Te Avei'a - T4 2021 - Une croissance portée par la demande interne
L’activité économique locale se renforce au cours du quatrième trimestre après une année toujours marquée par la pandémie de Covid-19 et son lot de restrictions. Les activités non touristiques portent une grande partie de la reprise annuelle globale, mais le tourisme est le principal contributeur de la croissance de ce quatrième trimestre. Les exportations de biens locaux ont pratiquement retrouvé leur niveau de 2019 avec la hausse de la valeur des exportations de perles et de poissons. L’accélération de l’inflation observée en fin d’année n’a pour le moment pas impacté le pouvoir d’achat des ménages. Les ménages et les entreprises poursuivent leurs investissements sur l’année, alors que ceux du Pays sont en retrait.
Le commerce contribue pour deux tiers à la croissance annuelle
FIG. Évolution du chiffre d'affaires global (hors banques et assurances)
Source : DICP, ISPF
L'économie polynésienne s'est redressée sur l'ensemble de l'année avec un chiffre d'affaires des entreprises[^1] qui est en hausse de 5,5 % par rapport à 2020 et représente 94 % de celui de 2019. La reprise s'est accélérée tout au long de l'année avec une croissance annuelle deux fois plus importante (+ 6 %) au deuxième semestre qu'au premier semestre. Si les entreprises touristiques (11 % du chiffre d'affaires des entreprises polynésiennes en 2021 contre 18 % en 2019) contribuent globalement pour 2 points à la croissance annuelle, la réouverture des frontières aux voyageurs au second semestre et le retour des touristes ont permis d'alimenter la forte reprise du deuxième semestre en y contribuant pour 4 points. En moyenne, le chiffre d'affaires généré par les entreprises caractéristiques du tourisme représente 60 % de celui réalisé en 2019, pour monter à 72 % au quatrième trimestre.
Conjointement au rebond du tourisme, la reprise se confirme pour les entreprises non touristiques dont le chiffre d'affaires progresse de 4 % sur l'année, avec un niveau d'activité qui retrouve celui de 2019
sur l'ensemble du deuxième semestre. La croissance du chiffre d'affaires concerne tous les secteurs, avec une hausse marquée dans le commerce, sous toutes ses formes, qui contribue pour près des deux tiers à la
croissance. Cette progression du chiffre d'affaires dans le commerce traduit la bonne tenue de la consommation des ménages mais également une hausse des prix s'amplifiant sur la fin de l'année. Seul le secteur de la production énergétique, impacté par la fermeture des hôtels, n'a pas retrouvé son chiffre d'affaires de 2019.
Les exportations des produits locaux progressent
Au quatrième trimestre, les recettes des exportations de biens locaux s'élèvent à 3 milliards de F.CFP, en hausse de 29 % par rapport à 2020. Les recettes des produits perliers représentent la moitié des recettes totales des exportations du trimestre. La valeur des exportations de perles augmente de 6 % (+ 86,5 millions de F.CFP) ce trimestre, alors que les volumes des exportations des perles de culture brutes diminuent de 56 %. Le prix au gramme retrouve peu à peu son niveau d'avant-crise à 504 F.CFP ce trimestre. Plus gros contributeur à la croissance globale trimestrielle des exportations avec 16 points de contribution, les exportations de poissons s'envolent à des niveaux jamais atteints auparavant sur un trimestre à 667 millions de F.CFP.. La hausse des exportations de thons à nageoires jaunes frais mais aussi celle de thons obèses frais et de leur prix expliquent ce résultat puisque les volumes exportés progressent moins vite.
Sur l'ensemble de l'année 2021, les recettes des exportations de biens locaux progressent de 68 % à 9,3 milliards de F.CFP et représentent 93 % des recettes de 2019. La hausse des exportations des produits de la mer portée par la reprise des exportations de perles de culture brutes (42 points de contribution à la croissance) et celle de poissons expliquent ce résultat. Ainsi, les volumes des exportations de produits perliers progressent fortement en 2021 (+ 85 %, à 17 tonnes contre 9 tonnes en 2020 et 11 tonnes en 2019) avec un prix au gramme supérieur à l'année précédente (290 F.CFP au gramme contre 270 F.CFP en 2020). Ce prix reste bien en dessous de celui de 2019 (470 F.CFP). Les perles sont toujours vendues sur les marchés asiatiques (Hong Kong et Japon) et les recettes sont de 4,8 milliards de F.CFP. Après une année 2020 difficile en termes de transport pour les exportations de poissons frais polynésiens, les recettes à l'exportation doublent cette année à 1,8 milliard de F.CFP et représentent le plus haut niveau d'exportation en valeur après 2019. La croissance en volume a été moins importante témoignant d'une hausse des prix sur ce type de produit (+ 14 % à l'exportation). La majorité des exportations de poissons sont constituées de thons entiers frais essentiellement à destination des États-Unis. Parmi les autres produits exportés, les exportations de vanille se reprennent (+ 46 %) malgré la baisse de prix au kilo à 46 160 F.CFP (52 200 F.CFP en moyenne sur les cinq dernières années), pour représenter 550 millions de F.CFP à l'exportation. Alors que les volumes exportés diminuent (- 22 %), les recettes d'huile de coprah progressent à 600 millions (+ 40 %) grâce à une hausse des prix. Les recettes des exportations de noni et de monoi sont stables et celles de nacre diminuent.
Une reprise dynamique du tourisme à la suite de l'ouverture des frontières
FIG 2. Évolution du nombre de nuitées touristiques
Source : ISPF
La fréquentation touristique était particulièrement faible au premier semestre avec l'absence de touristes et la quasi-fermeture des frontières sur cette période. La reprise touristique dès le mois de mai, a été dynamique jusqu'à la fin de l'année (hors période pandémique). La Polynésie française a accueilli 65 540 touristes sur le deuxième semestre, soit une hausse de 64 % par rapport à 2020. Avec des lignes aériennes ouvertes uniquement à destination des États-Unis et de la France, ces deux marchés représentent 91 % des touristes cette année. Les destinations Pacifique et Asie, qui sont restées fermées représentaient 17~\% des effectifs de 2019 et la croisière, fortement réduite depuis la pandémie de près de 20 %. Le retour des Américains et des Français a été si rapide que les effectifs touristiques de ces deux pays représentaient près de 90 % de ceux de 2019 sur le mois de décembre 2021. Au total, 82~550 touristes sont venus en 2021 (+ 7,2 % sur un an) pour représenter 35 % des effectifs touristiques d'avant-crise. Les visiteurs terrestres représentent l'essentiel de la fréquentation en 2021 avec les [croisiéristes]{.ul} (15 % de la fréquentation). La durée de séjour moyenne progresse de 2,7 jours à 20,9 jours, soit la durée de séjour la plus importante jamais observée chez les touristes en Polynésie qui était de 15 jours en 2019.
Les heures travaillées progressent plus rapidement que le nombre de salariés
Au quatrième trimestre, le nombre de salariés déclarés à la CPS[^2] progresse de 2,5 % et celui des effectifs en équivalent temps plein ([ETP]{.ul}) de 6,4 % (+ 3 472) traduisant une hausse des heures de travail. En effet, sur ce trimestre, le nombre de salariés en temps partiel recule de 14,5 % et augmente pour les temps plein (+ 4 135 emplois salariés) et les plus de 169 heures traduisant la sortie de crise et la fin des aides sur les salaires. Sur l'année, le nombre de salariés augmente de 2,3 % (+ 1 462 emplois salariés) pour atteindre 65~528. Le nombre de salariés a retrouvé en 2021 son niveau d'avant-crise (99 % des emplois de 2019). En revanche, le nombre d'heures travaillées représente, en 2021, 97 % de celles travaillées tout au long de 2019. La hausse de 3 % du nombre de salariés en équivalent temps plein sur un~an rattrape à peine le niveau de 2019 (- 3,1 %). Les emplois salariés progressent dans le commerce, la construction et l'administration publique (+ 850 emplois). Les emplois en lien avec l'activité touristique restent stables entre 2020 et 2021, loin du niveau d'avant-crise. Les heures travaillées en 2021 dans les établissements d'hébergement ne représentent que 60 % de celles de 2019 et les emplois salariés 75 % de ceux de 2019.
La consommation des ménages reste bien orientée
FIG 3. Indice des prix des produits alimentaires - T4 2021/T4 2020
Source : ISPF
En 2021, la masse salariale progresse de 3,1 % (+ 6,7 milliards de F.[CFP]{.ul}) par rapport à 2020, grâce au nombre d'heures travaillées en hausse qui représente désormais 98 % de celles travaillées en 2019. Profitant d'une forte épargne stockée en 2020, et malgré la diminution des dispositifs de soutien à l'emploi au cours de l'année, les dépenses des ménages polynésiens se sont accélérées comme en témoigne la forte progression du chiffre d'affaires du commerce qui retrouve son niveau de 2019. Cette forte hausse de la consommation des ménages se retrouve dans les importations qui leur sont destinées en hausse de 9 % sur un an (+ 8 milliards de F.[CFP]{.ul}), pour représenter 101 % des importations de 2019. En revanche, les volumes importés progressent moins vite (+ 1,5 %) traduisant une hausse des prix des produits importés à destination des ménages. Tous les types d'importations pour les ménages sont concernés par cette hausse des prix : les biens de consommation et notamment les produits pharmaceutiques, les produits de l'industrie automobile et les produits [agro]{.ul}-alimentaires dont la viande, les graisses et huiles animales ou végétales, les sucres et sucreries, les produits laitiers, les légumes, etc. Aliment important pour les Polynésiens, le prix au kilogramme du sucre importé croît de plus de 20 % en 2021, tout comme celui de la farine.
Les investissements privés se poursuivent
Le prix à l'importation des produits de l'élevage importé a aussi fortement augmenté, avec une hausse de 4 % pour la viande de volaille et les produits laitiers et pour plus de 8 % pour les viandes bovines. En 2021, ces hausses des prix à l'importation ne se retrouvent pas totalement dans l'indice des prix à la consommation qui a progressé de 0,5 % en moyenne annuelle. Si des tensions inflationnistes liées à la hausse des prix de l'énergie et des matières premières mais aussi à la désorganisation des transports et au déséquilibre entre l'offre et la demande existent depuis le deuxième trimestre en Amérique du Nord et même en France, elles commencent à toucher la Polynésie sur la fin de l'année : inflation moyenne sur 12 mois de 1,5 % au quatrième trimestre. Cette inflation devrait se poursuivre en 2022 en raison de la persistance des difficultés d'approvisionnement et des tensions sur les produits pétroliers et les matières premières, aggravées par la guerre en Ukraine.
FIG 4. Industrie
Source : Banque Mondiale
FIG 5. Taux de change
Source : Banque de Polynésie
FIG 6. Indice boursier
Source : Les Echos - Investir
TABLE 1. Tableau de bord
Source : Eurostat, Instituts statistiques nationaux, Banques centrales, Missions économiques, OCDE, Tradingeconomics