Te Avei'a - T2 2020 - La crise sanitaire perturbe l'activité économique
Les mesures prises pour lutter contre la pandémie de Covid-19 sur le territoire ont perturbé le tissu économique local. Plusieurs pans entiers de l'économie se retrouvent rapidement en difficulté (tourisme, pêche, perle, etc.), pesant par la même occasion sur l'emploi. Pour y faire face, le gouvernement a mis en place plusieurs aides à destination des entreprises et des ménages.
Le déconfinement a permis un rebond d'une partie de l'activité économique en juin
L'analyse du chiffre d'affaires des entreprises polynésiennes au cours du deuxième trimestre montre la rudesse du choc économique liée à la situation sanitaire. Sur le seul mois d'avril, le chiffre d'affaires global (hors banque et assurance) recule de 25 %. Ce choc d'offre touche principalement les activités touristiques (hébergement, restauration et transport) qui contribuent pour 9 points à cette contraction. Le secteur du commerce est pénalisé par l'arrêt des commerces automobiles, la baisse du prix et des ventes de produits pétroliers, et par une légère contraction des commerces alimentaires.
Malgré ce choc, depuis le début du déconfinement fin avril, l'activité des entreprises hors tourisme se redresse. Ainsi, l'économie polynésienne (hors secteur touristique, banque et assurance) aurait fonctionné en mai à près de 90 % de son niveau de mai 2019. Le chiffre d'affaires global est même supérieur en juin 2020 par rapport à juin 2019.
Fig. 1. Évolution du chiffre d’affaires des entreprises sur un an
Source : DICP - Estimations ISPF
En juin, la reprise d'activité des entreprises hors tourisme concerne essentiellement la construction (+ 25 %), le commerce (+ 3 %) et l'ensemble des activités de service à destination des ménages et des entreprises. Ce rebond relativement important a permis aux entreprises polynésiennes (hors tourisme) de combler un dixième des pertes d'avril et mai 2020.
Sur le deuxième trimestre, le chiffre d'affaires (hors tourisme, banque et assurance) baisse de 11 % (- 20 milliards de F.CFP), alors que celui des entreprises « touristiques » est divisé par deux (- 26 milliards de F.CFP). Le chiffre d'affaires global s'est donc contracté de 20 % sur ce trimestre. Sur le premier semestre, la perte est de 9 % (- 39 milliards de F.CFP) dont 7 points pour les seules activités touristiques. Les entreprises exportatrices de produits locaux sont elles aussi fortement impactées par l'arrêt du transport aérien vers l'Asie ou les États-Unis.
Les entreprises de transport et d'hébergement en grande difficulté
Le secteur touristique a pâti de l'absence des touristes sur le deuxième trimestre 2020 suite à la fermeture des frontières le 19 mars. Seuls deux hôtels ont ouvert au moins une nuit en avril, sept en mai et quatorze au mois de juin. Les chambres offertes entre avril et juin 2020 atteignent seulement 6 % du nombre réalisé en 2019. Moins de 2 200 nuitées ont été vendues, soit 1 % de celles du deuxième trimestre 2019. La perte du chiffre d'affaires des hébergements touristiques polynésiens est estimée à 11,5 milliards de F.CFP pour le deuxième trimestre (- 87 %). Ce secteur qui représente 6 % du chiffre d'affaires global et qui emploie plus de 5 000 salariés, contribue pour 5 points à la baisse du chiffre d'affaires global de l'économie ce trimestre. Dans ce contexte, deux hôtels ferment définitivement leur porte dès la fin du mois de mai (l'Intercontinental de Moorea et le Méridien de Bora Bora) entraînant le départ de 340 salariés au total. Les entreprises de transport sont elles aussi fortement pénalisées avec une contraction de près de 90 % de leur chiffre d'affaires au deuxième trimestre.
Les exportations des principaux produits locaux souffrent de l'absence de transport aérien
Les recettes à l'exportation en produits locaux diminuent à 500 millions de F.CFP sur ce trimestre contre 2 milliards de F.CFP en 2019 (- 72 %). Les exportations de produits perliers, presque totalement à l'arrêt, contribuent pour 42 points à la baisse et celles des produits de la pêche pour 20 points. Les recettes à l'exportation en perles de culture brutes sont de 2 millions de F.CFP ce trimestre contre 788 millions de F.CFP il y a un an. L'absence de transport aérien explique ce résultat. Si l'ouverture des lignes aériennes au cours du deuxième semestre doit améliorer la situation conjoncturelle, la suspension des permis de travail des greffeurs chinois au début de la pandémie pourrait aussi peser sur les volumes de production de perles en 2021.
Avec des accès encore possibles sur les marchés européen et américain, les produits issus de la pêche continuent de se vendre pour 99 millions de F.CFP au deuxième trimestre, soit une baisse de 80 % des recettes. Le montant exporté des produits de la pêche est inférieur aux recettes d'huile de coprah (+ 2 %) et identique à celles des exportations de noni (- 34 % sur le trimestre). Fait notable, les recettes de la vanille progressent de 26 %. Ces produits s'en sortent mieux sur le trimestre car ils s'exportent par voie maritime.
Fig. 2. Évolution des exportations des produits issus de la pêche (cumul sur les 12 derniers mois en millions de F.CFP)
Source : Service des Douanes - ISPF
Un soutien massif à l'économie
Face à cette situation, des mesures de soutien massives aux entreprises et aux ménages ont été prises en Polynésie comme dans la plupart des pays. Après les mesures d'urgence mises en œuvre pendant le confinement visant à préserver autant que possible le tissu productif et les revenus des ménages, le gouvernement s'est attelé à trouver des ressources pour pouvoir maintenir une grande partie de ces aides sur une période plus longue. En parallèle, se pose la question du financement nécessaire au plan de relance et de soutien à l'économie. Un prêt de l'État de 28,6 milliards de F.CFP a été mis en œuvre pour absorber ce choc économique sans précédent, avec notamment le financement des mesures d'aides et la prise en charge du déficit de la Caisse de Prévoyance Sociale (CPS).
Fin juin, les dépenses engagées par le Pays pour répondre à la crise sanitaire s'élèvent à 11,9 milliards de F.CFP : 2,7 milliards de F.CFP en dépenses de santé publique, 3,1 milliards de F.CFP pour la sauvegarde des emplois salariés, 4,7 milliards de F.CFP pour l'accompagnement des entreprises et 1,4 milliard de F.CFP pour les dispositions sociales.
L'emploi salarié marchand impacté par le mois de confinement
En avril, mois du confinement en Polynésie française, l'indice de l'emploi salarié marchand est en repli dans tous les secteurs. L'hôtellerie-restauration, avec une baisse de 21 %, est le secteur le plus touché et le plus dépendant du tourisme. En juin, l'indice s'améliore par rapport à mai, notamment dans l'hôtellerie-restauration et les services. Sur les douze derniers mois, l'indice de l'emploi salarié baisse de 4,8 %, soit une perte de 1 500 emplois, dont les trois quarts se retrouvent dans les entreprises « touristiques » et plus précisément dans l'hôtellerie-restauration.
Table 1. Évolution de l’indice de l’emploi salarié du secteur marchand (variation mensuelle)
Source : CPS - ISPF
Si la baisse de l'emploi au deuxième trimestre est deux fois moins importante que celle de l'activité économique, cela tient pour beaucoup aux mesures mises en place pour préserver l'emploi (baisse de salaires, temps partiels, soutien aux entreprises et aux salariés) et aux attentes des chefs d'entreprises sur le deuxième semestre 2020.
Pour illustrer ce décalage, on peut citer l'exemple du transport aérien. Son chiffre d'affaires s'est contracté de 88 % avec des effectifs salariés en recul de seulement 2 %. Ce secteur a bénéficié sur son volet international d'une aide de 2 milliards de F.CFP dès le début de la crise, qui lui permet de conserver ses effectifs. Cela n'étant pas suffisant, le temps de travail a été diminué de plus de 30 % en moyenne au mois de juin dans ce secteur.
Les heures travaillées en Polynésie française ont baissé de 10 % en juin par rapport à 2019, soit l'équivalent de 4 500 emplois équivalent temps plein.
Pour l'instant, le nombre d'emplois salariés résiste à la crise au prix de nombreuses réorganisations. L'intérim a essuyé les plus lourdes pertes au début du confinement avec plus de 56 % d'emplois perdus, mais rebondit en juin à 90 % du total des effectifs de février.
Une consommation des ménages en recul
Entre mars et mai 2020, les encours de crédits des ménages baissent de 1,3 milliard de F.CFP, illustrant le choc sur la consommation de la période de confinement. Les crédits d'habitat sont également en baisse de 350 millions de F.CFP. À l'inverse, les dépôts à vue et les dépôts rémunérés des ménages progressent sur les trois mois (+ 10,3 milliards de F.CFP et + 1,3 milliard de F.CFP respectivement) traduisant un surplus d'épargne des ménages polynésiens pendant la période de confinement. Ces revenus épargnés pendant le mois d'avril vont en partie permettre le rebond du secteur du commerce au mois de juin (+ 3 %).
Cette baisse de consommation importante des ménages sur le trimestre impacte les importations à destination des ménages qui diminuent de 12 %, soit 2,7 milliards de F.CFP de moins qu'en 2019. La baisse globale s'explique par le recul des importations de biens de consommation qui contribuent pour 8 points à la décroissance et parcelui des importations des produits de l'industrie automobile (- 5 points).
Au deuxième trimestre, l'indice des prix à la consommation est stable (+ 0,08 %) par rapport à la même période en 2019. Le prix de vente à la pompe de l'essence et du gasoil a diminué à deux reprises (1er mai et 1er juin) avec la baisse du prix mondial (- 53 %) des produits pétroliers. Les pays producteurs de pétrole confronté à la baisse de la demande et des prix n'ont pas réussi à s'entendre pour baisser la production globale.
Des perspectives de court terme différentes selon les secteurs
Le deuxième trimestre 2020 a donc été catastrophique et ce, malgré le rebond en partie mécanique de juin, où l'épargne des ménages constituée lors du confinement est utilisée pour rattraper la consommation dans certains secteurs. C'est le cas de beaucoup d'économies dans le monde : les contraintes sanitaires continuent de peser sur l'offre (distanciation, réduction des rassemblements etc.), tandis que la demande risque d'être anémiée par les incertitudes sanitaires et économiques qui persistent. Avec la réouverture des frontières et du ciel, l'offre touristique tente de renouer avec ses niveaux d'avant crise : la réouverture du parc hôtelier est progressive mais le transport aérien est toujours dépendant des mesures sanitaires de chaque pays. Les déplacements seront limités pour les pays traditionnellement clients de nos hôtels jusqu'à la fin 2020. Certaines restrictions sanitaires peuvent avoir des impacts importants et durables dans certains secteurs comme le transport aérien de voyageurs, dans l'évènementiel et les loisirs, la restauration, etc.
FIG 3. Industrie
Source : Banque Mondiale
FIG 4. Taux de change
Source : Banque de Polynésie
FIG 5. Indice boursier
Source : Les Echos - Investir
TABLE 2. Tableau de bord
Source : Eurostat, Instituts statistiques nationaux, Banques centrales, Missions économiques, OCDE, Tradingeconomics