Te Avei'a - T3 2022 - Poursuite de l’amélioration des échanges extérieurs sur fond d’augmentation des prix

Image Dans un contexte de ralentissement économique international lié à des facteurs exogènes (conflit ukrainien, crise alimentaire et énergétique), l’activité économique de la Polynésie française continue de se redresser, portée par les flux touristiques qui retrouvent leur niveau d’avant-crise. Le niveau de l’emploi poursuit également sa progression, soutenant les revenus des ménages, la consommation et les investissements.

Numéro : 1358
Dépôt légal : 27 décembre 2022
Collection : Points Conjoncture
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Le chiffre d’affaires des entreprises porté par la demande et l’inflation

Au troisième trimestre 2022, le chiffre d’affaires des entreprises polynésiennes augmente de 17 % en valeur par rapport au troisième trimestre 2021. Le résultat est 9%plus élevé qu’en 2019 pour s’établir à 211 milliards, et 11 % supérieur que celui observé pour les entreprises non touristiques sur le même trimestre 2019. La fréquentation touristique est deux fois plus nombreuse qu’en 2021 et atteint 99 % de celle de 2019. Ce retour des touristes explique la forte croissance du chiffre d’affaires ce trimestre (+ 50 %) des entreprises liées au tourisme (hébergement, restauration, transport, etc.), le niveau élevé de la consommation des ménages et la hausse des prix en expliquant une autre partie.

FIG. 1. Évolution du chiffre d’affaires et Indice des prix à la consommation
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Source : DICP, ISPF

Ainsi, la hausse du chiffre d’affaires des entreprises du tourisme contribue pour 7 points au résultat global et celle dans le commerce sous toutes ses formes pour 5 points (+ 11 % sur un an).
La hausse du chiffre d’affaires dans les industries manufacturières (+ 8 %) et la construction (+ 29 %) illustre bien la place de l’inflation dans l’évolution du chiffre d’affaires. Avec des prix qui progressent en moyenne trimestrielle de 14 % sur un an dans la construction, la hausse de l’activité réelle est moins prononcée. Ce constat s’applique à l’ensemble de l’économie avec des prix à la consommation qui augmentent de 7 % en moyenne ce trimestre par rapport à 2021 et un chiffre d’affaires qui progresse de 17 %.

La hausse du prix unitaire des produits de la mer soutient le résultat des exportations en valeur

Au troisième trimestre, les recettes des exportations locales augmentent d’un tiers par rapport à l’an passé pour s’établir 2,7 milliards, soit 0,5 milliard de plus qu’en 2019. Ce rebond des exportations s’explique essentiellement par la croissance en valeur des exportations de produits perliers et de produits de la pêche. Les recettes à l’exportation pour ces deux produits, qui représentent respectivement la moitié et un quart des recettes totales à l’exportation, progressent en valeur sur un an de 50 % pour les perles et de 30 % pour les poissons.
Les hausses en volume sont plus faibles, traduisant de forte hausse des prix unitaires. Ainsi, le prix au gramme des perles progresse de 546 F.CFP à 760 F.CFP sur un an, profitant pour partie de la hausse du dollar US sur le marché des changes (+ 19 % en moyenne trimestrielle sur un an). Même si Hong Kong demeure le principal marché de perles brutes avec 55 % des ventes du trimestre, jamais autant de perles n’ont été vendues vers les États- Unis d’Amérique sur trois mois (15 %). Cette hausse des volumes exportés vers les États-Unis concerne également les produits issus de la pêche (+ 30 %), qui contribue pour une très grande partie à la hausse totale des volumes exportés de produit de la pêche (+ 37 % en volume). En moyenne, le prix unitaire du thon exporté a progressé de 27 % sur un an. La hausse des prix unitaires s’observe également sur les exportations de coprah et de vanille qui augmentent respectivement de 61 % et 50 % en valeur, pour un volume exporté qui progresse respectivement de 15 % et 34 %. Les exportations de noni reculent d’un tiers en valeur et en volume.

Le tourisme retrouve le niveau des effectifs de 2019

La reprise dynamique des arrivées touristiques se confirme avec 66 000 touristes accueillis ce trimestre, soit 99 % de la fréquentation de 2019. Le regain d’intérêt pour la destination des marchés métropolitains et nord-américains en témoigne, avec respectivement 19 % et 15 % de touristes en plus qu’en 2019. Ils concentrent un tiers chacun des effectifs touristiques totaux ce trimestre. La reprise des rotations d’Air New Zealand au mois de juillet et l’arrivée d’Air Rarotonga en août, additionnées aux rotations de la compagnie locale, permettent à la clientèle du Pacifique, inexistante l’année précédente, de reconstituer quasiment 90 % des effectifs de 2019. Seule l’Asie demeure absente et les Européens sont en retrait de 20 %. Dopées par une duréemoyenne de séjour plus longue qu’en 2019 (18 jours contre 16 jours), les structures d’hébergement terrestres ou flottantes profitent de cette croissance. Ainsi, avec une offre en chambre réduite de 6 % par rapport à 2019, les indicateurs de gestion de l’hôtellerie internationale sont très bien orientés. Le coefficient moyen de remplissage dépasse les 80 % (86 % à Bora Bora par exemple) et le revenu moyen par chambres progresse de 24 % depuis 2019. L’activité des autres types d’hébergement (petites hôtelleries familiales, location ou yatching) profite aussi du rebond de clientèle avec une fréquentation toujours plus importante. Si le retour des touristes a permis aux entreprises du secteur de l’hébergement et de la restauration de réaliser un chiffre d’affaires entre 20 et 25 % plus élevé qu’en 2019, elles ont aussi embauché davantage (1 % de plus qu’en 2019) et demandé plus de travail (+ 2 % pour les heures travaillées).

FIG. 2. Nombre de nuitées par type d’hébergement
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Source : ISPF

Le marché du travail soutient la consommation des ménages

Comme pour les entreprises du tourisme, les effectifs salariés et en équivalent temps plein (ETP) en Polynésie française sont 5 % à 6 % plus élevés ce trimestre qu’en 2019, avec 68 250 salariés et 59 250 ETP. En lien avec la fréquentation touristique qui a doublé sur un an, les effectifs en ETP du secteur de l’hébergement restauration ont progressé fortement (+ 35 %), contribuant pour 3,1 points à la hausse des effectifs en ETP du trimestre (+ 9 %). Avec une durée du temps de travail en moyenne 2 heures plus élevée qu’en 2019 à 145 heures dans l’hébergement (13 000 ETP) ou dans la restauration (6 800 ETP), la situation s’améliore rapidement pour les salariés de ce secteur. Deuxième branche bénéficiaire du retour des touristes, le secteur du transport augmente ses effectifs de 11 % pour revenir à un niveau équivalent à 2019, soit 15 000 ETP. Au global, la dynamique du marché de l’emploi concerne l’ensemble des activités qu’elles appartiennent au secteur primaire (+ 10 % de salariés en ETP sur un an), à l’industrie et la construction (+ 4 %) ou au secteur tertiaire (+ 9 %). Dans le détail, le rebond de l’emploi dans la construction se poursuit avec les embauches en ETP dans la « construction de bâtiment » en hausse de 14 % depuis 2021 et de 35 % depuis 2019, mais aussi dans les « travaux spécialisés » alors qu’ils sont stables dans le « génie civil ». Ce regain d’activité s’explique par la commande publique, mais surtout par la hausse des coûts des matériaux (+ 14 % sur l’index BTP) qui incite les investisseurs et les entrepreneurs à concrétiser leur projet plus rapidement.
En lien avec la hausse du nombre d’heures travaillées (+ 9 %) et les revalorisations du SMIG le 1er mai et du point d’indice des fonctionnaires le 1er juillet, la masse salariale s’accroît de 10 % soit une différence de 5 milliards de F.CFP par rapport au troisième trimestre 2021. Profitant de cette reprise dynamique du marché du travail et de la croissance de la masse salariale, le volume d’affaires lié à la consommation des ménages reste à un niveau élevé ce trimestre. La mobilisation de l’épargne cumulée ces deux dernières années d’une façon plus intense avec l’inflation permet aussi d’expliquer ce résultat. Ainsi, les emplois en ETP dans le commerce progressent de 8 % sur un an pour accompagner le rebond de la consommation en valeur et en volume et le chiffre d’affaires de 11 %. Corrigée de l’inflation, la croissance dans le commerce est de 4 % en volume sur un an et de 6 % par rapport à 2019, témoignant de la bonne tenue de la consommation des ménages.

Avec la hausse des prix mondiale, les importations diminuent en volume

Si les importations destinées aux ménages n’ont jamais été aussi élevées sur les neuf premiers mois de l’année 2022 en valeur et en volume, et qu’elles continuent de croître en valeur ce trimestre (+ 11 %) porté par une hausse des prix presque généralisée, mais avec des volumes en baisse (- 9 %), tout en restant plus élevé qu’en 2020 et même2019. Cette hausse des prix importés, conjuguée au délai d’approvisionnement toujours aléatoire, pousse les importateurs à anticiper et à modifier leurs achats. Il en est de même pour les importations à destination des entreprises qui se contractent de 7 % en volume et augmentent de 16 % en valeur sur un an. Après plusieurs mois de hausse consécutive, les cours du pétrole sont à la baisse tout au long du troisième trimestre passant de 116,80 $ US le baril en juin à 88,20 $ US en septembre. La tendance baissière s’observe également sur les cours des autres matières premières et ceux de l’alimentaire qui reculent respectivement de 11 % et 18 % par rapport au deuxième trimestre 2022, laissant espérer une baisse de l’inflation des produits de consommation pour les prochains trimestres.

TABLE 1. Tableau de bord
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Source : ISPF

FIG. 3. Industrie
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Source : Banque Mondiale

FIG. 4. Taux de change
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Source : Banque de Polynésie

FIG. 5. Indice boursiers
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Source : Les Echos - Investir

FIG. 6. Variation des importations en valeur et en volume entre le troisième trimestre
2021 et 2022
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Source : ISPF

Les investissements se poursuivent

Les importations à destination des entreprises augmentent de 16 % en valeur au premier trimestre, mais diminuent de 7 % en volume. Ce recul est lié à la baisse des volumes importés de biens intermédiaires de 8 %. Cette contraction en volume des importations de biens intermédiaires provient essentiellement de la diminution des volumes de ciments importés (- 30 %), pour un montant presque 10 % plus élevé que celui de 2021. Sur les douze derniers mois, les volumes de ciments importés restent malgré tout 11 % plus élevés que sur l’année 2019, témoignant d’une activité toujours soutenue dans la construction. Si les investissements dans le BTP sont restés soutenus au cours du trimestre, les investissements en biens d’équipement, constitués essentiellement de biens importés, progressent de 9 % en valeur. Avec une baisse des mandatements de moitié par rapport au troisième trimestre de l’an passé (3,2 milliards contre 6,4 milliards), la production de crédits envers les entreprises progresse de 47 % sur un an pour s’établir à 9,6 milliards de F.CFP. À l’inverse, la hausse des taux d’intérêt et le durcissement des conditions d’accès au crédit pour les particuliers font reculer de 9 % la production de crédits à l’habitat des ménages.