Te Avei'a – T2 2024 - L’économie polynésienne continue de croître mais à un rythme modéré
La croissance économique se poursuit à un rythme modéré ce trimestre. À l’image de la variation du chiffre d’affaires des entreprises, cette croissance repose uniquement sur la demande intérieure. En effet, la dynamique touristique se tasse, limitée par le recul des effectifs terrestres marchands. Le marché de l’emploi reste bien orienté et sa dynamique alimente la masse salariale. Le rythme d’inflation continue de ralentir soutenant le pouvoir d’achat des ménages et donc la consommation des ménages. Si les importations de biens en volume à destination des entreprises augmentent ce trimestre, celles à destination des ménages diminuent.
La hausse du chiffre d’affaires des entreprises reste positive
Au deuxième trimestre 2024, la croissance du chiffre d’affaires des entreprises polynésiennes (mesurée hors banque et assurance) progresse de 1,5 % sur un an. Sur la même période, le niveau moyen des prix croît de 1,1 % sur un an, présageant une croissance du chiffre d’affaires relativement modérée hors inflation. Dans le sillage du premier trimestre et malgré un niveau de fréquentation touristique qui reste élevé sur un deuxième trimestre (67 300 touristes, - 0,3 % sur un an), le chiffre d’affaires des entreprises caractéristiques du tourisme baisse de 1,2 %, tandis que celui des autres entreprises croît de 2,1 %. Si le recul du chiffre des affaires des entreprises caractéristiques du tourisme contribue pour - 0,2 point au résultat trimestriel, la progression de 2,1 % du chiffre d’affaires des entreprises non touristiques y contribue pour 1,7 point.
FIG. 1. Contributions trimestrielles à la croissance annuelle du chiffre d’affaires (hors secteur financier) et de l’inflation
Source : DICP, ISPF
Sur l’ensemble du premier semestre, le chiffre d’affaires (hors banque et assurance) progresse de 1%en glissement annuel, avec la bonne tenue de la demande intérieure (+ 1,6 % des entreprises non touristiques) qui a plus que compensé la baisse dans les entreprises caractéristiques du tourisme (- 1,5 %) et contribue pour - 0,3 point au résultat semestriel global. Si l’essoufflement des différents moteurs de la demande explique en partie la diminution du rythme de croissance de l'activité économique (0,3 point d’acquis de croissance), le retrait de l’inflation contraint aussi l’évolution en valeur.
La demande interne porte la croissance modérée du chiffre d’affaires global
Au deuxième trimestre 2024, la croissance modérée du chiffre d’affaires en valeur s’explique comme au premier trimestre par les résultats positifs dans la construction (+ 15 % par rapport au deuxième trimestre 2023) conjugués à une hausse dans le secteur du transport et de l’entreposage (+ 11 % hors transport touristique), et dans les industries manufacturières (+ 4 %). La hausse cumulée pour ces trois secteurs, qui représentent 20 % du chiffre d’affaires total et 23 % des emplois salariés du trimestre, contribue pour 2 points au résultat des entreprises non touristiques (+ 2,1 %).
Ces hausses peuvent s’expliquer par un effet prix ainsi que par une demande soutenue ce trimestre pour ces types de produits. Ces entreprises qui répondent à une demande intérieure privée (ménages et entreprises) mais aussi publique, portent donc l’essentiel du résultat de ce trimestre. Le chiffre d’affaires dans le commerce qui représente 45 % du chiffre d’affaires total et 16 % des emplois salariés, progresse de 1 % par rapport au deuxième trimestre 2023, soit au même rythme que l’inflation. Dans le détail, le chiffre d’affaires dans le commerce de gros diminue de 1 % au deuxième trimestre sur un an, alors qu’il progresse de 1 % dans le commerce de détail et de 6 % dans le secteur automobile. Concernant les autres secteurs non touristiques (un tiers du chiffre d’affaires global), l’évolution de leur chiffre d’affaires sur un an reste stable et ne contribue pas au résultat du trimestre.
FIG. 2. Contributions par secteur d’activité à l’évolution annuelle du chiffre d’affaires trimestriel
Source : ISPF
Sur l’ensemble du premier semestre, la hausse du chiffre d’affaires (hors banque et assurance), qui est essentiellement portée par l’inflation (+ 1 % en moyenne semestrielle sur la même période) traduit un tassement de la demande en volume. Ainsi, la consommation des ménages qui, si elle reste à un niveau élevé au premier semestre 2024 en profitant d’un pouvoir d’achat préservé grâce à la baisse de l’inflation et un marché du travail bien orienté, ne progresse pas en volume. Le chiffre d’affaires dans le commerce de détail croît au rythme de l’inflation, tout comme celui dans le commerce automobile (+ 3 %) car les immatriculations ont baissé de 7 % sur le semestre en glissement annuel. Au global, les résultats de l’industrie, conjugués à ceux dans la construction (+ 20 % sur le premier semestre) et à la relative stabilité pour les autres secteurs tournés vers la demande intérieure, contribuent au total pour 0,6 point aux acquis de croissance à la fin du premier semestre (+ 0,3 point). Sur la même période, les entreprises liées au tourisme sont pénalisées par la baisse des effectifs terrestres et les baisses du chiffre d’affaires dans l’hébergement (- 1,5 %) et dans le transport aérien sur le semestre impactant la croissance globale.
Le rythme d’inflation trimestrielle moyen ralentit
En Polynésie française comme dans le reste du monde, la désinflation se poursuit ; l’inflation s’est établie à + 1,2 % en juin 2024 après + 1,5 % en mars 2024. Elle s’élève ainsi à + 1,1 % en moyenne sur le deuxième trimestre. Si l’inflation reflue au global, les évolutions restent contrastées selon les différents postes de consommation. Ainsi, l’inflation alimentaire (principale contributrice à l’inflation d’ensemble entre juin 2022 et juin 2023), s’est établie en juin 2024 à + 0,4%sur un an pour ne contribuer que pour 0,1 point à l’inflation à fin juin. Les prix des produits manufacturés ont également ralenti depuis le début de l’année avec une évolution de + 0,4 % sur un an en juin. C’est pour partie, la baisse du prix des énergies et plus particulièrement des carburants (- 3 %) qui explique ce résultat.
Ce ralentissement de l’inflation s’observe aussi sur le prix unitaire des importations des biens de consommation qui se contracte de 5 % entre les deuxièmes trimestres 2023 et 2024, ainsi que sur les prix des produits énergétiques qui diminuent de 7 %. Si les prix des produits agricoles progressent de 6 %, ceux des industries agricoles et alimentaires importés augmentent de 2 % sur un an.
FIG. 3. Contributions par postes à l’évolution inflation (m/m-12)
Source : ISPF
La fréquentation touristique est stable mais l’hébergement terrestre marchand recule
Au second trimestre 2024, la fréquentation touristique reste élevée (67 200 touristes), mais la croissance est pour la première fois depuis 2022 en retrait (- 0,3 %). Ce recul s’explique par la baisse du nombre de touristes terrestres marchands (- 2,3 %) en partie compensée par la progression des touristes flottants (+ 6,8 %).
C’est la forte contraction de la clientèle terrestre marchande nord-américaine (- 12 %) qui est la plus marquante, en contribuant pour - 4,2 points à l’évolution de la fréquentation touristique globale. Si la clientèle originaire du Pacifique est en retrait (- 11 %) à la suite de la fermeture de nombreux vols vers la Nouvelle-Calédonie, les effectifs des autres marchés touristiques (France, Europe et Asie) continuent de progresser. Les touristes hexagonaux (+ 5,7 %) enregistrent pour le dixième trimestre consécutif, un nouveau record de fréquentation avec 22 000 touristes (ils étaient 15 000 en 2019). Le repli des effectifs terrestres marchands nord-américain pénalise l’activité hôtelière (- 7 points de remplissage entre 2023 et 2024) et globalement les entreprises caractéristiques du tourisme. Ainsi, sur le premier semestre, le chiffre d’affaires de ces entreprises (18 % du chiffre d’affaires et de l’emploi salariés total) baisse de 0,3 % avec le recul de 1,5 % du chiffre d’affaires de l’hébergement et de 5 % dans la location de moyen de transport en glissement annuel. Ce secteur ne contribuent pas ce semestre à 2 | Institut de la statistique de la Polynésie française la croissance globale. Néanmoins, les effectifs des entreprises caractéristiques du tourisme continuent de croître. Les emplois dans l’hébergement-restauration progressent de 3,6 % sur un an, et de, 8 % depuis le début de l’année, contribuant à 20 % des nouveaux emplois ce semestre.
FIG. 4. Contributions trimestrielles des modes de séjour à l’évolution annuelle des effectifs touristiques
Source : ISPF
Les exportations de produits locaux se contractent de 23 % en valeur
Au second trimestre, les exportations de produits locaux en valeur reculent de 22,6 % sur un an, pour s’établir à 2,6 milliards de F.CFP. C’est le recul des exportations de perles (- 37 % sur un an) en valeur qui contribue essentiellement à cette baisse. Cette forte contraction des exportations de perles est encore plus marquée en volume (- 51 % sur un an) car, sur la même période, le prix unitaire a progressé de 28 %. Depuis le début de l’année, les exportations de perles ont rapporté 3 milliards de F.CFP, soit 30 % de moins qu’il y a un an, pour 2,9 tonnes exportées au premier semestre 2024 (- 46 % sur un an). Deuxième produit à l’export en valeur, les exportations de poissons sont restées stables en valeur à 700 millions de F.CFP, malgré la hausse de 6 % (551 tonnes) des volumes exportés. Hormis les exportations de noni (- 16 % en volume et - 15 % en valeur), les exportations des autres produits locaux progressent en valeur et en volume. Les volumes de vanille progressent ainsi de 11 % et les recettes de 9 % par rapport à l’année précédente, et ceux de coprah bondissent en valeur (+ 28 % en valeur) et en volumes (+ 23 %).
Le marché de l’emploi continue de progresser porté par les jeux olympiques
En constante augmentation depuis le second trimestre 2021 en glissement annuel, le nombre de salariés et le nombre d’heures travaillées n’ont jamais été aussi élevés en Polynésie française. Ce sont ainsi 73 000 salariés en moyenne au second trimestre (+ 3 % sur un an) qui sont déclarés à la Caisse prévoyance sociale (CPS).
Très modérée sur le premier trimestre 2024 (+ 0,4 % par rapport au quatrième trimestre 2023), la croissance en moyenne trimestrielle de l’indice de l’emploi salarié CVS^[1] se renforce à + 0,6 % sur le deuxième trimestre. À l’inverse du premier trimestre où la baisse de l’emploi dans la construction pénalisait la croissance de l’emploi de - 0,4 point, son rebond (+ 2 % sur un trimestre) contribue pour + 0,2 point au résultat. Si les emplois dans les autres secteurs se maintiennent ou progressent ce trimestre, c’est toujours le secteur des services qui alimente le marché du travail (+ 0,8 % par rapport au premier trimestre) en contribuant pour moitié au résultat du trimestre, avec un possible rebond lié aux jeux olympiques. Les créations nettes d’emplois dans le commerce sont moins dynamiques ce trimestre (+ 0,5 % après + 1,2 % entre le quatrième trimestre 2023 et le premier trimestre 2024), mais se reprennent légèrement dans le secteur de l’hôtellerie-restauration (+ 0,8 % au
deuxième trimestre, contre 0,3 % au trimestre précédent).
Au total depuis le début de l’année, l’emploimarchand progresse de 1 % avec une forte contribution du secteur des services (+ 0,7 point) et du commerce (+ 0,5 point). Ainsi, le rythme du marché de l’emploi sur les six premiers mois de l’année est deux fois inférieur à celui observé en 2023 sur le premier semestre (+ 1%après + 2,1% en 2023).
FIG. 5. Contributions des secteurs à l’évolution trimestrielle de l’emploi salariés (ICS)
Source : ISPF
Portée par la croissance des emplois nets, la masse salariale en glissement annuelle continue de croître et atteint un niveau record à 67,8 milliards de F.CFP au second trimestre, soit 6,4 % de plus qu’il y a un an et 2,9 % de plus qu’au quatrième trimestre 2023.
FIG. 6. Indice boursier - Nikkei 225
Source : Les Echos Investir
FIG. 7. Indice boursier - Eurostoxx
Source : Les Echos Investir
FIG. 8. Indice boursier - Eurostoxx
Source : Les Echos Investir
TABLE 1. Tableau de bord
Source : ISPF
Les importations de biens de consommation restent élevées en volume
Les importations de biens, principalement à destination des ménages (biens des industries agroalimentaires et de consommation et de l’industrie automobile) reculent de 0,8 % en valeur et de 2,5 % en volume ce trimestre en glissement annuel. La baisse en volume des importations des biens de l’industrie agroalimentaires (- 4 % ce trimestre en glissement annuel, après - 2 % au premier trimestre) conjuguée à celle des importations des produits de l’industrie automobile (- 3 % en volume) explique ce résultat car les volumes de biens de consommations ont progressé (+ 5 %). Sur le premier semestre, les volumes importés des produits des industries agroalimentaires se contractent de 3 %, et ceux de l’automobile sont stables ; ils progressent de 1 % pour les biens de consommation. Ainsi, les volumes importés de biens de consommation sont 1 % plus élevés qu’au premier semestre 2023 traduisant une consommation des ménages qui reste positive, mais modérée où les arbitrages restent nombreux entre épargne et consommation.
Les importations à destination de la construction se contractent en volume sur le premier semestre
Au second trimestre 2024, les importations à destination des entreprises (biens intermédiaires et biens d’équipement) se contractent de 16 % en valeur et augmentent de 4 % en volume sur un an. Cette hausse en volume est freinée par le recul des importations de biens d’équipement (- 33 %), car les volumes importés de biens intermédiaires progressent de 10 %. Hors importations exceptionnelles (avions, bateaux, etc.), les importations de biens d’équipement progressent même en volume ce trimestre. La forte hausse des biens intermédiaires (ciment, fers et bois essentiellement) compense en partie seulement la forte contraction du trimestre précédent. Ainsi, les importations de biens intermédiaires en volume sont 19 % plus bas qu’en 2023 sur le premier semestre et même 3 % inférieures, pour les seuls intrants du BTP au volume de 2019, traduisant une anticipation à la baisse sur la demande en construction.
La hausse des taux d’intérêt freine les investissements privés
Si les importations de biens intermédiaires se contractent depuis le début de l’année, c’est la baisse attendue des investissements futurs des ménages et des entreprises en construction qui explique ce résultat. Si la hausse des coûts de l’investissement (prix des matières premières, du foncier, etc.) semble se stabiliser, au regard des prix unitaires à l’importation et de l’évolution de l’index BTP (+ 0,4 % au premier semestre), les niveaux restent élevés comme pour le coût du crédit. Si ce dernier repasse sous la barre des 4 % ce trimestre (3,74 % contre 4,34 % au premier trimestre, mais 2,28 % il y a un an) ces niveaux de coûts font toujours peser des risques sur la croissance du secteur liée à la demande privée. Pour les ménages, la situation est identique avec des taux d’intérêt élevés pour ces derniers (3,45 % en moyenne au second trimestre; contre 2,52 % il y a un an). Ainsi, sur ce deuxième trimestre 2024, le montant cumulé sur un an des nouveaux crédits à l’immobilier pour les particuliers est inférieur de 21 % à l’année précédente; il recule de 20 % pour les entreprises pour représenter 8,1 milliards de F.CFP.
^[1]. Corrigé des variations saisonnières