Te Avei'a - T3 2020 - Une économie diminuée par la crise
Durement impactées par la crise sanitaire mondiale, les exportations de biens et services locaux diminuent au troisième trimestre en dépit de la reprise des vols vers l’extérieur. Fragilisée au deuxième trimestre, l’économie reprend partiellement à la suite du déconfinement. L’activité des secteurs du transport aérien et des services d’hébergement demeure bien en deçà du niveau de 2019. Soutenu par des mesures gouvernementales, l’emploi salarié fléchit moins que le chiffre d’affaires.
Le déconfinement a permis le rebond relativement rapide d'une partie de l'activité économique
L'évolution des chiffres d'affaires des entreprises depuis le début de l'année 2020 a mis en évidence en Polynésie française, comme dans nombre de pays, l'ampleur du choc économique lié à la situation sanitaire. Sur les six premiers mois de l'année, la perte des entreprises polynésiennes est estimée à 10 %, soit un recul de 45 milliards de F.CFP de chiffre d'affaires, un niveau semblable à celui de 2016. Hors transport aérien et service d'hébergement qui contribuent pour 6 points à la baisse de l'activité, le recul est de 4 % en moyenne (- 10 % sur le seul deuxième trimestre).
Fig. 1. Evolution du chiffre d’affaires des entreprises au premier semestre (millions de F.CFP)
Source : DICP - Estimations ISPF
Depuis le déconfinement, la reprise de l'économie, hors secteur touristique, est relativement dynamique. Ainsi, en juin, le chiffre d'affaires des entreprises polynésiennes (hors transport aérien et service d'hébergement) progresse de 3 % sur un an. Il se contracte de nouveau en juillet (- 10 %) et recouvre en août 95 % de son niveau d'avant crise. Au mois d'août, le secteur du commerce est à 99 % de son niveau de 2019 et l'industrie rattrape son retard alors que les entreprises de soutien aux entreprises et celle liée à l'information et la communication sont en difficulté.
En août, l'économie polynésienne tourne à 89 % de son rythme de 2019 et aurait comblé la moitié de l'écart qui la séparait, au creux du confinement, de son niveau d'avant crise. Signe d'un retour de la confiance, l'indicateur du climat des affaires se reprend (+ 18,5 points) au troisième trimestre et se rapproche de sa moyenne de longue période.
Table 1. Pourcentage de chiffre d’affaires par rapport au même mois de 2019
Source : DICP - Estimations ISPF
La crise sanitaire pèse sur le tourisme malgré la réouverture du ciel polynésien
Le 15 juillet 2020 marque la réouverture de la Polynésie française aux touristes internationaux sans passer par la case quatorzaine à l'arrivée. Cependant, l'offre de sièges se trouve réduite en raison de l'absence de plusieurs compagnies (Hawaiian Airlines, Aircalin, etc.) et des fermetures aux frontières de plusieurs pays (Nouvelle-Zélande, Japon, etc.). Le nombre de sièges offerts à l'arrivée diminue de 55 %[^1] entre juillet et septembre par rapport à 2019.
La crise sanitaire et la baisse d'offre en sièges pèsent sur le tourisme avec une diminution de 70 % du nombre de touristes, soit 47 400 touristes internationaux de moins qu'au troisième trimestre 2019. Le repli des marchés américain et européen (hors France) contribue pour 18 points et 16 points à la baisse (12 400 et 11 100 touristes de moins respectivement). Le marché français devient le premier marché émetteur de touristes en Polynésie française avec 12 000 touristes (- 44 %). La fermeture des lignes commerciales avec l'Asie et le Pacifique a fait chuter drastiquement le nombre de touristes en provenance de ces régions, moins de 100 touristes pour chaque zone.
Tous les types d'hébergement sont touchés. L'hébergement terrestre payant concentre la plus forte baisse avec 34 700 touristes de moins. L'hébergement flottant décroît de 75 % et l'hébergement gratuit de 63 %. Le nombre de nuitées diminue de 58 % et s'établit à 456 800 unités contre plus d'un million au troisième trimestre 2019. Dans l'hôtellerie, le nombre de chambres offertes diminue de 84 % à 37 522.
Les entreprises du secteur des transports aériens et de l'hébergement, durement touchées par l'arrêt de la desserte aérienne, ont perdu la moitié de leur chiffre d'affaires dès le mois de mars, elles ne réalisent que 10 % de leur activité habituelle au cours du deuxième trimestre. Avec la reprise du trafic aérien domestique en juin et international (France et États-Unis) en juillet, la reprise d'activité est plus tardive pour ces secteurs qui couvrent 25 % de leur activité de 2019 en juillet et 50 % en août et septembre.
La baisse du chiffre d'affaires du transport aérien et de l'hébergement et de l'ensemble des activités caractéristiques du tourisme se fait ressentir sur l'emploi du secteur. Ces deux secteurs regroupent 9 emplois sur 10 supprimés au mois d'août (en glissement annuel, -3,6 %).
Fig. 2. Evolution du nombre de nuitées touristiques (en cumul sur les 12 derniers mois)
Source : ISPF
Le ralentissement du tourisme s'observe dans toutes les régions du monde. Selon l'Organisation Mondiale du Tourisme, les arrivées des touristes internationaux ont baissé de 70 % sur les huit premiers mois par rapport à 2019 dans le monde. En juillet, la baisse est de 81 % et de 79 % en août, soit une perte de 730 milliards de dollars pour le secteur touristique mondial. La région Asie-Pacifique serait la plus touchée avec une diminution de 79 % des arrivées de touristes internationaux. De plus, la Polynésie française fait face à une montée de l'épidémie de Covid-19 sur son territoire depuis août qui amène les autorités à prendre des restrictions sanitaires plus strictes (fermeture des bars, table de maximum 6 personnes au restaurant, couvre-feu entre 4 heures et 21 heures, etc.). Ces nouvelles mesures ne faciliteront pas la reprise de l'activité économique et touristique locale pour le dernier trimestre de l'année. En parallèle, le confinement annoncé en France début novembre va avoir un impact sur le marché touristique métropolitain.
Une reprise de la consommation grâce aux aides et à l'épargne accumulée des ménages
Au deuxième trimestre, la baisse de 3,6 % du nombre de salariés est moins importante que celles de 11 % de la masse salariale et de 12 % du nombre d'heures travaillées qui traduisent plus fidèlement la perte d'activité. Cette relative déconnexion entre l'emploi et le nombre d'heures travaillées s'explique par la volonté publique de soutenir les emplois et les revenus depuis le début de la crise. Ainsi, plusieurs dispositifs de soutien aux salariés et aux entreprises (DIESE, DESETI et CSE) ont été mis en place en Polynésie française pour limiter les pertes d'emplois dans les secteurs les plus touchés par la fermeture des frontières et les mesures sanitaires (transport, hébergement etc.). Les pertes d'emploi dans ces secteurs concernent principalement les salariés dont les entreprises ont fermé et le personnel en extra et salariés en CDD dont les contrats se sont interrompus. Les salariés qui ont conservé leur emploi dans les secteurs fragilisés ont bénéficié des aides du Pays (3,1 milliards de F.CFP depuis juin). Ces dispositifs ont permis aux ménages touchés par la réduction du temps de travail, de compenser une partie de la perte de salaire et ainsi de continuer à consommer.
Le rebond de la consommation par rapport au deuxième trimestre permet au secteur du commerce de retrouver la quasi-totalité de son volume d'activité d'avant crise dès le mois d'août. Cette bonne tenue de la consommation des ménages peut aussi s'expliquer par l'épargne accumulée depuis le confinement (près de 15 milliards de F.CFP dont 2,3 milliards en juillet et août) qui serait dépensée et participerait à la reprise de l'activité, dans un contexte de prix en baisse (- 0,9 % sur le troisième trimestre 2020 sur un an).
Le marché de l'automobile rebondit de 47 % au troisième trimestre par rapport au trimestre précédent mais reste en recul de 17 % sur les neuf premiers mois en nombre d'immatriculations.
Un commerce extérieur qui se contracte fortement
Les importations de la Polynésie française (hors avions) reculent de 8 % sur les trois premiers trimestres 2020 et de 11 % sur le seul troisième trimestre en glissement annuel. Les importations de 2020 représentent sur le deuxième et troisième trimestre 90 % des importations de la même période de 2019, en valeur.
Cette baisse des importations concerne à la fois les produits importés à destination des ménages[^2] et ceux à destination des entreprises. Ainsi, les produits à destination des ménages baissent de 11 % sur le troisième trimestre et contribuent pour moitié à la contraction des importations totales. Cette forte contraction s'explique pour une grande partie par la baisse des produits de l'industrie automobile et plus particulièrement, celle des voitures de tourisme (- 41 %), traduisant des stocks non liquidés et des anticipations moins positives. Les importations à destination des entreprises (biens intermédiaires et biens d'équipement) se contractent de 6 % sur le troisième trimestre (hors avion) en glissement annuel (- 5,6 % depuis janvier) et contribuent pour 2 points à la contraction globale. Si l'ensemble de ces produits sont moins importés depuis le début de l'année, les importations de biens intermédiaires (ciment, verre, fer...) progressent sur le troisième trimestre en glissement annuel, alors que les importations de biens d'équipement diminuent.
La bonne tenue des importations de biens intermédiaires laisse penser à des anticipations positives dans la construction, soutenue par l'investissement des ménages et de la collectivité. À l'inverse, la baisse des importations en biens d'équipement peut signaler un attentisme des chefs d'entreprise dans le développement ou le renouvellement de leur appareil de production.
Les volumes importés de produits énergétiques restent stables depuis le début de l'année. En revanche, les prix unitaires en forte baisse expliquent la diminution des importations en valeur qui contribue pour 3 points au ralentissement du trimestre.
Parallèlement à la baisse des importations et de l'offre aérienne, les exportations de produits locaux diminuent de 38 % au troisième trimestre.
Avec la reprise des vols, les exportations de produits locaux ont retrouvé des débouchés à l'international, mais restent pénalisées par la fermeture du ciel vers l'Asie et l'Océanie, acheteurs de de la quasi-totalité (93 %) des exportations de produits perliers en 2019. Les exportations de produits locaux, presque totalement à l'arrêt au cours du deuxième trimestre 2020 (27 % des exportations de 2019), représentent un peu plus de 50 % des exportations du troisième trimestre 2019. Ainsi les produits de la perliculture se sont exportés pour 600 millions de F.CFP contre 1,1 milliard de F.CFP au troisième trimestre 2019. Les exportations des produits issus de la pêche baissent de 47 % par rapport à 2019, soit 208 millions de F.CFP de moins, mais sont 2,4 plus élevées qu'au deuxième trimestre 2020.
Depuis le début de l'année, les exportations de perles de culture brute ont rapporté 2 milliards de moins qu'en 2019 et le prix au gramme recule de 18 %. Les exportations de poisson baissent de 57 % et s'établissent à 565 millions de F.CFP contre 1,3 milliard de F.CFP en 2019. Elles sont à 83 % destinées aux États-Unis. Les poissons frais ou réfrigérés représentent 71 % du total. Les exportations de vanille diminuent de 41 % à 287 millions de F.CFP du fait de la réduction des volumes d'importations des principaux importateurs (France et États-Unis). Elles sont ainsi dépassées en valeur par les exportations de noni et de coprah dont le repli est moins important (- 29 % et -13 % respectivement).
FIG 3. Industrie
Source : Banque Mondiale
FIG 4. Taux de change
Source : Banque de Polynésie
FIG 5. Indice boursier
Source : Les Echos - Investir
TABLE 2. Tableau de bord
Source : Eurostat, Instituts statistiques nationaux, Banques centrales, Missions économiques, OCDE, Tradingeconomics
[^1]: Donnée estimée
[^2]: Comprend les produits agricoles, sylvicoles et piscicoles, les produits agroalimentaires, les biens de consommations et les produits de l'industrie automobile.