globale demeure très élevée, c’est la demande intérieure qui génère la totalité de la croissance du trimestre. L’emploi salarié reste bien orienté : il progresse toujours, soutenant ainsi la consommation des ménages, mais sa dynamique ralentit. Le chiffre d’affaires global des entreprises atteint un palier : il rebondit dans la construction et le génie-civil avant les Jeux Olympiques mais se contracte dans le commerce et le tourisme.
La hausse du chiffre d’affaires des entreprises polynésiennes s’essouffle en ce début de l’année 2024
Au premier trimestre 2024, la croissance du chiffre d’affaires des entreprises polynésiennes (mesuré hors banques et assurances) progresse de 0,7 % sur un an. Alors que le niveau de fréquentation touristique n’a jamais été aussi élevé sur un premier trimestre (56 000 touristes, + 1,6 % sur un an) et que le nombre de croisiéristes retrouve son niveau de 2019, le chiffre d’affaires des entre prises caractéristiques du tourisme se contracte de 2 % avec une baisse de 3 % en glissement annuel dans le transport aérien et l’hôtellerie. Ce décrochage s’explique par le recul de 12 % du nombre de touristes terrestres marchands qui sont tout de même 14 % plus nombreux qu’au premier trimestre 2019.
FIG. 1. Évolution trimestrielle en glissement annuel du chiffre d’affaires en Polynésie française
Source : DICP, ISPF
Cette baisse d’activité dans les entreprises touristiques contribue ainsi pour - 0,3 point au résultat trimestriel, alors que la progression de 1,2 %, du chiffre d’affaires des entreprises non touristiques y contribue pour 1 point.
La demande interne explique donc la croissance du chiffre d’affaires au premier trimestre 2024 en glissement annuel, mais cette dernière est contrastée selon les secteurs. La bonne tenue du chiffre d’affaires au global s’explique essentiellement par les résultats dans la construction (+ 20 % par rapport au même trimestre 2023), dans les industries manufacturières (+ 5 %) et dans le secteur de la production et distribution d'électricité, de gaz, de vapeur et d'air conditionné (+ 7 %). Les travaux engagés dans le cadre des Jeux olympiques peuvent en partie expliquer la croissance du chiffre d’affaires dans le génie civil (+ 25 %) et les travaux de construction spécialisés (+ 20 %) qui portent l’essentiel de la croissance dans la construction.
Le chiffre d’affaires dans le commerce recule de 1 % par rapport au premier trimestre 2023, mais reste à l’origine de plus de 50 % du chiffre d’affaires des entreprises polynésiennes. Dans le détail, le chiffre d’affaires dans le commerce de gros diminue de 3 % sur un an, alors qu’il progresse de 1 % dans le commerce de détail et reste stable dans le secteur automobile. Ce résultat traduit une consommation des ménages qui reste élevée au premier trimestre 2024, mais qui ne contribue plus à la croissance de l’économie sur cette même période.
La baisse du chiffre d’affaires global dans le commerce contribue pour - 0,5 point au résultat du trimestre, tout comme celle dans le secteur de l’entreposage (- 11 % sur un an) qui s’explique par la baisse des importations totales en valeur (- 7 %) comme en volume (- 15 %) ce trimestre en glissement annuel.
Même si elle n’augmente plus, la consommation des ménages a profité d’une inflation qui reflue (+ 1 % en moyenne trimestrielle sur un an) et d’un marché du travail en progression par rapport au premier trimestre 2023 (+ 3,2 % d’emplois salariés) mais stable depuis le début de l’année 2024.
Le ralentissement de l’inflation concerne la quasi-totalité des biens et services consommés en Polynésie française, mais le quotidien des ménages est fortement impacté par la faible hausse des prix dans l’alimentaire (+ 1,7 % par rapport au premier trimestre 2023) et la baisse des prix dans les carburants sur un an.
Le rythme d’inflation en moyenne annuelle recule à + 2,1 % fin mars 2024
Entre mars 2023 et mars 2024, l’indice des prix à la consommation a progressé de 1,5 % mais les évolutions sont contrastées selon les différents postes de consommation. Les prix des carburants sont ainsi 10,2 % moins élevés qu’en mars 2023, ceux des transports baissent de 1,4 %, tandis que ceux de l’alimentaire et des services augmentent respectivement de 1,7 % et 2,9 %.
Ce ralentissement s’observe aussi sur le prix unitaire des importations des biens de consommation qui se contracte de 7 % entre les premiers trimestres 2023 et 2024, et sur les prix des produits énergétiques qui diminuent de 14 %. Si les prix des produits agricoles progressent de 9 %, ceux des industries agricoles et alimentaires importés reculent de 1 % sur un an.
La baisse des effectifs terrestres marchands se confirme
Alors que la fréquentation touristique a atteint des records sur l’ensemble de l’année 2023, les niveaux de fréquentation sur les trois premiers mois de 2024 sont encore plus élevés (+ 1,6 % par rapport au premier trimestre 2023) avec 56 000 touristes accueillis. Le retour des croisiéristes se confirme (+ 70 % sur un an) et leur permet de retrouver le niveau de fréquentation de 2019 et de dynamiser la croissance puisque le nombre de touristes en hébergement terrestre payant se contracte de 13 % sur la même période. Cette baisse se retrouve dans les ventes de l’hôtellerie internationale (- 9 %) pénalisées par le recul des ventes vers le marché nord américain qui contribue pour - 12 points aux résultats des hôtels au premier trimestre 2024.
Les flux originaires d’Amérique du Nord privilégiant les hébergements terrestres payants sont 30 % moins nombreux qu’au premier trimestre 2023 (mais 20 % plus élevés que sur la même période 2019) et représentent 54 % de ce type de touristes accueillis au cours des trois premiers mois de 2024. Deuxième contingent touristique en hébergement terrestre marchand avec 24 % des effectifs, le marché hexagonal progresse de 10 % sur un an. La clientèle européenne est dynamique (+ 29 %) et dépasse son niveau de 2019 tout comme celle du Pacifique (+ 4 %). La clientèle asiatique retrouve les deux tiers de ses effectifs de 2019.
FIG. 2. Nombre de touristes par type d’hébergement au premier trimestre
Source : ISPF
Le prix de la perle continue de se redresser mais les exportations locales reculent
Au premier trimestre 2024, la recette des exportations des produits locaux s’élève à 2,9 milliards de F.CFP, soit 15 % de moins qu’au premier trimestre 2023 et 70 % de moins que le trimestre précédent du fait de la baisse des exportations de perles de culture brutes.
Ainsi, les exportations de perles de culture brutes sont inférieures de 30 % en valeur et de 43 % en volume par rapport au premier trimestre 2023. Ce recul s’inscrit après les hausses exceptionnelles observées aux troisième et quatrième trimestres 2023 (12,5 milliards de F.CFP en cumul). De son côté, le prix au gramme de perles de culture brutes progresse de 22 %, pour s’établir à 1 006 F.CFP.
À l’inverse, les exportations des autres produits locaux se redressent en valeur comme volume avec des prix unitaires légère ment en retrait. Les exportations de poissons (+ 20 % en valeur et + 26 % en volume) établissent leur meilleur résultat sur un premier trimestre depuis dix ans. Les poissons sont essentiellement expédiés vers les États-Unis qui achètent principalement du thon frais ou réfrigéré. Les exportations de vanille augmentent de 44 % en va leur et de 49 % en volume. Son prix au kilogramme s’élève à 55 300 F.CFP, soit une baisse de 4 % par rapport au premier trimestre 2023. La valeur des exportations de noni progresse de 3,6 % en valeur et de 7 % en volume, soit une légère contraction de son prix unitaire.
La dynamique du marché du travail ralentit sur le premier trimestre 2024
Le marché du travail reste bien orienté au cours du premier tri mestre 2024. La moyenne trimestrielle des effectifs salariés augmente de 3,2 % sur un an et celle des effectifs en équivalent temps plein (ETP) de 3,8 % sur un an, pour totaliser 72 730 salariés et 63 500 ETP en moyenne ce premier trimestre 2024, soit 7 660 salariés et 7 770 ETP de plus qu’au premier trimestre 2019. Cette hausse des emplois salariés qui est continue depuis trois ans s’atténue, comme en témoigne l’indice de l’emploi salarié marchand qui ralentit à + 2,5 % entre mars 2023 et mars 2024 contre 3,6 % et 4,5 % en septembre et décembre 2023.
Si les employeurs de l’hébergement-restauration continuent d’embaucher (+ 1,9 % en indice CVS entre mars 2023 et mars 2024), la hausse repose sur la restauration car les effectifs en hôtellerie n’ont quasiment pas augmenté par rapport au premier tri mestre 2023 avec la baisse de la clientèle dans les hôtels inter nationaux. Dans le secteur de la construction, le recul de l’indice CVS entamé en février s’accélère en mars (- 2,4 % après - 0,3 %). La totalité de la baisse est localisée dans la construction de bâti ment qui perd 80 salariés au premier trimestre 2024 par rapport à l’année précédente. À l’inverse, dynamisés par les travaux engagés dans le cadre des Jeux olympiques, les effectifs dans le gé nie civil augmentent avec 60 salariés supplémentaires. Les emplois dans le commerce (+ 3,4 %) sont ceux qui résistent le plus au ralentissement. Par rapport au premier trimestre 2023, ce secteur enregistre 400 salariés de plus, dont les trois quarts dans le commerce de détail. Au global, avec les hausses conjuguées du nombre d’heures travaillées (+ 3,8 % en moyenne annuelle) et du salaire moyen (+ 2,8 %) par rapport au premier trimestre 2023, la masse salariale distribuée continue de progresser (+ 6,7 %) pour atteindre quasiment 67 milliards de F.CFP au premier trimestre 2024.
FIG. 3. Évolution de l’emploi marchand CVS
Source : ISPF
La consommation des ménages reste soutenue en volume, mais ne croît plus
À l’image du volume des importations de produits alimentaires (- 2 %) et de biens de consommation (- 4 %) qui reculent en glisse ment annuel par rapport au premier trimestre 2023, la croissance de la consommation des ménages en biens connaît un net ralentissement en ce début d’année 2024. Malgré tout, les volumes importés sont au niveau de 2022 pour ces deux biens pour un premier trimestre. Les possibles modifications dans les comportements de consommation, comme les arbitrages entre biens et services, peuvent contribuer à ce résultat. Ainsi, les importations de carburants augmentent de 1 % en volume dans le sillage de la baisse des prix à la pompe sur un an (155 F.CFP le litre d’essence depuis août 2023, contre 171 F.CFP en mars 2023). Les importations de voitures semblent également subir les arbitrages des consommateurs, contraints de faire des choix de court terme, avec des importations en recul sur le premier trimestre 2024, en valeur comme en volume. Au global, les importations à l’attention des ménages (hors énergie) diminuent de 3 % en volume et de 5 % en valeur en glissement annuel sur le premier trimestre 2024.
Les crédits à l’habitat sont en forte baisse, tout comme les volumes importés des intrants de la construction
Avec un coût moyen du crédit qui a progressé de 75 % sur un an pour les particuliers (3,72 % contre 2,12 %), le montant des crédits à l’habitat des ménages est en retrait de 40 % par rapport au premier trimestre 2023 pour s’établir à 6,3 milliards de F.CFP, soit le montant le plus faible enregistré sur un trimestre depuis quasiment huit ans. Pour les entreprises, le montant des crédits immobiliers et à l’équipement se contractent respectivement de 30 % et 40 % par rapport au premier trimestre 2023.
Malgré ce recul, les importations en biens d’équipement continuent d’augmenter en valeur (+ 9 %) et en volume (+ 10 %) en glissement sur un an, portées par la hausse de 60 % des crédits à l’équipement octroyés l’année précédente (58,5 milliards de F.CFP en 2023, contre 34 milliards de F.CFP en 2022). À l’inverse, les importations de biens intermédiaires sont en retrait de 19 % en valeur et de 38 % en volume, pour respectivement se situer 13 % et 22 % en dessous du premier trimestre 2023 en moyenne annuelle. Les intrants du BTP se contractent en glissement annuel de 20 % en valeur et de 40 % en volume avec la baisse de ses principaux composants (ciment, bois, fer, etc.).
Au global, la valeur des importations à destination des entre prises est en retrait de 7 % par rapport au premier trimestre 2023, mais reste encore bien orientée en moyenne annuelle (+ 5 %). Les volumes sont inférieurs de 35 % sur un an et de 19 % en moyenne annuelle. La baisse des importations pourrait s’amplifier au regard de la hausse de 70 % du taux moyen des crédits aux entreprises (4,34 % contre 2,56 % il y a un an), de la dégradation de l’indice du climat des affaires et du solde négatif pour le second trimestre consécutif à des prévisions d’investissement à un an des entre prises du BTP.
FIG. 4. Industrie
Source : Banque Mondiale
FIG. 5. Taux de change
Source : Banque de Polynésie
FIG. 6. Indice boursiers
Source : Les Echos Investir
TABLE 1. Tableau de bord
Source : ISPF