Te Avei'a - T2 2021 - Un rebond important de l’économie non « touristique »
L’activité économique du Pays repart à la hausse comparée au deuxième trimestre 2020 qui incluait le mois de confinement. Ainsi, plusieurs secteurs retrouvent ou dépassent des niveaux d’avant-crise comme le commerce, la construction ou encore l’industrie alimentaire grâce à une bonne tenue de la consommation des ménages. Même si les chiffres du tourisme sont meilleurs qu’en 2020, le secteur reste fragile en termes d’activité et d’emploi. Les exportations repartent à la hausse, notamment celles de perles et de poissons.
L'activité économique reprend des couleurs
Pour la première fois depuis le début de la crise, le chiffre d'affaires des entreprises se renforce sur un an au deuxième trimestre 2021. Ainsi, au global, le chiffre d'affaires déclarés des entreprises[^1] progresse de 15 % par rapport à la même période de 2020 et s'établit à 165 milliards de F.CFP. Hors activités touristiques, le chiffre d'affaires des entreprises est même 3 % supérieur à celui observé sur le même trimestre 2019.
Le chiffre d'affaires du commerce (hors produit pétrolier) est 13 % plus élevé qu'il y a un an et il est même supérieur à celui de 2019. Cette forte hausse, portée par le commerce automobile (+ 40 % sur un an et + 5 % sur deux ans) mais aussi par les autres commerces, traduit une progression significative de la consommation des ménages et de leur perception future. La progression du chiffre d'affaires dans le commerce contribue ainsi pour 7 points à la croissance totale. Les industries alimentaires, ainsi que la construction, participent à ce rebond de l'activité tout comme les commerces de gros en lien avec ces activités.
Si au mois d'avril 2021, la Polynésie française était encore « fermée » à\ l'international, une réouverture progressive vers les États-Unis va s'opérer au mois de mai 2021 et s'étendre à destination de l'Europe au mois de juin. Ces arrivées touristiques (3 400 touristes en mai et plus de 8 000 en juin) vont permettre aux entreprises caractéristiques du tourisme, comme l'hébergement et le transport, de retrouver une partie de leur volume d'activité. Ainsi, le chiffre d'affaires lié au tourisme fait plus que doubler par rapport à la même période de 2020 où le territoire était fermé au reste du monde. La hausse du chiffre d'affaires dans les entreprises touristiques a ainsi contribué pour 5 points à la croissance trimestrielle. L'année 2020 était particulièrement en deçà de son niveau habituel (- 80 %) en raison de la fermeture des frontières aux touristes internationaux durant tout le deuxième trimestre. Hors activités touristiques, la croissance est de 11 %. Cette hausse s'explique également par le mois de confinement en avril 2020 qui avait mis à l'arrêt une grande partie de l'économie.
FIG. 1. Évolution du chiffre d’affaires T / T n-1
Source : DICP, ISPF
Les exportations des principaux produits locaux repartent à la hausse
Au deuxième trimestre 2021, la valeur des exportations de biens locaux est multipliée par 4 sur un an et dépasse même celle de 2019 (+°18°%). Premier produit à l'exportation, les perles avaient été divisées par deux en valeur au cours de l'année 2020, et même été presque nulles au cours du deuxième trimestre 2020. Depuis, les exportations de perles retrouvent chaque trimestre un niveau supérieur pour représenter autour de 440 millions F.CFP en moyenne mensuelle ce trimestre, soit le meilleur résultat, en valeur, depuis 2015. Cette forte progression des exportations en valeur s'est accompagnée d'une hausse encore plus importante des volumes, et d'une baisse significative du prix au gramme (315 F.CFP contre 500 F.CFP en moyenne depuis 10 ans). Profitant de la réouverture du ciel aérien et d'un accès plus facile au marché nord américain (93 % des ventes) ce trimestre, les recettes des exportations des produits issus de la pêche retrouvent leur niveau d'avant-crise (en moyenne 410 millions de F.CFP sur un deuxième trimestre entre 2016 et 2019) avec des recettes qui s'élèvent à 432 millions de F.CFP. Ces exportations sont essentiellement composées de thons à nageoires jaunes et de thons obèses frais qui représentent 79 % des recettes.
En revanche, les exportations de vanille progressent en volume mais avec des prix en baisse. Cette baisse des prix qui est mondiale (baisse de la demande et hausse de la production et des stocks) touche la vanille polynésienne (- 33 % entre le deuxième trimestre 2020 et 2021, soit -- 20 800 F.CFP). Les recettes de noni et coprah, en hausse, sont désormais supérieures à celles de la vanille (142 millions de F.CFP et 136 millions de F.CFP respectivement).
FIG. 2. Évolution des recettes à l’export des perles, des poissons et de la vanille - en cumul sur les douze derniers mois
Source : Service des Douanes, ISPF
Réouverture du ciel à la fin du deuxième trimestre
Alors qu'au deuxième trimestre 2020, les touristes ne pouvaient pas venir en Polynésie française, le ciel aérien et les mesures de restriction des voyages se sont allégées au cours de ce trimestre. A partir du mois de mai, les Américains vaccinés sont autorisés à venir sur le territoire, puis en juin, des métropolitains et autres clients européens. Ainsi, entre mai et juin, 8 200 touristes d'Amérique du Nord ont visité la Polynésie française et 3 300 métropolitains, dont 2 800 sur le seul mois de juin qui voit la levée des motifs impérieux pour les personnes vaccinées. Avec uniquement des lignes aériennes ouvertes vers les États-Unis et la France, ces deux marchés représentent 96 % des touristes venus en Polynésie française au deuxième trimestre 2021. Globalement, le nombre de touristes au premier semestre 2021 est en baisse de 54 % par rapport au premier semestre 2020.
Le retour des touristes en Polynésie s'est accéléré chaque semaine depuis la réouverture (2 600 touristes sur la dernière semaine de juin), ce qui représente, pour les seuls marchés américain et français, 70 % de leur fréquentation de juin 2019, démontrant une attractivité toujours intacte de la destination. Cependant, la dynamique des effectifs touristiques pour le reste de l'année dépend de l'avancée de l'épidémie du variant Delta qui touche de façon fulgurante la Polynésie française depuis fin juillet.
FIG. 3. Évolution du nombre de touristes - cumul sur les douzes derniers mois
Source : ISPF
Les effectifs salariés restent stables depuis le début de l'année
Sur le premier semestre, le nombre d'emplois salariés déclarés à la CPS[^2] progresse de 1,5 % soit 1 850 salariés de plus que sur la même période en 2020. Si au moment du confinement, en avril 2020, 12 % des emplois salariés ont été supprimés, près de ¾ de ces salariés (souvent avec un temps de travail réduit) vont retrouver leur emploi dès le mois de juin 2020. Depuis, le marché du travail se redresse péniblement, pénalisé par une fréquentation touristique qui n'a pas encore retrouvé ses niveaux d'avant-crise pour permettre aux employeurs de reconstituer leurs effectifs salariés. Ainsi, près de la moitié des salariés du tourisme qui ont perdu leur emploi en 2020 n'ont pas été repris au moment de la réouverture de 2020 et ne retravaillent toujours pas à la fin du premier semestre 2021. Les pertes d'emploi auraient été encore plus importantes si le Pays n'avait pas renouvelé les dispositifs de soutien à l'emploi dans les secteurs impactés. Cependant, ces dispositifs d'aide à l'emploi (Diese et Deseti) sont programmés pour s'arrêter au cours du quatrième trimestre interrogeant sur la nécessité d'un retour rapide des effectifs touristiques pour solvabiliser les emplois encore fragiles dans le secteur touristique.
En juin, l'indice de l'emploi salarié du secteur marchand progresse de 4 % sur les douze derniers mois. Il augmente le plus fortement dans la construction (+ 7 %) et le commerce (+ 5 %).
La consommation des ménages se maintient dans un contexte de stabilité des prix
La masse salariale, au premier semestre 2021, est stable par rapport au premier semestre 2020 (+ 0,1 % soit + 64 millions de F.CFP). De plus, l'épargne nette accumulée depuis le début de la crise (37,2 milliards de F.CFP depuis mars 2020) et les aides publiques ont également participées à la bonne tenue de la consommation des ménages dans un contexte de stabilité des prix*.* La consommation des ménages se maintient comme en témoigne la hausse du chiffre d'affaires des activités du commerce sur le deuxième trimestre qui retrouve un niveau similaire à celui de 2019. Le commerce et la réparation d'automobiles et de motocycles connaît, notamment, une hausse de 40 % de son chiffre d'affaires au deuxième trimestre par rapport à la même période en 2020 (+ 2,5 milliards de F.CFP). Cette hausse coïncide avec celle des immatriculations de voitures (+ 49 % sur les quatre premiers mois de l'année). Le chiffre d'affaires du commerce de détail, hors automobiles, augmente de 8 % (+ 2,5 milliards de F.CFP). La bonne tenue de la consommation des ménages s'illustre également dans la hausse de chiffre d'affaires de la fabrication de boissons et des industries alimentaires. L'investissement des ménages se maintient également avec une hausse de l'encours des crédits à l'habitat (+ 4,3 milliards de F.CFP entre décembre 2020 et juin 2021). À l'inverse, l'encours des crédits à la consommation diminue (- 1,5 milliard de F.CFP) mais leur production se reprend au deuxième trimestre.
Ainsi, au deuxième trimestre, les importations à destination des ménages[^3] progressent de 18 % en valeur, soit 3,6 milliards de F.CFP de plus qu'au deuxième trimestre 2020. La hausse des importations de biens de consommation contribue pour 10 points à la hausse et celle des produits de l'industrie automobile pour 9 points. Ce sont les importations d'articles d'habillement, des produits pharmaceutiques et des articles de sport, jeux et produits divers qui contribuent le plus à la hausse des importations de biens de consommation. La croissance des importations des produits de l'industrie automobile (+ 64 %) est tirée par celle des importations de voitures de tourisme (+ 1,5 milliard de F.CFP).
Les investissements privés et publics progressent
Les importations à destination des entreprises (hors importations d'avions) augmentent au deuxième trimestre, elles sont en hausse de 46 % par rapport au deuxième trimestre 2020 (+ 7,4 milliards de F.CFP) et sont même supérieures à celles de 2019 (+ 30 %). Les importations de biens d'équipement augmentent de 70 % et contribuent pour 30 points à la croissance globale sur un an. Cette hausse est, en grande partie, due à l'augmentation des importations de cargos et bateaux pour le transport de personnes et de marchandises en lien avec l'arrivée du « Terevau Piti » en mai, mais aussi des importations des industries des équipements électriques et électroniques. Les importations des biens intermédiaires progressent également (+ 2,6 milliards de F.CFP), notamment la métallurgie et transformation des métaux ainsi que la chimie caoutchouc, plastiques. Depuis le début de l'année, les volumes d'importation de ciment sont dynamiques puisqu'ils sont 2,2 fois plus importants que la moyenne de ces cinq dernières années, traduisant la bonne tenue du secteur de la construction. Les entreprises peuvent également compter sur les investissements publics qui restent bien orientés sur le premier semestre. Les crédits à l'équipement sont en hausse de 2,2 % entre mai 2021 et juin 2021 et de 5,4 % entre juin 2020 et juin 2021 (+ 5,3 milliards de F.CFP).
FIG 4. Évolution des volumes d’importation de ciment (en tonnes) - en cumul sur les douze derniers mois
Source : Service des Douanes, ISPF
FIG 5. Industrie
Source : Banque Mondiale
FIG 6. Taux de change
Source : Banque de Polynésie
FIG 7. Indice boursier
Source : Les Echos - Investir
TABLE 1. Tableau de bord
Source : Eurostat, Instituts statistiques nationaux, Banques centrales, Missions économiques, OCDE, Tradingeconomics
[^1]: Les données de chiffres d'affaires du deuxième trimestre 2021 sont estimées et susceptibles d'être modifiées
[^2]: Les données emplois de la CPS sont en cours de consolidation
[^3]: Comprend les produits agricoles, sylvicoles et piscicoles, les produits des industries agricoles et alimentaires, les biens de consommations et les produits de l'industrie automobile